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Mona Zegaï

Doctorante en sociologie à Paris 8
Date de l'interview : 21/01/2014

La sociologie mène à plein de choses ! Même s’il n’y a pas écrit "sociologue" sur le profil de poste…

Doctorante et déjà enseignante, Mona Zegaï a trouvé sa voie dans la recherche en sociologie, après des études de langues et d’informatique.

Pouvez-vous nous décrire votre quotidien de doctorante ?

 Je prépare une thèse et ai donc le statut d’étudiante, mais je n’ai plus de cours pour autant. Je suis passée « de l’autre côté » puisque j’assure des cours magistraux en licence 1 et 2 à Paris 13. Je ne suis pas un « rat de laboratoire », comme on imagine souvent les chercheurs. Mes recherches se passent essentiellement hors du labo, où je ne vais qu’une fois par semaine, environ. Je rencontre des parents, des enfants, des ludothécaires, des commerciaux…

Sur quel sujet travaillez-vous ?

Ma thèse porte sur l’analyse des mécanismes sociaux à l’œuvre dans le processus de socialisation sexuée par le biais d’une entrée originale : le jouet. Cet angle-là m’a semblé important car il n’a pas beaucoup été étudié en France et en sociologie. Dans ce cadre, J’ai même travaillé deux mois comme vendeuse dans un magasin de jouets, sans dire que c’était pour une recherche. Je prenais des notes le soir.

Une partie de votre travail de chercheuse consiste aussi à communiquer vos résultats…

 Je publie effectivement dans des revues scientifiques, je participe à des colloques… Sans oublier les divers séminaires au sein du laboratoire, qui permettent d’échanger entre chercheurs, doctorants ou confirmés. Je consacre également du temps à la vulgarisation en participant là encore à des journées thématiques ou en répondant à des interviews de journalistes concernant les résultats intermédiaires de ma thèse, par exemple. Je côtoie beaucoup de monde, dans des univers différents. C’est très riche.

Très riche, si l’on ne parle pas de vos revenus…

 En tant que vacataire, j’expérimente effectivement la précarité dans l’enseignement et la recherche, malgré de longues années d’études. J’ai, par exemple, déjà effectué 27 heures de cours cette année, mais je sais qu’elles ne me seront payées que dans quelques mois. Je sais aussi qu’un maître de conférences démarre entre 1 700 et 1 900 euros net par mois. Mais je ne regrette rien. Je fais ce que j’aime faire.

 Quel a été votre parcours d’études ?

 Après un bac littéraire, je me suis tournée vers l’université, en licence d’anglais, puis vers une école d’informatique. Je m’épanouissais peu à rester derrière un ordinateur. Comme il y avait peu de filles dans ma promotion, j’étais souvent sollicitée au sujet des rapports femmes-hommes lors d’échanges sur l’intranet de l’école. A ce moment là, j’ai lu mon premier livre de sociologie : « La domination masculine » de Pierre Bourdieu. Je l’ai trouvé difficile, mais passionnant. J’ai quitté l’école d’informatique et suis entrée en 2e année de sociologie par équivalence. Je savais déjà que je voulais faire de la recherche.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite entreprendre des études de sociologie ?

 En premier, je lui dirais de lire des livres de sociologie, pour voir de quoi il s’agit. Je lui conseillerais d’abord « Outsiders », d’Howard Becker, un travail sur la déviance, qui peut facilement intéresser les jeunes. Je lui dirais aussi que le sociologue peut s’intéresser à tout et que cette discipline est passionnante, parce qu’elle permet de mieux comprendre le monde dans lequel on vit et ce que font les gens aussi. Mais on n’a pas tous les mêmes centres d’intérêts. Le truc, c’est de se lancer dans ce qu’on aime, parce que c’est ce qui devrait pouvoir nous permettre de nous épanouir le plus. Si j’ai toujours eu des facilités pendant mes études et que je les poursuis encore aujourd’hui, c’est parce que la sociologie m’intéresse vraiment.

Déconseillez-vous de s’inscrire en sociologie si l’on ne sait pas trop quoi faire ?

C’est en effet assez risqué : on peut se découvrir un intérêt comme être déçu et abandonner. Mieux vaut s’inscrire en connaissance de cause mais je ne le déconseillerais pas pour autant, car il y a de nombreuses passerelles entre la sociologie et d’autres filières.

Y a-t-il d’autres débouchés que la recherche ?

Quand j’ai quitté mon école d’informatique pour aller en socio, mes parents pensaient que cela ne me mènerait à rien, à l’inverse des études d’informatique réputées comme menant à tout et surtout à un bon salaire.
En dehors de la recherche, on retrouve nombre de diplômés de sociologie sur des postes de chargés d’études pour des collectivités, par exemple. D’autres encore s’orientent vers le journalisme, les ressources humaines ou encore le marketing. La sociologie mène à plein de choses ! Même s’il n’y a pas écrit "sociologue" sur le profil de poste…


Propos recueillis par Isabel Busché