Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Jean-Luc Amiard

Directeur Maison familiale rurale, Ormoy-la-Rivière (91)
Date de l'interview : 13/10/2014

Les jeunes viennent chez nous en grande partie pour l’alternance.

Avec une rivière traversant l’établissement et deux hectares de terrain boisé, c’est « la plus belle école de la région », selon son directeur, Jean-Luc Amiard. La MFR (Maison familiale rurale) d’Ormoy-la-Rivière (91) est l’une des quatre structures de ce genre en Ile-de-France, avec celles de Rambouillet, d’Etampes (78) et de Souppes-sur-Loing (77). Cette structure associative accueille 214 élèves.

Quelles sont les formations proposées dans la MFR que vous dirigez ?

Nous accueillons des élèves en DIMA (dispositifs d’initiation aux métiers en alternance). Nous préparons également à trois CAP : cuisinier, employé de restauration et commerce, ainsi qu’à deux bacs professionnels, l’un en commerce, l’autre en vente. L’ensemble de nos formations se déroulent par alternance et par apprentissage.

A qui s’adresse le DIMA ?

C’est une filière en pré-apprentissage multi-métiers pour des jeunes de 15-16 ans issus d’une classe de 4ème de collège. Le système traditionnel ne convient généralement pas à ces jeunes. Ils sont là pour voir ce qu’il en est réellement d’un métier qui les intéresse a priori et atteindre un niveau 3ème. Dans les matières générales, nous travaillons autour de grands thèmes dans l’année et de manière moins scolaire que dans le système traditionnel. Mais à la fin de l’année de DIMA, ils passent le CFG (certificat de formation générale) et le DNB (diplôme national du brevet). Une partie de notre travail consiste à les réconcilier avec l’école.

Et de leur permettre de découvrir le monde professionnel…

 Il y a deux temps forts dans la formation chez nous : un temps en entreprise, un temps en "maison". Pour préparer leur projet professionnel, ils sont stagiaires, sous statut scolaire, en alternance. Ils passent 18 semaines à la MFR et 18 semaines en entreprises, au rythme d’une semaine sur deux. Afin de bien choisir leur secteur d’activité, ils ont l’occasion de changer d’entreprise et en découvrent généralement trois ou quatre dans l’année. Ils ne sont pas rémunérés, car ce sont des élèves de moins de 16 ans, mais ils perçoivent une gratification selon le bon vouloir de l’entreprise.

Est-ce pour des raisons pratiques dues à l’éloignement des élèves que vous proposez un internat ?

 Ce n’est pas la seule raison. La principale repose sur les valeurs et les principes éducatifs des Maisons familiales rurales, dont le fait d’apprendre à vivre en collectivité toute la semaine et de mettre en place un cadre éducatif impliquant d’autres temps que les temps de formation. En ce qui nous concerne, nous proposons par exemple des temps organisés avec des animateurs après les cours, comme des séances d’équitation, du karaté, de l’escalade, des jeux intérieurs et extérieurs ou encore une initiation au code de la route. Mais en Ile-de-France, comme dans d’autres MFR proches de grande ville, l’internat n’est pas systématique. 50% des jeunes en formation chez nous sont internes. Ils sont plus nombreux parmi les élèves de DIMA. Certains habitent seulement à 5 kilomètres de là. C’est donc un choix du jeune et de ses parents, parfois en quête d’une aide, d’un accompagnement dans leur mission éducative.

Votre mission n’est donc pas seulement de former, mais d’éduquer les jeunes que vous accueillez…

Dans les MFR, on parle de jeunes et pas d’élèves, de moniteurs et pas de professeurs. Nous avons effectivement un rôle d’accompagnement du jeune dans son ensemble. Nous ne sommes pas seulement des enseignants mais aussi des éducateurs. Nous sommes très présents tout au long de la journée, et pas seulement pendant les heures de cours, pour apprendre aux jeunes à respecter nos valeurs éducatives, discuter avec eux, lors des repas, des surveillances de cour, des pauses. Nous voyons aussi le jeune en dehors du cours. C’est une autre approche, très intéressante. Par ailleurs, les jeunes ont besoin de considération et de se sentir utiles, ce qu’ils trouvent en entreprises.

Nos structures sont petites, d’où l’appellation « maison ». Quant à la dimension « familiale », elle tient au lien fort des parents avec la maison, puisqu’ils en font partie intégrante. Des parents élus font en effet partie du conseil d’administration de l’association qui gère la MFR. Ils ont, par exemple, participé récemment à la révision du règlement intérieur, ils travaillent sur la manière dont les jeunes vivent ici, sur la communication ou encore sur les projets de travaux, par exemple.

Quel lien unit la MFR et l’Education nationale ?

Nous sommes sous contrat avec le ministère de l’Education nationale. Nous respectons les programmes nationaux officiels, puisque nous présentons des jeunes aux mêmes examens que les autres établissements. En tant que CFA (centre de formation pour apprentis), nous sommes aussi liés au conseil régional d’Ile-de-France par une convention quinquennale.

Vos jeunes diplômés, titulaires d’un CAP ou d’un bac professionnel, trouvent-ils facilement un emploi ?

Nous avons près de 90 % de réussite en moyenne sur tous les diplômes présentés en 2013. Mais on ne laisse personne sur le bord de la route. Les jeunes viennent chez nous en grande partie pour l’alternance. Nous travaillons avec les restaurants gastronomiques, les grandes surfaces et les petits magasins du secteur. Le lien avec le territoire est étroit. En CAP, ils passent 14 semaines au CFA dans la maison familiale et le reste en entreprise. En bac pro, ils passent 18 semaines en MFR et 29 semaines en entreprise. Au bout de trois ans, ils totalisent près de 90 semaines en entreprise et possèdent donc une bonne expérience du métier. Le jeune apprenti s’insère facilement : dans les sept mois qui suivent l’obtention du diplôme, 67 % des jeunes ont trouvé un emploi.

Quelles sont les poursuites d’études possibles après l’obtention de ces diplômes ?

Aujourd’hui, la filière professionnelle s’étend du CAP au master professionnel. Un jeune peut donc accéder à un bac + 5 via l’alternance en arrivant chez nous par le DIMA, par exemple. Après le bac pro, environ 30 % des élèves poursuivent leurs études en BTS NRC (négociation relation clients) ou MUC (management des unités commerciales), généralement aussi en alternance. Nous avons de bons retours de leur part. Il faut souligner que sur la partie professionnelle, ils ont déjà une bonne expérience du métier lorsqu’ils attaquent un BTS. Ils doivent en revanche concentrer leurs efforts sur les matières générales.

Propos recueillis par Isabel Busché