Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Valérie Devillers

Créatrice de robes de mariée, show-room Atelier du Dôme Paris (75)
Date de l'interview : 18/05/2011

Pour réussir dans le stylisme, il faut être curieux, aimer aller voir des expositions, visiter des musées, afin d’aiguiser son œil.

A la fois styliste, modéliste et designer textile, Valérie Devillers dessine, conçoit et réalise entièrement à la main et sur mesure des robes de mariée uniques avec un plaisir toujours renouvelé.

Comment est née votre attirance pour la mode ?

Dès le collège, j’avais une bonne propension à savoir dessiner sur laquelle s’est greffée ma passion naissante pour la mode. J’ai voulu me spécialiser dans ce domaine au lycée, mais les sections de bac techno STI arts appliqués étant rares, je me suis tournée vers un bac général  littéraire option arts plastiques.

Quel est votre parcours de formation ?

Après  le bac, j’ai tenté la très sélective école Duperré, mais sans une année de mise à niveau en arts appliqués (MANAA, obligatoire aujourd’hui), je n’avais aucune chance. J’ai opté pour une école privée LISAA qui montait en réputation et où j’ai été formée pendant 3 ans à la fois dans le domaine du stylisme, du modélisme et du design textile.  Le diplôme rassure surtout l’entourage. La motivation, le travail personnel et le talent sont beaucoup plus importants.

Quelle a été votre insertion professionnelle ?

Elle s’est faite grâce à mes nombreux stages très diversifiés (Etam, groupe 123, Jean-Paul Gaultier, Lolita Lempicka...). Dans le domaine de la mode, les stages permettent à la fois d’apprendre sur le tas, de diversifier ses connaissances et aussi de nouer d’indispensables relations professionnelles. Après mon diplôme, j’ai donc préféré continuer à faire des stages plutôt que de poursuivre des études. J’ai rapidement été embauchée chez Lolita Lempicka en tant qu’assistante styliste au studio de création pour la période des défilés, une véritable immersion dans le milieu de la haute couture et l’apprentissage de ses codes. 

Vous avez créé votre 1re entreprise à 25 ans ?

Avec une camarade de LISAA, je me suis en effet lancée dans la création d’une petite société de prêt-à-porter féminin située à l’Espace Créateurs du Forum des Halles. Cette expérience m’a beaucoup apporté en termes de savoir-faire et d’astuces professionnels. J’ai pu appréhender toute la chaine du vêtement : du dessin à sa fabrication en passant par le modélisme, le façonnage et le prototype. Je me suis aussi familiarisée avec tous les rouages de la gestion d’une entreprise. Ayant des commandes de robes de mariée de mes amies, je me suis progressivement spécialisée dans ce créneau et j’ai remonté, toute seule, une entreprise. Avec les robes peintes (je suis designer textile et j’aime créer des motifs uniques), la demande a explosé.

Quel est votre quotidien de créatrice et de chef d’entreprise ?

Mon activité est assez saisonnière, aussi J’embauche en fonction de mes besoins et de ma situation financière. Depuis septembre, j’ai investi dans un show-room dans le 16e afin de donner à ma collection une meilleure visibilité. Cela commence à porter ses fruits... Les clientes viennent aussi à par le biais du bouche-à-oreille, des articles parus dans la presse et de mon site www.valerie-devillers.com. Je travaille une quarantaine d’heures par semaine dans mon atelier situé dans les Yvelines et me rend au show-room le samedi sur rendez-vous pour les essayages (de 3 à 5 selon les robes).
La robe de mariée est dessinée et créée sur-mesure pour la cliente afin de s’adapter à sa morphologie et à la mettre en valeur. Je redessine de manière personnalisée la robe en fonction de ses souhaits (décolleté, manches ...). Le plus délicat dans une robe de mariée, c’est la technique : tout repose sur la coupe, il faut que ça tombe bien. Je fais tout moi-même de a à z. C’est du fait main, de l’artisanat d’art.

Qu’aimez-vous le plus dans votre travail ?

Tout. C’est un travail très gratifiant, ma clientèle est jeune, joyeuse et  amoureuse. C’est un relationnel très particulier : je joue un peu le rôle de la bonne fée.  Je crée une robe unique dans une vie. Je ne m’en lasse pas. J’aime aussi particulièrement le travail du tissu, c’est un vrai feeling.
Deux fois par an, je me rends au salon Première Vision, le rendez-vous de tous les fabricants mondiaux de tissus d’habillement afin de faire ma sélection de fournisseurs et d’échantillons. Je compare la qualité et le prix des soies, des dentelles... Au dernier salon qui a eu lieu en février, j’ai fait mon marché pour ma collection été 2012 !
Le prix d’une robe de mariée varie entre 1 500 et 3 000 euros selon le tissu mais aussi le travail. Il faut compter pour sa réalisation de 30 à 40 h. Celle-ci s’étale de 3 à 6 mois.

Les débuts sont-ils difficiles dans ce métier ?

Contrairement aux idées reçues, je considère le secteur de la mode comme un marché ouvert. Vu le nombre de marques qui existent et le turn-over, des opportunités existent bel et bien à condition d’avoir un peu d’expérience, d’où l’intérêt des stages, même non rémunérés...  Mieux vaut aussi ne pas avoir une seule corde à son arc, mais une diversification de ses compétences. Une styliste doit posséder des bases en modélisme : savoir comment on monte un vêtement afin de proposer des modèles réalisables !

Quels conseils avez-vous envie de donner aux jeunes ?

Je trouve que les arts appliqués ne sont pas assez valorisés dans la scolarité lors que les métiers en lien avec le dessin sont très nombreux. Pour réussir dans le stylisme, il faut être curieux, aimer aller voir des expositions, visiter des musées, développer à la fois une culture générale et visuelle afin d’aiguiser son œil. Je participe à des jurys d’écoles d’arts appliqués privées, et je remarque toujours que les candidats qui s’en sortent le mieux sont ceux qui savent se nourrir culturellement.  Je conseille d’opter pour une formation assez globale au départ, qui s’affinera au fil de l’expérience, de la maturité et des rencontres.

Propos recueillis par Annie Poullalié