Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Pascal Clain

enseignant-chercheur en nouvelles énergies à l'ESILV - Ecole supérieure d'ingénieurs Léonard de Vinci
Date de l'interview : 11/05/2015

Lorsqu’on travaille dans le domaine des nouvelles énergies, on sait d’où l'on part mais jamais où l'on arrive. C’est l’opportunité de découvrir et d’apprendre de nouveaux thèmes qui m’a attiré.

Pascal Clain évoque son parcours dans le domaine des énergies renouvelables et les opportunités d'emploi dans le secteur.

Vous êtes enseignant-chercheur en nouvelles énergies à l'Esilv - Ecole supérieure d'ingénieurs Léonard de Vinci. Pouvez-vous définir ce que sont les nouvelles énergies ?

Les nouvelles énergies sont souvent mal définies. Lorsqu’on pense nouvelles énergies, on pense aux technologies d’énergie renouvelables, éolienne, solaire, marines ou autres. Cependant, il n’y a rien de nouveau dans tout ceci. Depuis les premiers Temps, l’homme a exploité les ressources naturelles et renouvelables à sa disposition. Pour citer deux exemples, on peut faire référence aux moulins à vent et aux bateaux à voiles exploitant l’énergie du vent. Dès l’Antiquité, on utilisait des miroirs de bronze pour concentrer les rayons du soleil et chauffer des fours à haute température. Les énergies nouvelles sont des énergies de type renouvelables pour lesquelles les technologies de conversion ou d’utilisation sont nouvelles ou optimisées, en particulier grâce au numérique.

Qu'est-ce que vous a attiré dans le domaine des nouvelles énergies ?

Personnellement, j’ai toujours aimé la physique au sens large du terme. De la mécanique du solide, des fluides, à la chimie, en passant par de l’énergétique, les mathématiques ou encore le numérique. Toutes ces matières sont réunies à travers les nouvelles énergies, c’est l’un des domaines les plus pluridisciplinaires qui existe actuellement. Lorsqu’on travaille sur un sujet, on sait d’où l'on part mais jamais où l'on arrive. C’est l’opportunité de découvrir et d’apprendre de nouveaux thèmes qui m’a attiré. On s’aperçoit alors à quel point toutes ces matières qui nous semblaient, à priori, parfaitement éloignées, sont au contraire extrêmement complémentaires.

Quelle est votre problématique de recherche en particulier ?

Je travaille sur la problématique de stockage d’énergie thermique. C’est l’un des verrous majeurs pour la mise en place et la gestion des réseaux d’énergies performants. J’essaie de développer de nouveaux matériaux possédant des propriétés thermophysiques intéressantes pour le stockage d’énergie thermique et à faible impact environnemental. En parallèle, je développe aussi les procédés technologiques qui exploitent ces nouveaux matériaux de façon la plus efficace possible. Ce travail de recherche est réalisé en collaboration avec Irstea au sein de l’équipe GPAN (génie des procédés frigorifiques).

En quoi les nouvelles énergies peuvent-elles être une opportunité de croissance et un levier pour l'emploi en France ?

En France, si on ne parle que du secteur des énergies renouvelables, on estime qu’il y a aujourd’hui environ 100 000 personnes qui travaillent dans ce domaine. Essentiellement, une première moitié dans l’industrie et la construction des installations et une seconde dans le suivi d’exploitation. D’après un article récent du Figaro sur ce sujet, on pourra retenir le cas représentatif de l’éolien. Cette ressource représente environ 4 % du bouquet énergétique français, les professionnels du secteur aimeraient atteindre les 20 % pour 2025. S’ils atteignent leurs objectifs, cela représenterait près de 100 000 emplois nouveaux directs et indirects. Mais la perspective de cette dynamique de création d’emplois ne peut se faire que si le contexte politique prend des décisions et mesures fortes en faveur des énergies alternatives comme la proposition de loi d’orientation énergétique du gouvernement.

En même temps, un phénomène nouveau est en train d’apparaître qui a été montré par l’IRENA, l’Agence internationale de l’énergie renouvelable, qu’on appelle "la pénurie de compétences", c’est-à-dire qu’il existe des emplois qui restent vacants par manque de personnes possédant les bonnes expertises techniques. Il faut donc revoir le contenu des formations proposées aux étudiants afin de répondre aux exigences de compétences des différents secteurs. Ainsi les étudiants auront accès pleinement aux emplois disponibles à l’issue de leur diplôme.

Quels sont les métiers possibles autour des nouvelles énergies et de l'optimisation des ressources énergétiques traditionnelles ?

Les métiers sont divers et variés. Il est difficile de donner un titre de métier particulier, tout dépend de la mission et de la fiche poste qui est proposée. Mais on peut citer, l’ingénieur spécialisé en éolien, en solaire, les chefs de projet, ou encore les auditeurs énergétiques, éco-certificateurs, des chefs d’exploitations mais aussi des conseillers en maîtrise de l’énergie. La liste est bien entendue non-exhaustive !

Vous formez des ingénieurs énergéticiens. Quels sont les objectifs de leur formation ?

A l’ESILV, nous ne formons pas spécifiquement des ingénieurs énergéticiens mais la nouvelle génération d’ingénieurs en nouvelles énergies, les ingénieurs numériques de l’énergie. Des ingénieurs qui soient à la fois capables de comprendre et gérer l’aspect physique et énergétique des technologies nouvelles mais aussi de mettre en place et de proposer des solutions numériques innovantes permettant d’améliorer la gestion ou l’optimisation des nouvelles énergies.

En 2014, l'ESILV a ouvert une majeure Nouvelles énergies. Quelles sont les spécificités des enseignements de cette majeure ?

En raison de l’objectif de formation évoqué précédemment, la majeure a été bâtie autour de 4 piliers fondamentaux : la physique, la collecte des données, l’analyse des données et la transition énergétique.

Dans le 1er pilier celui de la physique, les élèves-ingénieurs sont formés sur les principales notions physiques nécessaires à la maîtrise des technologies de conversion d’énergie. Le 2e pilier est la collecte de données. A travers ce pilier, les élèves apprennent à concevoir des capteurs pour la récupération de données. Mais encore faut-il savoir quoi capter et comment le capter. Une fois les données récoltées que faire avec ? Le 3e pilier sur l’analyse des données leur permet d’avoir les outils nécessaires afin de lire, comprendre, et représenter ces données pour déterminer un rendement, un bilan ou afficher des statistiques de consommation etc. Enfin, le 4e pilier concerne la transition énergétique. Il a pour vocation de leur donner une ouverture générale mais spécifique sur les aspects sociétaux et économiques du domaine.

Quelle est la part donnée au terrain dans cette majeure ?

Dans toutes les majeures, en plus des stages obligatoires en 2e et 3e année du cycle ingénieur, nous avons mis en place une pédagogie projet par ce qu’on appelle le Projet d’Innovation Industriel, Pi². Dans le cadre de ce projet, les étudiants, par petits groupes, travaillent tout au long de l’année sur des projets proposés par des entreprises, partenaires de l’école, qui sont des acteurs majeurs de leur domaine.

Cela leur permet alors dès le début de la majeure, de se confronter aux réalités et aux problématiques actuelles affairant à leur futur domaine de spécialisation. Les étudiants vont rencontrer les entreprises, discutent ensemble de l’orientation du projet ; ils sont considérés comme de vrais collaborateurs et agissent comme de vrais professionnels.

Quels sont les employeurs potentiels des ingénieurs spécialisés en nouvelles énergies ?

Les entreprises intéressées par des ingénieurs nouvelles énergies sont bien sûr toutes celles qui sont acteurs du domaine de l’énergie, Edf, Areva, Veolia, Engie etc. mais aussi les cabinets de conseils en énergie et les bureaux d’études. Les secteurs de la mobilité et du transport recherchent aussi ce type de profil. Et bien entendu, le secteur du bâtiment avec notamment l’essor du "smart building" et du "smart grid".

Quelles compétences et savoir-être vous semblent indispensables pour entamer une carrière d'énergéticien du bâtiment ?

Le métier d’énergéticien du bâtiment a connu des changements radicaux ces dernières années qui nécessitent de nouvelles compétences techniques notamment avec l’arrivée des outils numériques au service de l’énergie. L’une des grandes qualités à posséder est la capacité à s’adapter. C’est un domaine en constante évolution et ils doivent maintenir une veille technologique très importante. C’est un métier où l'on est en relation et en contact constant avec les clients ou avec des professionnels du bâtiment. Que ce soit pour conseiller les clients sur les meilleures solutions à choisir ou travailler avec d’autres corps de métiers, il est primordial de savoir communiquer et savoir échanger avec des personnes de cultures et de compétences différentes des siennes.

Propos recueillis par Sandrine Damie (mai 2015)