Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Valérie Issarny

Chercheuse à l'Inria
Date de l'interview : 11/05/2015

Ce qui m'a conduit à la recherche c'était la volonté de pouvoir étudier aussi longtemps que possible, mais il ne s'agit de rien d'autre que de toujours apprendre quelque chose de nouveau.

Valérie Issarny évoque son parcours de formation, sa passion de l'informatique et son quotidien de chercheuse.

Quelle lycéenne étiez-vous ? De quelle vie professionnelle rêviez-vous ?

Je suis devenue une lycéenne assidue et enthousiaste dès lors que j'ai intégré la formation du bac H dédiée à l'informatique à partir de la première. Je ne suis pas certaine de quelle vie professionnelle je rêvais car je n'y pensais pas vraiment ; j'avais simplement à l'esprit de pouvoir gagner convenablement ma vie et de m'amuser dans mon travail.

Après le bac quel a été votre parcours de formation ?

J'ai fait une tentative de préparation aux grandes écoles de commerce mais les classes préparatoires n'étaient pas faites pour moi car je n'aimais pas et n'aime toujours pas les environnements sous pression centrés sur la compétition. Je suis donc revenue à l'informatique et la formation la plus "naturelle" à l'époque était les formations courtes de type BTS et DUT. Pour des raisons géographiques, j'ai donc intégré un BTS d'informatique à Orléans puis ai intégré la licence informatique à Rennes.

Quel est votre domaine de prédilection ?

Difficile de dire autre chose que l'informatique ;)

Qu'est-ce qui vous attirait / vous attire encore dans le métier de chercheur ?

Ce qui m'a conduit à la recherche c'était la volonté de pouvoir étudier aussi longtemps que possible, mais il ne s'agit de rien d'autre que de toujours apprendre quelque chose de nouveau. Et, c'est ce qui continue de m'attirer ainsi que la très grande liberté que nous avons, à pouvoir orienter nos recherches en fonction de nos résultats mais également de ceux des autres. Il me parait également important de souligner la richesse de pouvoir travailler dans des environnements internationaux ; nos collègues sont de toutes origines et c'est une très grande richesse, bien entendu pour le travail mais également sur le plan personnel. Il y a bien longtemps que la recherche est conduite au niveau européen et implique des collaborations internationales, et c'est fantastique !

En poursuivant des études longues, comment imaginiez-vous votre insertion professionnelle ?

Je ne pense pas que je l'imaginais et cela ne me souciait pas vraiment car je voulais simplement pouvoir poursuivre des études.

Vous avez fait un post-doctorat à l'université de Washington. Pourquoi avez-vous voulu cette expérience internationale ?

Pour les raisons que j'ai évoquées, la recherche est internationale et c'est une expérience incomparable que de découvrir d'autres environnements. De plus, dans le domaine de l'informatique qui est le mien, les Etats-Unis ont toujours été considérés comme les meilleurs alors il était également important de se faire une idée sur place.

Vous avez ensuite poursuivi à l'Inria. A quel poste avez-vous été recrutée ?

J'ai fait l'ensemble de ma carrière de chercheur à l'Inria ; les bourses de thèse et de postdoctorat dont j'ai bénéficié étaient des bourses Inria. J'ai ensuite intégré Inria en tant que chargée de recherche.

Quelle a été ensuite votre évolution de carrière au sein de l'Inria ?

Très classique ; je suis devenue Directrice de recherche après un peu moins d'une dizaine d'années. Je suis par ailleurs devenue responsable d'équipe de recherche, à peu près à la même période.

Vous travaillez actuellement sur les villes intelligentes. Quels sont vos axes de recherche ?

Mon axe de recherche est depuis l'origine l'étude des systèmes logiciels distribués à destination du grand public et notamment comment faciliter leur mise en oeuvre. Mes recherches ont donc naturellement évolué vers l'étude des systèmes distribués s'appuyant sur les équipements numériques nomades et connectés (les smartphones de maintenant). La ville intelligente (ou connectée) devient un domaine d'application privilégié pour de tels systèmes où nous nous intéressons aux systèmes participatifs qui permettent aux citoyens de contribuer à, et tout autant de bénéficier de,  la connaissance des environnements urbains.

Les problématiques de recherche sont ainsi d'étudier des solutions algorithmiques et protocolaires pour faire face à l'échelle, à la dynamique ou encore à l'hétérogénéité des systèmes urbains. Nous collaborons par ailleurs avec des collègues d'autres disciplines de l'informatique et des mathématiques appliquées pour être à même de développer de nouveaux services urbains, comme par exemple la compréhension de la pollution. Ceci nous conduit également à collaborer avec des chercheurs d'autres sciences et en particulier des sociologues pour mieux comprendre comment impliquer le citoyen dans les villes connectées.

A quoi ressemble aujourd'hui votre quotidien de chercheur ?

Outre mon travail de chercheur "de base", je suis également coordinateur scientifique du programme Inria@SiliconValley qui vise à promouvoir les collaborations scientifiques entre les chercheurs Inria et les chercheurs de Californie. Mon quotidien est donc riche et varié : lecture, réflexion, écriture, réunions, travail collaboratif, et.

Quelle place accordez-vous dans votre quotidien aux publications et aux interventions dans des colloques, par exemple ?

Il est important d'être publié car c'est l'indicateur utilisé pour juger de la reconnaissance de ses travaux par ses pairs. Toutefois, je n'en fais pas une obsession. Et, j'interviens de moins en moins dans les colloques car bien souvent et je dirais même toujours dans mon cas, les publications sont le fruit d'un travail collaboratif, en particulier avec les doctorants ou postdoctorants. Il est donc important pour moi de laisser la place aux jeunes collègues lors de la présentation d'articles.

Vous avez décroché le prix de l'Etoile de l'Europe en 2013. En quoi les prix et distinctions ont-il un impact sur votre carrière ou sur la crédibilité de vos travaux ?

Je me trompe peut-être mais je dirais peu. Les prix sont souvent vus positivement de l'extérieur mais n'ont pas une grande importance au niveau de la communauté des chercheurs qui privilégie les publications pour juger de la crédibilité des travaux.

Quels conseils pourriez-vous donner à un(e) jeune souhaitant se lancer dans la recherche ?

Je lui dirais de ne pas hésiter et de foncer !

Propos recueillis par Sandrine Damie