Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Christophe Carton

Proviseur du lycée Georges Cormier, Coulommiers (77)
Date de l'interview : 10/03/2011

Nous formons beaucoup moins de jeunes que le secteur de la maintenance en aurait besoin pour se développer, particulièrement pour les matériels de travaux publics et agricoles.

A la fois président du CFA et proviseur du lycée des métiers Georges Cormier, Christophe Carton nous présente la filière maintenance de matériels qui connaît des difficultés de recrutement, contrastées selon les options.

Quelles sont les formations déficitaires dans le domaine de la maintenance de matériels ?

Le lycée et CFA Georges Cormier est le seul établissement d’Ile-de-France a proposer l’intégralité de la filière maintenance de matériels qui est globalement déficitaire. L’établissement forme des élèves et des apprentis du CAP au BTS maintenance de matériels dans 3 options : Tracteurs et matériels agricoles, Matériels de travaux publics et de manutention, Matériels de parcs et jardins. Cette dernière option est de loin la plus déficitaire, avec à peine 50 % de taux de remplissage au 1er tour d’Affelnet !
Nous formons beaucoup moins de jeunes que le secteur de la maintenance en aurait besoin pour se développer, particulièrement pour les matériels de travaux publics et agricoles. Face à ce manque d’effectifs, nous sommes même contraints de regrouper nos 1res années de CAP et de bac pro.

Quelles sont les raisons de ce manque d’effectifs ?

Le secteur de la maintenance des parcs et jardins, qui accueille principalement des élèves issus de l’enseignement adapté (SEGPA) en raison de sa moindre technicité, souffre d’une image négative auprès des jeunes et d’une moindre attractivité de ses débouchés. Les jeunes préfèrent de loin travailler sur de plus gros engins (chariots élévateurs, bulldozers, tracteurs, moissonneuses batteuses...) faisant appel à des technologies très avancées, parfois même aussi pointues que celles utilisées dans le monde de la Formule 1 !  Cette sophistication des matériels ne suffit pas pour autant à remplir nos classes car les collégiens, en dépit de nos efforts de communication (actions pédagogiques avec un matériel de démonstration), connaissent encore très mal la filière maintenance de matériels et la délaissent au profit de celle de l’automobile.

La situation est-elle différente au CFA et au lycée professionnel ?

En apprentissage, nos élèves sont un peu plus âgés et ont souvent eu d’autres expériences ou un parcours un peu chaotique. L’option Tracteurs et matériels agricoles accueille beaucoup d’enfants du monde agricole qui viennent par goût et parfois de très loin. La formule de l’apprentissage leur permet d’alterner une semaine en famille et une semaine à l’internat. Mais l’apprentissage a souffert à la fois de la crise et de la réforme de la voie professionnelle qui impose des contrats de 3 ans (bac pro) à des entreprises qui n’ont pas cette visibilité. Nous n’avons actuellement qu’une soixantaine d’apprentis, alors que la capacité d’accueil du CFA peut être de 90 places. Nous pourrions même doubler les effectifs du CFA sans modifier la structure.
De son côté, la filière maintenance du lycée compte environ 120 élèves, ce qui est bien en deçà de notre capacité d’accueil.

Quelles sont les perspectives de poursuite d’études de la filière ?

Nous encourageons nos élèves de CAP, quand ils le peuvent, à poursuivre leurs études en bac pro. Le bac pro maintenance nécessite une capacité d’abstraction et d’analyse pour régler des machines en connexion avec un GPS,  faire un diagnostic, mémoriser tous les matériels (lecture de notices en anglais)... Il comporte en outre beaucoup d’électricité. Avec ce diplôme, il est intéressant d’envisager le BTS maintenance et après-vente des engins de travaux publics et de manutention, qui est souvent complété par une licence professionnelle technico-commerciale.

A quels profils s’adressent ces formations ?

La filière maintenance s’adresse à des jeunes très dynamiques, curieux, possédant un bon sens pratique, vif d’esprit, astucieux, ayant une bonne vitesse d’exécution, car il s’agit de réparer rapidement les machines en panne afin de pénaliser les clients le moins possible (par exemple, panne d’une moissonneuse en plein récolte !). Les filles ne sont quasiment pas représentées dans cette filière où la notion de force physique demeure, en dépit de machines de plus en plus facilitatrices, notamment pour changer une roue.

Quels sont les taux d’insertion ?

Pour le BTS, il est de 100 % avant même l’obtention du diplôme, nos élèves recevant 1 à 2 propositions d’embauche ! Certains partent même en mission à l’étranger.
De son côté, le bac pro connaît un bon taux d’insertion. Les stages en entreprise débouchent souvent sur un emploi.
Concernant les diplômés de CAP, il existe parfois des problématiques sociales qui sont un frein à l’emploi, comme le manque de mobilité.

Propos recueillis par Annie Poullalié