Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Béatrice Moisson

Entrepreneuse (91)
Date de l'interview : 10/11/2015

Contrairement à des structures lourdes, qui représentent des marques imposant leurs standards, j'ai l'énorme avantage d'avoir une structure de petite taille, voire un peu marginale, mais d'une grande flexibilité.

Lauréate du trophée 2015 "Espoirs de l'économie en Essonne", Béatrice Moisson évoque son parcours d'entrepreneuse et sa passion pour la moto qu'elle a transformée en réussite professionnelle.

Vous êtes à la tête de Bella Moto, un garage dédié à la réparation et à la vente de motos. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J'ai créé ma propre entreprise pour donner une impulsion à ma carrière professionnelle qui n'avançait pas comme je l'avais envisagée en faisant mes choix de formation. Et si je l'ai fait dans le domaine de la moto qui n'a a priori aucun rapport avec mes études et mes diplômes c'est parce que j'ai choisi de faire de ma passion pour la moto un levier de carrière.

Mon parcours étudiant et professionnel a été dicté par des choix de passion plus que de raison et je ne le regrette absolument pas car, s'il a été jalonné de difficultés, je n'ai jamais eu de regret et je me suis plutôt construite en suivant mes goûts, mes valeurs et mes intuitions, alors que le monde professionnel est un peu étriqué et ne laisse que peu de place à l'inventivité de chacun. 

J'ai une fois participé à une table ronde sur les métiers qui s'intitulait " métiers d'hommes, métiers, de femme ? Ouvrons le champ des possibles !" et il est primordial de dépasser les clivages pour que chacun puisse suivre ses envies et s'épanouir dans le domaine qui lui correspond quels que soient les a priori qui y sont rattachés. 

Comment est née cette idée de création d'entreprise ? 

Suite à la fermeture du garage qui m'employait (j'ai été licenciée économique), je me suis lancée dans la création, et je suis restée dans le domaine d'activité qui était la réparation de motos car je m'y étais épanouie et j'avais découvert mon goût pour ce métier. 

J'ai trouvé des locaux, des machines, effectué les démarches pour une ouverture et constitué un stock à partir de rien, avec pour seules ressources financières le solde de tout compte. 

Il faut savoir tirer parti de toutes les circonstances, même celles qui paraissent défavorables et en faire des opportunités ! Un des axes qui guide ma vie, professionnelle ou non, est que nous ne choisissons pas les circonstances, mais la réponse que l'on y apporte. 

D'abord cela m'a permis de développer mon bagage de formation car je ne connaissais pas le commerce ni les spécificités professionnelles du monde de la moto, et je me suis découvert des goûts que je ne pensais pas avoir comme la relation client et les métiers de la vente pure alors que j'avais initialement choisi des formations plus fondamentalement de recherches de travail de fond. Et voilà que je me suis épanouie dans les relations directes, immédiates et surtout purement opérationnelles ! 

Quel est votre positionnement sur le marché ? Votre atout face à la concurrence ? 

J'ai eu un jour à résumer mon positionnement en une phrase lors d'une réunion de chefs d'entreprise et en imaginant comment  faire ressentir en une seule phrase la particularité de mon entreprise à des gens qui ne la connaissaient pas du tout, j'ai eu cette formule dont j'ai fait désormais mon slogan " On cherche des produits pour nos clients et non des clients pour nos produits". 

Contrairement à des structures lourdes, qui représentent des marques imposant leurs standards, j'ai l'énorme avantage d'avoir une structure de petite taille, voire un peu marginale, mais d'une grande flexibilité. Autant les grandes enseignes sont guidées par des impératifs qui ne leur laissent que peu de marge de manoeuvre, autant nous sommes libres de nous adapter à la demande client, car nous pouvons travailler de manière beaucoup plus artisanale. 

Au départ, je n'avais pas les ressources financières pour prendre des marques leaders sur le marché ou faire des stocks conséquents. Souvent les gens ne s'imaginent pas que tous les véhicules comme les accessoires sont achetés. Beaucoup de gens pensent que les stocks sont prêtés ou mis à disposition par les constructeurs, mais non ! Donc faute de trésorerie, j'ai tout misé sur l'humain, la qualité de l'accueil, la disponibilité, afin de me constituer et fidéliser une clientèle avec laquelle je travaillais en flux tendus. Cela m'a permis de constituer un fonds de roulement et de poursuivre mon développement avec un peu plus d'oxygène. 

Comment est constituée votre équipe pour gérer à la fois l'atelier et la boutique ? 

Il y a trois mécaniciens et toute l'année des stagiaires, actuellement quelqu'un, justement en reconversion professionnelle qui est en contrat de professionnalisation, et moi-même je m'occupe de la boutique. L'atelier est géré par un chef d'atelier. Comme nous avons maintenant une grosse demande, je fais aussi appel à quelqu'un qui vient en free lance deux fois par semaine en ce moment. 

A quoi ressemble votre quotidien ? 

Le quotidien est plutôt très intense ; le rythme est très soutenu ! Le magasin ouvre à 8 h au public. En réalité  nous avons plein de motos qui sont stockées la nuit dans les locaux et notamment l'atelier (les motos d'occasion, les motos accidentées, les motos en attente de pièces, etc.). Donc il faut commencer la journée à 7 h pour faire toute la mise en place. 

Comme nous avons tout en façade, les gens savent qu'il y a du monde de bonne heure, je fais aussi toute la réception atelier entre 7 h et 8 h. Il n'y a pas vraiment de journée type en ce qui me concerne, car il y a une diversité de clientèle et une activité très complète. Il y a à la fois la clientèle de l'atelier qui elle-même est partagée entre les entretiens, qui sont prévus à l'avance et le service rapide où les gens passent en cas de besoin (crevaison de pneus, remplacement de plaquettes de frein, etc.) et ponctuellement des dépannages de véhicules en panne ou accidentés que nous pouvons aller chercher. 

Côté magasin, les activités sont nombreuses également : accueil physique et téléphonique des clients, gestion des stocks, commandes de pièces détachées, commandes de véhicules, ventes de véhicules neufs et/ou d'occasion, dépôt vente de véhicule, vente d'accessoires pour la moto et le motard, gestion des garanties, relations avec les fournisseurs, gestion du site internet, organisation su show room et communication,  et plusieurs fois par semaine, généralement en milieu de journée pour faire cela sur la pause déjeuner, je vais chercher au besoin des pièces voire même des véhicules, par exemple pour les marques avec lesquelles je ne travaille pas directement et donc qui ne sont pas livrées directement au magasin.

Par ailleurs, cela n'est pas quotidien mais fait partie intégrante de mon activité, j'organise au maximum des événements, que ce soient des sorties, des soirées de ventes privées, des matinées dominicales type portes ouvertes avec des attractions et des thèmes spécifiques car j'ai un gros noyau de clientèle fidèle et habituée, réunie par la passion de la moto et autour de l'ambiance qu'ils ont trouvé et aimé chez Bella Moto, j'essaie donc de communiquer et de cultiver cette identité particulière et de l'étendre à un public plus large. 

En 2013 vous avez été lauréate du concours Créatrices d’avenir en Ile-de-France, et cette année lauréate trophée 2015 " Espoirs de l'économie en Essonne". En quoi ces prix vous boostent au quotidien ? Que recherchez-vous en participant à un concours ? 

Ces prix me boostent au quotidien car le propre d'un chef d'entreprise est un peu d'être seul et face à ses choix. On ne sait pas toujours si l'on est dans la bonne direction. Bien sûr, le succès ou la sanction du public sont des révélateurs des orientations que l'on a prises, mais personnellement, le fait d'être couronnée de prix remis par des gens objectifs et impartiaux ayant une expérience de l'entrepreneuriat et des problématiques économiques me donnent une légitimité que je n'aurais pas ressentie malgré le développement de l'entreprise et certains gages de succès. 

C'est d'abord une légitimité à mes propres yeux qui me donnent une confiance bénéfique et vertueuse, car elle me donne le courage et l'envie de travailler encore plus. Cela m'a vraiment apporté une assurance pour conquérir ce monde très masculin et un peu machiste qui ne m'était pas forcément favorable. 

Par ailleurs les avantages de ces prix est d'offrir une visibilité médiatique très bénéfique en terme d'images et de communication. 

Ce que je recherche dans ces prix est peut être une démarche toute personnelle, mais pour moi, en dehors de la dotation financière car il y en a une et je crois que toute somme venant enrichir la trésorerie ne peut qu'être bénéfique à l'entreprise, c'est avant tout de se dépasser et de rechercher en toute chose l'excellence. Gérer une entreprise est un challenge quotidien, et gagner des prix ou chercher à les gagner permet de se remettre en question, de repenser les fondamentaux et d'avancer en repoussant constamment ses limites et en se fixant des objectifs toujours plus hauts. 

Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes, en particulier, des jeunes filles, qui souhaiteraient se lancer dans ce secteur encore fortement masculin ?

D'abord, croyez en vous et n'écoutez pas les autres. Toute ma vie j'ai entendu des gens me limiter dans mes choix ou mes objectifs. Les a priori sont le lot quotidien dans le monde professionnel et d'autant plus si l'on est une femme dans un univers masculin mais si l'on a un objectif en tête, les autres n'ont pas le droit de nous en détourner. Je n'ai pas de mots assez percutants pour leur dire, alors j'emprunterai ceux d'un autre, Epictète, pour leur dire " Dis-toi d'abord qui tu veux être, puis fais en conséquence ce que tu dois faire". 

Propos recueillis par Sandrine Damie