Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Philippe Adnot

Sénateur-Président du Conseil général de l'Aube
Date de l'interview : 04/03/2015

C'est en créant des écosystèmes où les gens des deux mondes de la recherche et de l'entreprise peuvent se rencontrer, où des fertilisations croisées peuvent s'opérer, que l'on permet concrètement un travail collaboratif fructueux.

Président du comité de sélection de Tremplin Entreprises, Philippe Adnot évoque l'innovation en France.

Vous avez participé à la création de Tremplin Entreprises. Dans quel contexte économique et pour quelles raisons ce concours a-t-il été lancé ?

Cet évènement, à la création duquel j'ai contribué en 1999, est né dans une période de bouillonnement de la création d'entreprises avec la propagation de l'Internet grand public, l'émergence de nouveaux modèles économiques liés à la dématérialisation et au numérique. Cette période euphorique, qui semblait annoncer la fin de l'ancien monde et la résolution de l'ensemble des problématiques par les nouvelles technologies, s'est malheureusement achevée sur des lendemains douloureux avec l'éclatement de la bulle Internet, mais a été un fort déclencheur.

Tremplin Entreprises est à l'origine une initiative du Président Poncelet qui a souhaité ouvrir le Sénat sur le monde des entreprises (outre cette manifestation, des stages d'immersion en entreprises furent aussi, à cette époque, proposés aux sénateurs) et de l'innovation, en vue de permettre aux élus de la Nation d'avoir une meilleure compréhension de ce que seront les enjeux de l'économie française et de favoriser les échanges entre les mondes politique, économique et financier.

Depuis 1999, Tremplin Entreprises soutient les entreprises innovantes. Pouvez-vous nous donner votre définition d'une entreprise innovante ?

A mon sens, une entreprise innovante ne se définit pas par le secteur duquel elle relève. Elle se caractérise plutôt par le fait que, par le biais de produits et/ou de services nouveaux, intégrant, en général, une assez forte valeur ajoutée,  elle offre au marché, qu'il soit professionnel ou grand public, des solutions qui répondent à des problématiques qui peuvent être essentielles (santé),  organisationnelles, pratiques, de confort, voire qui répondent à de simples aspirations.

Quels sont, selon vous, les secteurs les plus porteurs en termes d'innovation ?

Il me semble qu'il est à présent, pour les raisons développées dans ma réponse précédente, difficile de se prononcer en termes de secteurs.

L'approche est, selon moi, nécessairement transversale et pluridisciplinaire. A cet égard, l'irruption du numérique dans la plupart des grands secteurs d'activité : communication, finance, éducation, décentralisation, transports, défense, santé, énergie, objets connectés etc. me paraît être porteuse de conséquences très profondes en termes d'innovation.

La France est-elle un pays d'entrepreneurs innovants ?

Sans conteste, notre pays est bien placé sur l'échiquier des pays européens les plus innovants grâce à ses grandes entreprises très prospères à l'étranger et à ses petites entreprises très innovantes, souvent à la pointe de la technologie.

Il me semble que ces entrepreneurs innovants ont été et restent aussi très présents dans notre industrie qui est pour la France un moteur clé. Ce moteur doit pouvoir profiter de la dynamique de PME très innovantes spécialisées dans des secteurs comme les nouvelles technologies, les services ou encore le développement durable. Bref, il faut favoriser le rapprochement entre entrepreneurs innovants des grands groupes et innovateurs des PME.

Quelle est la place des PME dans l'innovation ?

Elle est fondamentale puisqu'à l'origine de la plupart des projets innovants, il y a quelques personnes qui mettent leurs savoirs et/ou savoir-faire en commun pour rendre possible la concrétisation de leur concept. Ce tissu de PME, mais aussi, j'insiste, de PMI innovantes dans notre pays est assez prometteurs et à cet égard la France dispose d'un contexte parmi les plus favorables à la création et à l'accompagnement des entreprises innovantes au monde.  Pour ma part, j'ai, en qualité d'élu local avec mes collègues du Conseil général de l'Aube, développé un enseignement supérieur de qualité avec la création de l'université de technologie de Troyes, le développement du Groupe ESC Troyes et l'implantation de l'Ecole polytechnique féminine. Nous avons complété ce volet formation/recherche par la mise en place d'un écosystème en faveur de la création et de l'accompagnement, notamment via la Technopole de l'Aube, dont la compétence est reconnue à l'échelle européenne.

Comment les entreprises et les chercheurs peuvent-ils travailler ensemble ?

Il me semble que ma réponse précédente adresse, par l'exemple, une partie de la présente question. Le maître mot me semble être celui de "proximité", qu'elle soit géographique ou intellectuelle, complété par celui de "transversalité".

C'est en créant des écosystèmes où les gens des deux mondes de la recherche et de l'entreprise peuvent se rencontrer, où des fertilisations croisées peuvent s'opérer, que l'on permet concrètement un travail collaboratif fructueux.

Quels sont les enjeux de l'innovation pour l'économie française ?

Ils sont multiples mais supplantés à mon sens par un enjeu suprême, celui de continuer à exister en tant qu'économie dans le peloton de tête des économies développées, et pour continuer à exister face aux géants émergents comme la Chine ou l'Inde, nous n'avons pas d'autre choix que celui de l'innovation dans tous les domaines, que ce soit dans le secteur privé comme dans le secteur public. Sur ce dernier point, l'innovation constitue une piste susceptible de nous permettre de faire perdurer l'essentiel de notre modèle social en rendant la sphère publique plus performante et moins "budgétivore".

L'innovation française jouit-elle d'une reconnaissance au niveau mondial ?

Oui, je le crois sincèrement. Il ne se passe pas un mois sans qu'une innovation, issue de nos laboratoires publics ou privés  ou de nos start-up ne défraye la chronique. Je pense, au moment même où j'écris ces lignes au formidable espoir que représente la première mondiale du traitement préventif contre le virus du SIDA mis au point au sein de l'hôpital Saint-Louis.

Je pense aussi au récent Consumer Electronic Show de las Vegas où la France a été le pays le plus présent, ce qui illustre bien la vitalité de la création d'entreprises et la capacité de nos entrepreneurs à innover.

Cela étant dit, il ne faut pas se contenter d'être le terreau fertile à l'irruption et au développement des jeunes pousses, il faut aussi que nous soyons capables de faire grossir nos PME/PMI innovantes et là c'est tout l'environnement financier, législatif - notamment fiscal - et réglementaire qui doit aller dans le sens de l'accompagnement. C'est ce pourquoi j'essaie de me battre en qualité de parlementaire et c'est un combat de longue haleine. A défaut de le mener, nous continuerons à assister au rachat de nos pépites par des fonds étrangers, au départ de nos créateurs innovants vers des cieux plus propices au développement de leurs entreprises, et à notre incapacité à nous doter d'un tissu d'ETI d'une densité comparable à ce qu'il est chez nos principaux voisins.

Propos recueillis par Sandrine Damie