Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Jean Baptiste Goraieb

Violoncelliste, Montreuil (93)
Date de l'interview : 23/01/2014

On n’arrive pas à la musique classique professionnelle par défaut !

Violoncelliste depuis plus de 30 ans, Jean-Baptiste Goraieb, qui a commencé à jouer à l’âge 3 ans et demi, vit depuis une bonne dizaine d’années de la musique, essentiellement classique.

De quoi votre quotidien de musicien est-il fait ?

N’étant pas titulaire dans un orchestre mais intermittent du spectacle, je joue dans différents ensembles et navigue en fonction des contrats. Je joue essentiellement du classique dans des orchestres de 30 à 100 musiciens, plus rarement en quatuor. Je dois faire entre 6 et 10 concerts par mois. Mon quotidien est fait de travail personnel, à la maison, de quelques cours que je donne, et de temps pour préparer des concerts. Il y a souvent deux ou trois jours de répétitions avant un concert.

Votre activité est-elle régulière ?

Non, il y a des mois où je n’en ai pas du tout de concert et d’autres, notamment pendant des festivals, où je joue plusieurs fois par jour. Il m’arrive également de travailler dans des domaines très différents, comme récemment, avec Le Coz, un chanteur de variété française, ou encore sur des séances d’enregistrement de musique de film, avec le compositeur René-Marc Bini. Je dois avoir au total sept ou huit employeurs, dont deux ou trois principaux. Le plus difficile dans l’intermittence est de ne pas savoir ce que l’on fera dans six mois.

Comment vos parcours scolaire et musical se sont-il déroulés ?

Comme je n’avais pas l’âge pour entrer au Conservatoire, j’ai commencé le violoncelle en cours particulier à trois ans et demi. Mon professeur est celui qui m’a formé de A à Z. J’ai ensuite continué mes études de violoncelle avec ce grand monsieur au Conservatoire régional d’Aubervilliers-La Courneuve (93) jusqu’à l’âge de 15 ans. Il s’agit d’Erwan Fauré : mon mentor !
J’ai arrêté l’école en classe de 1re, pour laisser toute sa place à la musique, qui en avait toujours eu beaucoup. Vers 19-20 ans, j’ai rejoint le Conservatoire national supérieur de musique (CNSM) de Lyon (69) avant de revenir au CNSM de Paris, en 2003, pour une formation spécialisée en quatuor à cordes. Le quatuor est l’une de mes grandes passions. Les plus grands compositeurs ont écrit pour cette formation là.

Quelle place la musique occupait-elle dans votre famille ?

Mes parents n’étaient pas professionnels mais il est vrai que la musique a toujours eu une place importante chez nous. Ma mère a fait un cursus de conservatoire en tant qu’alto, mon père était violoniste autodidacte. Mon frère a aussi fait 10 ans de piano. On me raconte que j’ai réclamé un violoncelle lorsque j’étais tout petit. J’ai commencé à en jouer à l’âge de 3 ans et demi et j’ai atteint un niveau préprofessionnel vers 12-13 ans.

Avez-vous hésité à en faire votre métier ?

Je pense avoir toujours voulu en faire mon métier et ne me souviens pas avoir eu de sérieuses interrogations à ce sujet. On n’arrive pas à la musique classique professionnelle par défaut !

 N’avez-vous pas eu de doute sur votre motivation à l’adolescence ?

A cette époque-là, par définition tout était nul et rien ne me plaisait ! Mais je n’ai jamais laissé tomber l’instrument, même si ce n’était jamais acquis et que j’ai eu des moments de découragement et des échecs aussi. Mes parents ont toujours été là pour me rappeler que j’avais fait ce choix.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer ce métier ?

Aimer la musique est sans doute la qualité principale. Je dirais également qu’il ne faut pas avoir peur de se retrouver seul dans l’apprentissage pour répéter et répéter encore… Ensuite, il faut savoir s’adapter facilement. Avoir de la personnalité, mais pas trop d’ego. Enfin, en ce qui concerne le stress, incontournable, de la scène, il me semble qu’il s’apprivoise. A titre tout à fait personnel, j’ai toujours eu le stress porteur. Mais j’ai tout de même croisé des gens incapables d’aligner trois notes à cause du stress…

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui rêve de devenir musicien ?

A un jeune qui est déjà suffisamment avancé pour envisager sérieusement d’aller vers la musique, je dirais combien c’est un métier magnifique, fait de rencontres géniales. Même si c’est un métier et qu’on n’a pas toujours envie de se lever le matin – comme pour tous les autres – c’est difficile de ne pas être content d’être là quand on aime ce que l’on fait.
S’il s’agit d’un adolescent de 13 ans ayant deux ans de musique derrière lui, je le préviendrais que cela va être compliqué, à moins qu’il ne s’y mette très sérieusement.
Il faut dire que le cursus professionnel est limité en âge, puisqu’il y a un âge limite (22 ans, NDR) pour le concours d’entrée en cycle professionnel au CNSM de Paris ou de Lyon, où le niveau requis est très élevé.
Evidemment, il existe aussi des musiciens professionnels qui ne sont jamais passés par le Conservatoire, et il est possible de travailler avec de grands professeurs en dehors de cet établissement, mais il offre la garantie d’un bagage solide et reconnu. Cela reste la voie royale.


Propos recueillis par Isabel Busché