Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

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Arnaud Delporte-Fontaine

Scénariste et romancier
Date de l'interview : 13/10/2014

L'écriture est un sacerdoce. On a ça dans le sang, ou pas.

Alors que son nouveau roman "Système A" sort aux éditions Daphnis et Chloé, Arnaud Delporte-Fontaine a accepté d'évoquer avec nous son parcours de scénariste et de romancier.

Quel élève étiez-vous au lycée ?

Un élève calme qui rêvait à ses histoires. Pour moi, le lycée, c'était l'ennui absolu. Alors, je fantasmais.

Quelle voie de formation avez-vous choisie ? Quel métier vous faisait alors rêver ?

Je n'ai pas vraiment choisi de voie de formation. Je me suis retrouvé sur les bancs de la fac de lettres un peu par hasard. Je vivais en banlieue de Paris, et là-bas, les cursus proposés ne m'excitaient pas. Je ne me voyais pas finir comptable, fonctionnaire dans une mairie, prof ou facteur… Je préférais le fruit de mon imaginaire à ces perspectives. Même si on me rabâchait que « la création » ne payait pas. Quand j'ai déménagé à Paris, en l'an 2000, j'ai réalisé, que l'on pouvait vivre de l'écriture, via Internet, via la presse, etc. Il y avait quelque chose à tenter. Mais la route serait longue.

Vous avez débuté à l'Education nationale. A quel poste ? Pourquoi ce choix ?

C'est l'Education nationale qui m'a choisi, cette fois. À cette époque, il a fallu que je gagne ma vie, pour payer mon loyer et manger. Ma licence de lettres modernes en poche, j'ai quitté illico les bancs molletonnés de la fac pour ceux plus rudes du collège où j'ai œuvré comme éducateur, documentaliste puis plus tard dans le privé comme prof. Ces expériences m'ont enrichi humainement.

Après un passage également par la presse écrite, vous vous êtes lancé en tant que scénariste. Qu'est-ce qui vous a donné le déclic ?

Je ne crois pas qu'on puisse parler de déclic. L'écriture est un sacerdoce. On a ça dans le sang, ou pas.

A qui avez-vous soumis votre 1er scénario ?

Au CNC, d'abord je crois. Je pensais qu'un bon scénario suffirait à attirer des financements, un producteur, une équipe, une tête d'affiche. Aborder un acteur à une avant-première ne m'a jamais effrayé. Mais ça n'est pas comme ça que ça marche. Il faut se faire connaître avec des courts métrages, ou en travaillant sur les films des autres. Un agent m'a embarqué dans son écurie. Mais ça n'a rien donné. J'ai persévéré, en solo. Puis avec mon épouse, Bertille.

Comment avez-vous décroché votre premier contrat ?

Difficile de parler de "contrat". Je crois que c'était pour un festival de films urbains : "Les pépites du cinéma". L'idée était d'apprendre à des jeunes comment écrire/ diriger/ tourner et jouer dans un film. J'ai "pondu" le script. Je n'ai jamais vu le film tourné, dommage.

A quoi ressemble votre quotidien de scénariste ?

Chaque semaine, je fractionne mon emploi du temps entre mes écrits personnels (romans en ce moment), la promotion de ceux qui sont sortis (actuellement, je défends Système A, sorti chez Daphnis et Chloé pour la rentrée littéraire), des collaborations scénaristiques, et notre structure Le Clan des Carpates qui propose des services de script doctoring, d'aide à l'écriture, de graphisme, des interventions ainsi que des outils pratiques. Les démarches prennent du temps et de l'énergie. Les référencements, les rendez-vous avec les partenaires sont indispensables pour monter des projets, élargir le réseau, etc.

Comment vivez-vous le refus d'un scénario ou les ajustements à y apporter ?

On ne peut pas vraiment parler de refus dans le milieu du cinéma. Quand les gens ne veulent pas travailler avec vous, ils ne vous donnent plus signe de vie. Il n'y a pas de refus frontal. Quant aux ajustements, ils font partie du jeu, surtout quand vous œuvrez sur l'univers d'un autre. J'ai adapté en scénario le roman noir "Les anges déçus" de Catherine Locandro. La collaboration a été fructueuse parce que j'ai apporté mes idées sans trahir l'univers de l'auteure. Je débats davantage quand il s'agit de mes propres créations.

L'écriture en général tient une place importante dans votre vie. Quel pont voyez-vous entre vos activités de scénariste et celles de romancier ?

Le pont est simple, un roman est un film potentiel. Mes deux romans, "Rémy rêve" et "Système A", et ceux à venir sont calibrés pour le cinéma. Dans le cas d'une adaptation au cinéma, je peux rejoindre la production comme scénariste et pourquoi pas comme metteur en scène.

Quelles sont les qualités indispensables pour vivre de sa plume comme vous ?

Un moral d'acier. Une confiance en soi à toutes épreuves, notamment face à des mauvais conseillers qui tentent de vous faire douter de votre talent. Il faut bosser dur, ne pas se décourager, ne pas hésiter à prendre son téléphone, ne pas être sédentaire ou rester broyer du noir chez soi.

Quand un projet ne décolle pas, il faut enchaîner sur un autre et revenir sur le premier plus tard. Il faut avant tout être impartial sur son talent "réel". Car, à Paris, tout le monde veut écrire un roman, scénariser, réaliser un film, interpréter le premier rôle, et, en bonus, composer la bande originale. Il faut se regarder dans la glace sans concession. Dans mon cas, c'est plus facile, je suis un conteur d'histoires né. J'adapte mon style au support. Je n'écrirais pas un roman comme une bande dessinée, un scénario ou une comédie musicale catholique (j'ai fait ça aussi). Je n'ai jamais cherché à occuper le devant de la scène ou me la jouer musicien pour séduire les filles.

Dans 10 ans, quel quotidien professionnel imaginez-vous pour vous ?

Dans 10 ans, j'espère que mon quotidien sera plus serein que dans le présent. Car, avec Bertille, on travaille comme des titans… Je pense que notre association aura évolué en fondation accueillant les artistes apatrides, que nos livres seront en vente un peu partout, qu'une ou deux adaptations de mes romans auront été signées pour le grand écran, j'aurai, sans doute, coécrit plusieurs livres avec ma femme, et peut être réalisé mon premier long métrage… Du moins, c'est ce que me dit le tarot…

Propos recueillis par Sandrine Damie