Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Renaud Giroudet

En charge des Affaires Sociales à la Fédération du commerce et de la distribution, Paris (75)
Date de l'interview : 02/12/2010

Dans un secteur comme la grande distribution où la dictature du diplôme n’existe pas, où les collaborateurs sont ce qu’ils prouvent au quotidien, l’alternance joue un rôle important.

Renaud Giroudet dresse un bilan de l’année 2010 dans le secteur du commerce et de la distribution et apporte son éclairage sur quelques idées reçues.

Comment se porte la grande distribution ?

Correctement, compte-tenu du contexte économique. Les entreprises se mobilisent pour faire de l’animation commerciale dans un environnement assez concurrentiel, avec des prix en baisse. La consommation est quelque chose de fragile et fluctuant, il est difficile de faire des prévisions pour 2011.
Côté emplois, le turn-over s’est ralentit en 2009-2010 et de ce fait, il y a eu moins de recrutements. Mais les effectifs sont restés stables. Le commerce alimentaire s’en sort mieux que les autres branches du commerce.

Quelles catégories d’entreprises recrutent le plus ?

En termes de pourcentage, le maxidiscompte continue à voir ses effectifs augmenter (+ 7% en 2009). Mais cette branche  représente  41 000 salariés, alors que les hypermarchés en comptent plus  de 300 000. Si l’on raisonne en nombre de postes, ce sont les hypers qui recrutent le plus aujourd’hui.

Quels sont les postes les plus difficiles à pourvoir en magasin ?

Très classiquement, les métiers de bouche et plus précisément, les postes de boucher. Certains magasins sont passés de la boucherie traditionnelle à la vente en libre-service. Ce n’est pas un choix commercial mais le reflet des difficultés à recruter des bouchers.

Il y a aussi beaucoup de postes d’encadrement à pourvoir : en supermarché, des directeurs de magasin et des managers de rayon ; en hypermarché, des managers de rayon. Ceci s’explique notamment par le fait que les départs à l’international aspirent une partie des cadres du secteur.

La formation initiale comble-t-elle les besoins des employeurs en matière de savoir-faire ?

Le BTS MUC et le bac pro commerce correspondent assez bien aux besoins. La licence Distech, qui a été crée sous l’impulsion des enseignes, apporte un vrai plus. Par contre, pour les postes en caisse, il n’existe pas de formation spécifique. La grande distribution compense en recourant massivement à l’alternance (contrat de professionnalisation, d’apprentissage, etc.). Dans un secteur où la dictature du diplôme n’existe pas, où les collaborateurs sont ce qu’ils prouvent au quotidien, l’alternance joue un rôle important. Le contrat de pro peut permettre au jeune qui n’a pas eu son bac général, qui cherche sa voie et qui est attiré par le commerce, de mettre le pied à l’étrier.

Dans l’esprit du public, grande distribution rime avec mauvaises conditions de travail. Qu’en est-il ?

Il faut distinguer 2 choses. Il y a ce qui est inhérent au commerce : le travail le soir, le samedi, parfois le dimanche… C’est une contrainte réelle à laquelle on ne peut pas échapper lorsqu’on travaille dans ce secteur. Cette contrainte est compensée par d’autres éléments comme  la solidarité, l’esprit d’équipe ou encore l’émulation. En ce qui concerne la pénibilité du travail, notamment liée à la charge physique, les entreprises ont déjà mis en place de nombreuses actions. Des normes sont établies, le recours aux aides motorisées progresse. La « polycompétence » entre les caisses et les rayons accroît l’intérêt du travail et permet aussi d’augmenter les bases contractuelles, donc de réduire le temps partiel.

La grande distribution joue-t-elle toujours son rôle d’ascenseur social ?

Oui, cela reste une réalité marquante. Quel que soit le diplôme, si on a des qualités de manageur d’équipe, le sens du service et le goût du commerce, on peut progresser, d’autant plus si on est  mobile fonctionnellement et  géographiquement. Par exemple, la moitié des nouveaux directeurs de supermarchés est issue de la promotion interne.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir de la grande distribution ?

La grande distribution intègre énormément de jeunes pas ou peu qualifiés. J’espère qu’elle continuera à jouer ce rôle. Malheureusement, le coût du travail peu qualifié augmente pour un secteur qui, comme le nôtre, verse un 13e mois à tous ses salariés. Il faut que les pouvoirs publics soient conscients de l’impact potentiel sur l’emploi.

Propos recueillis par Patricia Holl, le 24/11/2010