Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Stéphanie Vazeilles

Assistante de direction - Alcatel-Lucent
Date de l'interview : 01/03/2015

C'est notre rôle d'adultes d'amener nos jeunes à s'insérer dans la société, si nous ne leur expliquons pas qu'elle les attend, qu'elle a besoin d'elles et que chacune a son rôle à jouer, qui le fera ?

Stéphanie Vazeilles nous fait part de son expérience de marraine au sein de l'association Capital Filles.

Comment avez-vous connu l'association Capital Filles ?

Il s'agissait d'un programme RH dans mon entreprise et un responsable a fait une session d'information sur le sujet.

Quel regard portiez-vous alors sur la place des femmes en entreprise ?

Je savais que des discriminations' existaient, je ne savais pas à quel point.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer au point de devenir marraine de Capital Filles ?

Apporter du support est dans mon ADN… Avec certains conseils j'aurais pu éviter de tomber dans certains écueils, si je peux faire profiter de cette expérience à quelques jeunes filles, c'est gagné ! C'est notre rôle d'adultes d'amener nos jeunes à s'insérer dans la société, si nous ne leur expliquons pas qu'elle les attend, qu'elle a besoin d'elles et que chacune a son rôle à jouer, qui le fera ? Je vais reprendre des mots d'Emma Watson "si ce n'est pas moi et maintenant, ce sera qui et quand ?". Après 3 ans d'expérience, je ne savais pas au départ à quel point cette démarche était utile.

En quoi consiste le rôle de marraine ?

Aider des jeunes filles issues de milieux sociaux défavorisés à s'orienter dans leur vie professionnelle. Les conduire à sortir des sentiers battus (ex : il n'y a pas de métiers d'hommes ou de femmes mais il y a ce que l'on a envie d'être et de faire dans la vie). S'intéresser à ce qu'elles font, les encourager, leur ouvrir des portes ne font pas partie de leur quotidien, c'est ce que nous – les marraines – leur offrons.

Je me souviens de l'intervention d'une marraine dans un lycée qui était issue des mêmes quartiers que les jeunes filles qu'elle avait en face d'elle. Elle avait vécu les mêmes choses, entendu les mêmes discours, été orientée de la même façon… jusqu'au jour où elle avait décidé de prendre sa vie en main, d'apprendre le métier qu'elle voulait… Elle a fini – après moult efforts et travail et aussi confrontation avec son entourage – par obtenir son diplôme d'ingénieur. Elle a intégré une entreprise, dirigé plusieurs équipes et fait un travail qui la passionne.

Je me souviens aussi avoir étonné des jeunes filles en leur disant qu'il y a la formation de base (à l'école) et puis qu'il y aura la formation professionnelle, la VAE suivant l'expérience qu'elle acquerront, des réorientations sont possibles : croire en soit, se connaître, savoir ce qui nous fait vibrer sont les meilleurs armes de la réussite.

Concrètement, combien de jeunes filles avez-vous accompagnées ? De quelle manière ?

J'ai accompagné 4 jeunes filles.

Chaque expérience a été très différente. Je les ai accompagnées avant tout par des échanges (téléphone, sms, e-mails, rencontres). D'abord en essayant d'analyser où je pouvais les aider à apporter ma pierre à leur édifice ; quelles informations il leur manquait pour faire le choix d'orientation qui leur correspondait le mieux par rapport à là où elles en étaient et ce à quoi elles aspiraient. J'ai tenté de les amener à se poser les bonnes questions, à se projeter aussi : que faut-il mettre en place pour atteindre un objectif, comment choisir son objectif. Comment être autonome pour réfléchir, chercher.

Plus concrètement se sont des échanges d'informations, des discussions, des jeux de questions/réponses qui amènent les solutions.

Les marraines ne font pas à la place des filleules, mais nous pouvons faire quelques pas ensemble pour donner une orientation qui n'aurait peut-être pas été la même sans notre intervention : j'aime bien l'idée de la boule de bowling qui touche le sol en plein milieu de la piste et qui suivant tout un tas de paramètres peut finir dans la rigole ou l'inverse. Il s'agit de pas grand-chose au départ qui fait toute la différence au bout du compte.

Quels sont pour vous les principaux obstacles / freins que rencontrent les jeunes femmes dans leur parcours de formation / d'insertion professionnelle ?

A mon avis le premier frein est leur environnement familial : souvent leurs parents travaillent dans des secteurs peu valorisés par la société où il est difficile d'être fiers et d'avoir confiance en soi. Elles souffrent généralement d'un manque d'assurance. Peut-être aussi un sentiment de rejet, d'incompréhension… Capital Filles leur montre que ce n'est pas le cas, que des portes leur sont ouvertes mais à elles de faire ce qu'il faut pour passer de l'autre côté, encore faut-il leur montrer ces portes, comment les atteindre : il peut y avoir parfois un manque d'informations, des portes qui se ferment – si c'est le cas, passer par la fenêtre ! Juste une main qui se tend à un moment de votre vie, cela peut tout changer.

Quels conseils pourriez-vous donner à une jeune femme tentée par une carrière dans un métier réputé jusqu'à présent "masculin" ?

Comme je l'ai dit un peu plus haut : "il n'y a pas de métiers d'hommes ou de femmes mais juste ce que l'on a envie d'être ou de faire dans sa vie".

La plus belle phrase que j'ai entendue d'un homme était que l'on n'attendait pas d'une femme dans un métier d'homme qu'elle se comporte comme un homme mais au contraire qu'elle amène tout ce qu'elle a de féminin à la profession – lui parlait des métiers managériaux essentiellement – mais je pourrais aussi citer la place des femmes chez les pompiers et particulièrement lors d'intervention sur des accidents – une femme est plus à même de gérer la crise humaine qui se joue (calmer un enfant, soutenir un blessé…) et du coup l'ensemble de l'opération se passe généralement mieux. Maintenant une femme en condition et qui aime porter la lance à incendie et un homme calme qui apporte son soutien à un blessé est tout aussi envisageable.

Il a aussi été prouvé par des statistiques que les femmes avaient davantage de capacité à améliorer rapidement la situation d'une entreprise en crise.

Les femmes et les hommes ne sont pas en concurrence sur le marché des métiers mais complémentaires pour une plus belle réussite. Un homme gynécologue ou sage-femme, so what ? L'important n'est pas dans ce que l'on fait mais l'intention, l'envie, la motivation qu'on n'y met.

Propos recueillis par Sandrine Damie