
On dit que brodeuse est un métier en voie de disparition, mais je préfère dire qu’il est en mutation.
Fondatrice de l’école Les Beaux-arts du fil, qui propose différentes formations initiales et continues dans le domaine de la broderie, Claire Liotta évoque le métier de brodeuse tel qu’il est exercé aujourd’hui.
Quel est votre
parcours ?
Après le bac, je suis entrée à l’école de la Chambre syndicale de la
couture parisienne pour faire des études de stylisme. Puis j’ai découvert la
broderie haute couture et j’ai eu le coup de foudre. J’ai passé un CAP broderie,
puis un brevet professionnel broderie. Pendant 12 ans, j’ai travaillé dans
différents ateliers parisiens de broderie, avant de monter ma propre
entreprise, LizAbayente, spécialisée dans la confection de corsets sur mesure,
brodés ou non. J’ai également créé Les Beaux-Arts du Fil, une école de broderie
d’art qui prépare les élèves au CAP et au BMA broderie option main. Je propose
aussi des stages de durées variables dans le cadre de la formation continue. Il
faut avoir 18 ans au minimum pour s’inscrire dans mon établissement.
Existe-t-il des
spécialités dans la broderie ?
On distingue 2 métiers de brodeuse : la brodeuse machine, qui travaille
sur une machine Cornely. Et la brodeuse main, qui doit maîtriser différentes techniques
manuelles : la broderie à l’aiguille, la broderie d’or et la broderie de
Lunéville, qui nécessite un crochet spécifique et permet la pose de perles et
de paillettes. 90 % de l’activité des brodeuses main concerne la pose de perles
et de paillettes.
Pour beaucoup, la broderie
est un savoir-faire « vieillot ». Existe-t-il aujourd’hui une
broderie moderne ?
Certaines techniques sont venues moderniser la broderie, par exemple
l’usage de vernis ou la pose d’éléments autres que les perles et les paillettes.
Mais cela est très difficile à vendre sur les vêtements. Le goût des gens qui
aiment la broderie va plutôt vers la broderie classique.
Quelles sont les
qualités d’une bonne brodeuse ?
La brodeuse doit être précise et très soignée au niveau de ses mains. Les
mains sales et les ongles rongés ne sont
pas les bienvenus ! La brodeuse doit être capable de fournir un travail
nickel, ses rangs de paillettes doivent être parfaitement droits.
Qui emploie des
brodeuses aujourd’hui ?
Principalement les maisons de haute couture. On dit que brodeuse est un
métier en voie de disparition, mais je préfère dire qu’il est en mutation. Il
existe encore 6 ateliers de broderie à Paris. Dans la haute couture, on nous
commande toujours pour la veille, on n’a donc pas le temps de faire fabriquer à
l’étranger, pas même dans les autres pays européens.
L’insertion des
diplômées est-elle bonne ?
Les meilleures brodeuses trouvent du travail. En Ile-de-France, seuls deux
établissements publics, le lycée Jules Verne à Sartrouville et le Lycée Octave
Feuillet à Paris, plus mon école, préparent au CAP arts de la broderie. Cela
fait une vingtaine de filles formées chaque année. J’estime que la moitié peut
trouver du travail. Parmi les autres, il y a des filles pour qui la broderie
est une voie de garage et qui ne veulent pas travailler dans ce domaine. Et
puis il y a des brodeuses qui vont s’installer à leur compte.
Quels conseils donnez-vous aux jeunes qui souhaitent faire de la broderie leur métier ?
D’abord d’aller le plus loin possible dans leurs études. Comparé au CAP, le BMA broderie ouvre d’autres voies, il permet de travailler de l’industrie de l’habillement, de faire du stylisme dans un pôle de recherche graphique… Il me semble aussi très important d’apprendre l’anglais pour pouvoir ensuite s’expatrier. La broderie française est renommée, c’est une des plus créative au monde. Dans mon école par exemple, j’accueille chaque année des étudiantes japonaises. Si j’avais été plus jeune, je serais partie travailler à l’étranger…
Propos recueillis par Patricia Holl