
En apprentissage, le choix de l’entreprise est déterminant pour la suite de la carrière.
Intéressé par le secteur du bâtiment, Baljit Singh suit une formation d’ingénieur généraliste tout en étant apprenti chez Jacobs, un groupe d’ingénierie intervenant dans le domaine industriel et dans le tertiaire.
Quel est votre parcours scolaire ?
Je suis arrivé en France à 14 ans. J’ai voulu arrêter l’école en 3e
car j’avais des difficultés en français. Mais j’ai finalement redoublé ma 3e, puis je suis allé
en seconde technologique. Après un bac STI
(aujourd’hui STI2D) option génie électrotechnique
obtenu avec mention bien, j’ai fait une classe
prépa TSI (technologies et sciences d’ingénieur).
J’ai appris qu’à l’EI-CESI, on pouvait devenir ingénieur en apprentissage.
Comme je voulais absolument travailler dans le bâtiment, j’ai présenté l’option
BTP mais je n’ai pas été pris. L’école m’a alors proposé de suivre la formation
d’ingénieur généraliste.
Pourquoi avoir choisi de vous former en apprentissage ?
Pour 3 raisons. Premièrement, il y a des différences entre théorie et
pratique. Souvent, on fait des calculs, mais sur le terrain, il y a d’autres
facteurs qui interviennent et modifient le résultat... Deuxièmement,
l’apprentissage permet de se faire un réseau professionnel, ce qui est très
utile pour trouver un emploi. Et troisièmement, quand on est apprenti, on est
payé : cette année, je touche 952 euros par mois.
Avez-vous eu des difficultés à trouver un
employeur ?
Non, parce que je m’y suis pris très tôt, avant d’être admis à l’école.
J’en ai parlé autour de moi, j’ai rencontré des professionnels, etc. J’ai envoyé 3 ou 4 lettres de motivation,
puis j’ai eu l’assurance d’être pris chez Jacobs. Il faut dire que j’avais déjà
travaillé dans le bâtiment. Carrelage, peinture, électricité… Je connais. C’est
intéressant pour mon employeur.
Quel est le rythme de votre alternance ?
Il n’est pas régulier. Parfois j’ai 3 semaines de cours, suivies de 5
semaines en entreprise. Et puis ça
change en fonction des projets. C’est assez difficile de passer du rythme de
l’école à celui de l’entreprise, mais on s’habitue vite.
Sur quel type de projet travaillez-vous en
entreprise ?
Actuellement, je fais du suivi de travaux sur un projet de rénovation d’un
bâtiment à Issy-les-Moulineaux (92). L’entreprise met en place un outil qui permettra de dire
combien de personnes et combien de temps sont nécessaires pour réaliser une
tâche, par exemple pour carreler une pièce de 20 m2. Le but, c’est de savoir si
les devis des sous-traitants correspondent à la réalité. Je suis en permanence
sur le chantier où j’observe le travail des gens. Je passe aussi beaucoup de
temps sur Excel.
Finalement, même si vous n’avez pas suivi l’option BTP de
l’EI-CESI, vous êtes en train de devenir un ingénieur spécialiste du BTP….
Oui car en apprentissage, le choix de l’entreprise est super important. Il
faut vraiment être motivé par l’activité de celle-ci. Je suis dans la construction, je resterai
dans la construction. Mais cela peut
aussi être un inconvénient car si un jour, j’ai envie de travailler dans le
domaine de la biologie, je ne pourrai pas.
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus à l’école?
A l’école, j’apprends beaucoup de choses sur l’organisation du travail, la
communication, comment s’adapter aux gens… Moi qui n’aimais pas le français au
lycée, j’attends les cours avec impatience. On travaille l’expression, on fait
du théâtre, des jeux… C’est amusant et très intéressant. C’est difficile pour
un apprenti d’être en entreprise au début. On n’ose pas prendre la parole en
réunion, on fait attention à la façon dont on s’exprime alors que les autres
salariés parlent librement… Ce sont de choses qu’on travaille en cours et
petit à petit, on devient plus à l’aise.
Votre formation d’ingénieur s’étend sur 3 ans. Resterez-vous
dans la même entreprise pendant ces 3 années ?
Oui, j’ai un contrat d’apprentissage de 3 ans. Comme Jacobs est un grand
groupe, je pourrai même faire mon stage de 2e année à l’étranger au
sein de cette entreprise, au Maroc, en Angleterre ou en Belgique. Le but
ensuite, c’est d’être recruté par cette entreprise. Si un employeur forme un apprenti pendant 3 ans, ce n’est pas
pour le laisser partir… J’aimerais débuter ma carrière comme superviseur génie
civil ou directeur des travaux chez Jacobs et
plus tard, pourquoi pas, créer ma propre entreprise. C’est en 3e
année qu’on abordera en cours la création d’entreprise.
Propos recueillis par Patricia Holl