Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Frédéric Lainé

Chargé de mission prospective métiers et qualifications, Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CSGP)
Date de l'interview : 12/06/2014

La prospective peut servir les jeunes, leur donner une vision de l'avenir et les aider dans leurs choix d'orientation.

Lieu d’échanges et de concertation, le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) apporte son concours au Gouvernement pour la détermination des grandes orientations de l’avenir de la nation.

En quoi consiste la prospective au CGSP ?

La prospective consiste à explorer les futurs possibles, dans notre cas en matière de métiers et de qualifications. Nous établissons des projections sur les créations d'emplois et les départs à la retraite qui sont mis en regard avec l'évolution des métiers et de leurs compétences, ou encore la façon dont les métiers sont pourvus (par des jeunes ou des personnes en milieu de carrière, ou par des personnes d'autres régions).

Il s'agit d'un travail d'équipe, qui implique par exemple des économistes pour établir un cadrage économique, et prévoir comment vont évoluer la croissance ou les secteurs d'activité. Le travail statistique joue également un rôle important. Nous devons nous appuyer sur des chiffres réels pour faire une projection. Notre source principale est l'enquête emploi de l'Insee. Nous travaillons aussi avec d'autres organismes, comme la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social) ou le Céreq (Centre d’études et de recherche sur les qualifications). Enfin, nous confrontons nos résultats à des experts. Ils sont présentés aux branches professionnelles, qui donnent leur avis.

A quoi sert-elle ?

La prospective peut servir à établir la carte des formations, à établir de grands axes stratégiques et à obtenir une certaine cohérence dans les diplômes proposés sur un territoire. Elle peut également servir les jeunes, leur donner une vision de l'avenir et les aider dans leurs choix d'orientation. Enfin, elle joue un rôle dans l'anticipation des mutations économiques.

D'après les différentes projections réalisées, quels sont les métiers qui présenteront le plus d'opportunités d'emploi à l'avenir, notamment en Ile-de-France ?

L'Ile-de-France, devrait à peu près suivre les évolutions du niveau national. Trois grandes tendances se détachent. D'abord la poursuite de la tertiarisation du marché du travail, et en son sein une évolution favorable pour les métiers d'aide et de soins aux personnes (infirmiers, aides à domicile, aides-soignants). Parallèlement aux postes d'employés peu qualifiés qui devraient se maintenir, une seconde tendance devrait être le renforcement des cadres et des professions intermédiaires (par exemple les techniciens industriels et ingénieurs, les techniciens comptables et financiers, les cadres commerciaux), avec une croissance plus dynamique que les autres catégories socio-professionnelles. Enfin, une dernière tendance est la poursuite de la féminisation des professions les plus qualifiées et des métiers de cadre, même si cette évolution est déjà assez avancée en Ile-de-France.

D'autres métiers aussi, où il y aura peu de créations d'emploi, offriront néanmoins de nombreux postes à pourvoir en raison d'importants volumes de départs en retraite. C'est le cas notamment des métiers d'enseignant, d'agent d'entretien ou d'agent d'administration. Enfin, le BTP devrait offrir de nombreux postes à pourvoir, même si le contexte économique jouera un rôle important. Il faut aussi prendre en compte les politiques publiques, et notamment en Ile-de-France le projet du Grand Paris.

D'autres métiers seront-ils au contraire moins susceptibles de créer des emplois ?

Il devrait y avoir moins d'opportunités en Ile-de-France pour les employés qualifiés, par exemple les employés de la banque-assurance ou les secrétaires, qui subiront l'impact des technologies de l'information et de la communication et des restructurations des entreprises. Dans toute la France, les métiers d'ouvriers, non qualifiés et qualifiés, de l'industrie devraient également connaître des pertes d'emploi.

Cela ne veut pas dire que ces métiers n'auront pas de difficultés à recruter. Il y a un paradoxe, les métiers qui ont peu de postes à pourvoir ne sont pas forcément ceux qui n'ont pas de besoins : ils peuvent avoir des difficultés à attirer et à fidéliser leurs salariés.

A l'avenir, avoir un diplôme restera-t-il important pour trouver un emploi ?

Le niveau de diplôme protège du chômage. La dernière enquête du Céreq a encore montré que les non-diplômés et les titulaires d'un CAP ou d'un BEP étaient les plus impactés par la crise. Cela joue aussi sur le niveau de salaire.

Dans le futur, la structure des métiers devrait engendrer une demande de plus en plus importante de bac + 5, notamment en Ile-de-France. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'avenir pour les autres niveaux de diplômes. La spécialité choisie joue également un rôle important dans l'insertion professionnelle. Enfin, il faut garder à l'esprit que tout n'est pas joué d'avance, et que le diplôme ne décide pas de tout le reste de son parcours.

Propos recueillis par Raphaëlle Pienne