Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Anne-Lucie Wack

Présidente de la Conférence des grandes écoles, et Directrice Générale de Montpellier SupAgro
Date de l'interview : 23/07/2015

Dès le début de ma carrière, j'ai eu cette triple valence scientifique, managériale et internationale, qui a structuré la suite de mon parcours professionnel

Retour sur le parcours exceptionnel d'Anne-Lucie Wack, élue Présidente de la CGE, Conférence des grandes écoles en 2015.

Vous avez mené de brillantes études étant notamment ingénieure générale des Ponts des eaux et des forêts, ingénieure de l'Institut national agronomique Paris-Grignon... et titulaire d'un doctorat. Qu'est-ce qui vous motivait dans ces différentes formations ?

Ma motivation principale était la perspective des nombreux métiers possibles dans des secteurs liés à la nature, l'environnement ou l'alimentation. Puis j'ai intégré l'Engref (Ecole nationale du génie rural, des eaux et de forêts - à l'époque école d'application de l'X et de l'Agro Paris), comme élève ingénieur fonctionnaire, et j'ai eu l'opportunité de poursuive en thèse de doctorat. C'était en fait les premières années où le ministère de l'Agriculture expérimentait le fait de former en thèse quelques-uns de ses élèves ingénieurs fonctionnaires dans la perspective d'avoir des personnes sensibilisées à la recherche et à l'innovation dans leur fonction publique.

Et de mon côté je voulais avoir une expérience internationale, et pour cela on m'avait dit qu'il fallait avoir un doctorat. A vrai dire je n'avais pas imaginé au départ suivre une formation aussi longue, mais de fait mon doctorat a été une formation réellement professionnalisante : j'étais insérée dans une équipe dynamique, je participais aux recherches de financements, à l'encadrement de stagiaires, je faisais des missions à l'international pour mes recherches. J'avais le sentiment d'avoir déjà un vrai métier !

Vous avez débuté dans le domaine de la coopération scientifique. Quelles ont alors été les différentes fonctions que vous avez occupées ?

J'ai débuté comme scientifique au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), en quelque sorte l'équivalent de l'Inra pour la coopération avec les pays du Sud. J'y suis restée plus de 15 ans. Dès la fin de mon doctorat, j'ai pris la direction de l'unité de recherche dans laquelle j'avais conduit mes travaux, puis j'ai monté et dirigé le Programme agro-alimentaire du Cirad qui fusionnait quatre unités de recherche en technologie alimentaire, biomasse-énergie et sciences humaines et sociales.

Je suis ensuite devenue chef du projet stratégique du Cirad à 10 ans. J'étais aussi en charge, en parallèle, de mettre en place et faire fonctionner le comité d'éthique du Cirad, alors présidé par Hubert Curien, ancien ministre de la Recherche, avec lequel j'ai travaillé 5 ans. Pendant toutes ces années, j'effectuais de nombreuses missions en Afrique, Asie, ou Amérique du Sud, pour suivre des projets de coopération avec nos partenaires sur place, réaliser des expertises pour des bailleurs de fonds internationaux, ou participer à des exercices de prospective internationale dans des processus intergouvernementaux.

J'ai donc dès le début de ma carrière eu cette triple valence scientifique, managériale et internationale, qui a structuré la suite de mon parcours professionnel. Côté scientifique j'ai consolidé en passant une HDR (Habilitation à diriger des recherches) 10 ans après ma thèse. Côté managérial, j'ai approfondi en suivant, à 38 ans, une formation à l'Insead en General management et finances, formation qui m'a décomplexée sur les questions financières, et m'a donné une culture plus "business". Côté international, j'ai été mobilisée dans de très nombreuses instances de pilotage ou évaluation de programmes internationaux, mais le dénominateur commun était toujours la coopération scientifique pour le renforcement des compétences et le partage du savoir.

Directrice générale de Montpellier SupAgro, vous venez d'être élue à la présidence de la Conférence des grandes écoles. Vous êtes la première  femme à ce niveau de responsabilité. En tirez-vous une fierté particulière ?

Je pense que c'est un signe que les choses bougent, et il y en a grandement besoin : l'enseignement supérieur français a encore un leadership très masculin, dans les écoles comme dans les universités.

Je suis la première femme à la tête de la CGE, et  la seule femme actuellement à la tête de l‘une des grandes conférences ou organisations de l'enseignement supérieur (CPU, CDEFI, CGE). J'étais la première femme directrice générale de l'Agro de Montpellier alors que l'école existe depuis plus de 150 ans, et la première à la tête d'une grande école agronomique ou vétérinaire. Je fais partie des 22 femmes actuellement en position de direction d'une grande école française sur un total de 216 écoles membres : 10 % seulement des dirigeants des grandes écoles sont des femmes.

Je pense que c'est un signal important et je suis convaincue que le simple fait de s'habituer à voir des femmes dans ce type de position va changer la donne et faire évoluer les schémas mentaux et les stéréotypes de genre, qui perdurent. Et je pense en premier lieu à nos étudiantes en grandes écoles, pour lesquelles voir des femmes en position de leadership peut-être source d'inspiration.

Propos recueillis par Sandrine Damie (juillet 2015)