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Un rapport sur l'engagement des jeunes

Reconnaître, valoriser, encourager l'engagement des jeunes : constats et perspectives.


Le 23/07/2015

 

Soucieux de dissiper les incompréhensions mutuelles et désireux de définir les voies d'une action publique adaptée, Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports, a demandé à France Stratégie d'enquêter auprès des jeunes et auprès des structures d'engagement (associations, syndicats, partis politiques) pour comprendre et pour mesurer la réalité du décalage entre une réelle aspiration à l'engagement et des cadres jugés dépassés.

 

"Reconnaître, valoriser, encourager l'engagement des jeunes" est un rapport qui s'appuie sur un ensemble de travaux de recherche, sur une série d'entretiens et d'auditions menés auprès d'associations représentatives et d'acteurs de la politique de la jeunesse, ainsi que sur les réponses à un questionnaire adressé aux sections "jeunes" des partis politiques. Il vise à proposer des pistes de réflexion et des solutions en vue de mieux reconnaître, valoriser et encourager l'engagement des jeunes de 16 à 30 ans.

 

Un engagement un peu en retrait

 

Participation électorale, adhésion aux partis politiques, aux organisations syndicales et aux associations, implication dans des activités bénévoles : pour chacun de ces marqueurs traditionnels de l'engagement, les jeunes apparaissent sensiblement en retrait par rapport au reste de la population.

 

Au-delà du décalage entre les représentations et la réalité de l'engagement des jeunes, entre leurs aspirations et l'offre d'engagement – figée dans des formes traditionnelles n'ayant pas su évoluer pour s'adapter à une nouvelle génération –, on peut voir là l'expression d'un phénomène plus profond de crise de confiance réciproque entre les jeunes et une société qui, selon 70 % des 18-25 ans, "ne leur permet pas de montrer de quoi ils sont capables".

 

Qu'est-ce qui motivent les jeunes ?

 

Selon la majorité des enquêtes, l'engagement des jeunes est motivé par le partage, le souhait d'aider les autres, de se rendre utile et de défendre une cause, ainsi que la volonté de se distraire, de s'affirmer, de donner un sens à sa vie, voire de tester une vocation et de se former. Les jeunes demeurent fortement attachés aux valeurs de solidarité, de démocratie et de justice.

 

Leurs motivations diffèrent en partie de celles du reste de la population pratiquant des actions de bénévolat. Par exemple, en 2010, 60 % des 18-25 ans citaient l'épanouissement comme source de satisfaction dans l'engagement contre seulement 36 % des retraités et 48 % de l'ensemble des bénévoles en moyenne.

 

Si la moitié des bénévoles souhaitent mobiliser leurs compétences pour se rendre utiles à la société, cette tendance est plus forte chez les étudiants (70 %).

 

D'autres motivations sont communes à toutes les générations : chez les plus de 18 ans, les raisons pour lesquelles on adhère à une association sont, outre la pratique d'un sport ou d'un loisir, la défense d'une cause ou encore le souhait d'être utile à la société.

 

Quels engagements ?

 

Aux formes d'engagement traditionnelles (adhésion à un parti, à un syndicat, à une association), les jeunes privilégient des implications plus informelles, ponctuelles ou spontanées, soulignant une tendance à l'engagement pratico-pratique et parfois à courts termes (pétitions, manifestations, boycotts, etc.).

 

S'ils participent encore à des mouvements que l'on peut qualifier d'« affinitaires », autour de goûts et de projets culturels ou sportifs partagés, par exemple, ils ne délaissent pas les grandes causes comme la lutte contre le racisme ou la défense de l'environnement.

 

A noter : on assiste à une prise de distance avec les formes traditionnelles d'engagement politique et syndical. Selon le CREDOC, seuls 4 % des jeunes de 18 à 29 ans sont membres d'un parti politique, contre 9 % des plus de 30 ans. La proportion est plus faible encore pour les syndicats (3 %, contre 10 % pour les plus de 30 ans).

 

Un attrait pour l'associatif

 

On ne constate pas la même désaffection vis-à-vis du monde associatif : plus de 40 % des moins de 30 ans sont membres d'une association (surtout dans le sport, mais aussi la culture ou le domaine caritatif), soit presque autant que les 30 ans ou plus. C'est le signe d'une volonté de participation à la vie sociale et citoyenne, d'autant que les associations bénéficient d'une bonne image auprès de la jeunesse.

 

Cependant, appartenir à une association, notamment pour y pratiquer un loisir ou un sport, ne signifie pas y être bénévole, autrement dit s'engager à titre gracieux.

 

Les jeunes sont ainsi moins impliqués que la moyenne dans le bénévolat associatif : d'après le CREDOC, 31 % des moins de 30 ans s'engagent aujourd'hui bénévolement au sein d'une association ou d'une autre organisation, contre 40 % pour les plus de 30 ans.

 

De nouveaux dispositifs

 

Les jeunes inventent par ailleurs de nouveaux dispositifs d'expression collective, notamment des mouvements qu'ils estiment davantage représentatifs des problèmes qu'ils rencontrent, ou de nouvelles modalités de mobilisation, surtout via les réseaux sociaux.

 

Les propositions du rapport

 

Ce rapport propose trois orientations pour guider l'action publique en ce sens :

  • faciliter la socialisation et la pratique même de l'engagement des jeunes ;
  • reconnaître et valoriser cet engagement ;
  • encourager l'engagement des jeunes dans les processus de décision.

 

Il les décline en 25 mesures phares comme généraliser le tutorat scolaire dès le lycée (général, technologique et professionnel) ; instaurer des journées portes ouvertes aux associations dans les collèges et les lycées ; socialiser les élèves à l'engagement via des projets au service de l'intérêt général, etc.


Sandrine Damie