Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

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Grandes écoles : Anne-Lucie Wack

Présidente de la Conférence des grandes écoles
Date de l'interview : 23/07/2015

Les grandes écoles sont parfois, à tort, perçues comme réservées à une petite élite, alors qu'elles constituent de fait un enseignement de masse puisqu'elles représentent chaque année 40 % des diplômés de grade master en France !

Point sur les atouts des grandes écoles et sur la place faite aux femmes dans les grandes écoles de la CGE.

Quelles sont pour vous les valeurs défendues par les grandes écoles ?

C'est d'abord une valeur d'engagement au service d'un enseignement supérieur qui réponde aux besoins de la société, des entreprises et du développement socio-économique du pays. On peut résumer cet engagement en trois mots clé : excellence, ouverture et diversité.

Excellence de formations qui répondent aux besoins des entreprises et anticipent les besoins à venir grâce à un très fort lien à la recherche, des approches systémiques et interdisciplinaires, et une grande ouverture au monde socio-économique et à l'international.

Diversité de l'enseignement supérieur, grandes écoles et universités, pour répondre aux attentes des étudiants et des familles et aux besoins des employeurs. Diversité des cursus et des recrutements pour enrichir les approches et favoriser l'innovation.  La diversité est dans l'ADN de la CGE : elle rassemble un spectre très large d'établissements, des écoles de commerce et de management, des écoles d'ingénieur, de journalisme, de design ou d'architecture, des écoles vétérinaires, des IEP, des universités technologiques, etc.

Quels sont les atouts des grandes écoles dans le paysage de l'enseignement supérieur et de la recherche en France ? Et dans le monde ?

Il faut d'abord préciser que les grandes écoles sont parfois, à tort, perçues comme réservées à une petite élite, alors qu'elles constituent de fait un enseignement de masse puisqu'elles représentent chaque année 40 % des diplômés de grade master en France !

Si on se place du côté des étudiants et des familles, le principal atout des grandes écoles est d'offrir un parcours sécurisé et un véritable passeport pour l'emploi, comme en atteste notre enquête insertion 2015, qui a montré que plus de huit jeunes diplômés sur dix (80,6 % précisément) ont un emploi moins de six mois après leur sortie de l'école. De douze à quinze mois après le diplôme, le taux d'emploi atteint près de 93 %.

Si on se place du point de vue des employeurs et des entreprises, le principal atout est que nos grandes écoles offrent des cursus professionnalisants et adaptés à leurs besoins, avec notamment des dispositifs d'alternance et de stages qui permettent aux étudiants d'être en immersion dans le monde de l'entreprise, et des liens très forts avec les entreprises qui permettent aux écoles d'adapter leurs cursus aux nouveaux besoins. Elles  forment aussi leurs étudiants à l'innovation et à l'entrepreneuriat en développant des incubateurs et des laboratoires d'innovation. Ainsi, lors du Consumer Electronic Show de Las Vegas en 2015, il s'est avéré que près de 80% des fondateurs de start-up étaient passés par une grande école ! Les grandes écoles fournissent à notre économie des jeunes diplômés hautement qualifiés et des talents d'innovation.

Mais le meilleur atout des grandes écoles dans l'enseignement supérieur français est sans doute lié à leur efficacité et leur capacité à s'adapter aux évolutions de la société. Elles peuvent orienter les parcours des étudiants en fonction des profils, par des systèmes de recrutements adaptés et une forte diversification des voies d'accès. Encore une idée reçue qu'il faut casser : les grandes écoles ne sont pas peuplées d‘étudiants formatés et tous identiques les uns aux autres, aujourd'hui 40 % des étudiants en grandes écoles viennent des  classes prépas et 60% arrivent par d'autres voies !

Vu de l'international, nos grandes écoles sont un système envié et copié. On parle souvent des « ingénieurs ou des managers à la française », et nombre de grandes écoles développent actuellement, souvent à la demande des partenaires internationaux, des campus à l'étranger ou des doubles diplômes. Nos grandes écoles contribuent au rayonnement de la France à l'international, je peux en témoigner ! Nos grandes écoles sont une véritable fierté nationale : elles ravissent, chaque année, les premières places des classements internationaux dans leurs domaines d'activité, et nombreux sont nos anciens élèves qui occupent aujourd'hui des postes à hautes responsabilités dans de grands groupes. Mais  au-delà de cette visibilité, souvent mise en exergue, n'oublions pas  que nos grandes écoles sont présentes sur tout le territoire français et forment chaque année des dizaines de milliers de diplômés qui travaillent à faire fonctionner nos entreprises, nos administrations ou nos collectivités.

Quelle place occupent les femmes dans les grandes écoles françaises aujourd'hui ?

A la tête des grandes écoles, les femmes sont très peu nombreuses (22 sur 216 écoles). Dans la population étudiante des grandes écoles de management, les filles représentent la moitié des effectifs, avec des disparités selon les filières : la finance est plus masculine, le marketing plus féminin. Dans les grandes écoles d'ingénieur, elles sont moins de 30 % en moyenne, à l'exception notable des écoles d'ingénieur agro dans lesquelles les filles représentent près de 70 % de la population étudiante ! Et cette proportion atteint 80 % dans les écoles vétérinaires.

Votre présidence sera-t-elle sous le signe d'une plus grande place faites aux femmes dans les grandes écoles ?

Oui, bien entendu, c'est un des axes sur lesquels nous serons très vigilants, mais il faut bien préciser que la CGE n'a pas attendu mon arrivée pour faire de l'égalité femmes-hommes une priorité !

En janvier 2013, la CGE a co-signé une charte Egalité Femmes-Hommes avec Geneviève Fioraso, et Najat Vallaud-Belkacem.  Une charte qui repose sur trois piliers très clairs :

  • la sensibilisation de tous les étudiant(e)s à l'égalité femmes-hommes ;
  • la mise en œuvre, au sein de chaque établissement membre de la CGE d'actions en faveur de l'égalité femmes-hommes ;
  • le développement d'une politique d'attractivité des grandes écoles auprès des jeunes filles.

 

Dans la lignée de cette charte, le groupe "Egalité femmes-hommes" de la CGE a lancé l'année dernière, un baromètre de l'égalité, afin de rendre compte de l'égalité femmes-hommes au sein des grandes écoles.

Il y a aussi la question préoccupante, à la sortie de l'Ecole, de l'écart de salaire entre femmes et hommes, dès l'embauche, puis tout au long de la carrière. Le groupe Egalité de la CGE a mis en place des cours de coaching destinés aux jeunes filles afin de leur permettre de mieux négocier leur salaire de départ et les promotions au cours de leur carrière. Mai la balle est aussi dans le camp des employeurs !

Le groupe Egalité a en outre réalisé une vidéo pédagogique "Les enjeux de l'égalité femmes-hommes" à destination des référents Egalité des établissements membres, qui peuvent l'utiliser comme un SPOC (Semi Private Open Course) pour leurs sessions de sensibilisation auprès des étudiants et du personnel de l'école.

L'association Sillages présidée par la CGE a développé et mis en ligne en juin 2015 un FLOT (Formation en Ligne Ouverte à Tous) – MOOC intitulé "Etre en responsabilité demain : se former à l'égalité femmes-hommes".  C'est le premier MOOC sur le sujet en France

Enfin, le groupe lancera à l'automne 2015 un concours "stereotype busters" sur la lutte contre les stéréotypes femmes hommes à destination des élèves des grandes écoles. Les étudiants sont ainsi invités à mettre en scène, dans des vidéos de 30 secondes à 3 minutes et de façon humoristique, les stéréotypes femmes-hommes, dans la vie quotidienne, la vie professionnelle, etc.

Comme vous pouvez le voir, la CGE œuvre en faveur d'une égalité entre hommes et femmes, et je continuerai bien entendu à travailler en ce sens, il s'agit d'un véritable enjeu de société.

Propos recueillis par Sandrine Damie (juillet 2015)