Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Anne-Marie Le Bévillon

Directrice du marketing et du développement à la Direction de l'enseignement de la CCI Paris Ile-de-France
Date de l'interview : 12/06/2014

Il va se créer énormément d'emplois en France, grâce au levier de croissance extraordinaire de la révolution informatique et numérique.

Anne-Marie Le Bévillon présente les métiers et les expertises qui seront recherchés par les entreprises dans les années à venir.

Comment vous assurez-vous que les formations des écoles de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France correspondent aux besoins des entreprises ?

Nous nous appuyons sur les travaux de notre observatoire, l'OFEM, rattaché à la Direction de l'enseignement de la CCI Paris Ile-de-France, qui réalise chaque année de nombreuses études visant à adapter l'évolution des formations par rapport à l'évolution des métiers. Notre travail consiste à analyser les enquêtes d'insertion des diplômés des 22 écoles de la chambre, ainsi que des enquêtes réalisées sur les secteurs d'activité couverts par nos formations, et des études sur les filières de formation et d'emploi. Nous réalisons également des synthèses sur les besoins des entreprises en matière d'emploi.

D'après vos analyses, quelles tendances se dessinent pour l'emploi à l'avenir ?

Il faut d'abord rappeler une information que l'on n'entend pas assez souvent : il va se créer énormément d'emplois en France, grâce au levier de croissance extraordinaire de la révolution informatique et numérique. A cet élément, qui ouvre des perspectives très importantes et qui poussera l'ensemble des secteurs, s'ajoute la nécessité de remplacer les nombreux départs à la retraite liés à l'arrivée en fin de carrière de la génération du baby boom.

Quels seront les secteurs créateurs d'emploi et quels types de profils seront recherchés ?

La demande d'expertise en management et en gestion restera très forte et les profils d'ingénieurs managers seront de plus en plus demandés. Il y aura également beaucoup d'embauches dans le secteur de la vente et du commercial : 70 000 créations d'emplois supplémentaires sont prévus dans le commerce entre 2011 et 2016. Le secteur de l'hôtellerie-restauration, en croissance depuis 60 ans et qui verra un quart de ses actifs partir à la retraite, a également de fort besoins en recrutement. Les  systèmes d'information et l'informatique créeront également 80 000 emplois d'ici à 2020, principalement sur des postes de techniciens et surtout d'ingénieurs. Enfin, les activités liées aux économies d'énergie devraient créer 300 000 emplois supplémentaires à l'horizon 2020, principalement dans le domaine de l'efficacité énergétique (transport et bâtiment).

En Ile-de-France par ailleurs, d'après une enquête réalisée par l'OFEM fin 2013, les profils recherchés sont très différents selon la taille des entreprises. Dans les domaines du commerce et du management notamment, les grandes entreprises recherchent des expertises et des compétences pointues, et recrutent à des niveaux bac + 3 / bac + 5. Les besoins des petites entreprises concernent en revanche davantage des « savoir être », et celles-ci recrutent plutôt à des niveaux bac, voire infra-bac.

Certains secteurs vont-ils au contraire perdre des emplois ?

L'industrie traditionnelle, ce n'est pas un fait nouveau, connait une érosion. Néanmoins les nouvelles technologies, les imprimantes 3D ou la robotisation par exemple, vont permettre de développer une industrie nouvelle.

Quelles seront les compétences recherchées par les employeurs à l'avenir ?

Cela dépend des secteurs, mais l'expérience ou la culture de l'international (soit la maîtrise d'une seconde langue, soit une expérience à l'étranger) restera indispensable. Les employeurs sont aussi de plus en plus à la recherche de savoir-être : aptitudes relationnelles, adaptabilité, etc. Ils auront aussi de plus en plus besoin de personnes maîtrisant plusieurs expertises. Enfin, il va falloir s'adapter aux mutations technologiques : à court terme, tout le monde devra avoir une culture de l'informatique et du numérique, avoir des notions de programmation par exemple.

Les formations devront s'adapter à ces transformations. L'apprentissage devrait rester un bon moyen pour professionnaliser ses études et favoriser l'insertion. Mais en même temps les enseignements vont évoluer, on le voit avec l'émergence des MOOC. Les cursus vont également se diversifier. Récemment de nouvelles formations ont émergé, comme l'école 42, qui délivre des formations qui ne sont pas sanctionnées par un diplôme, mais qui sont labellisées par le milieu professionnel. Nous avons demandé leur avis aux entreprises, qui nous ont confié qu'elles pensaient qu'à l'avenir ce type de formations auraient une valeur égale à celles délivrant un diplôme traditionnel. On peut donc s'attendre à ce que les deux types de formation coexistent.

Propos recueillis par Raphaëlle Pienne