Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Alice Herniaux

Responsable de la licence professionnelle Métiers du jeu vidéo, level design, game design
Date de l'interview : 20/02/2016

Ce cursus leur donne une solide culture du domaine ainsi qu'un enseignement de cœur de métier (Game Design et Level Design) orienté majoritairement sur la réalisation de projets de jeux.

Zoom sur une licence professionnelle où chaque étudiant peut développer ses compétences en conception de jeux vidéo en une année.

Dans quel contexte est née la licence pro Level designer et game designer à l'IUT de Bobigny ? 

Cette licence professionnelle a ouvert en septembre 2009. Elle avait pour but de compléter l'offre de formation du département aujourd'hui appelé "Métiers du multimédia et de l'internet". De plus, il nous était apparu que très peu de formations universitaires étaient alors proposées dans le domaine de la conception de jeu vidéo, et que l'université devait être présente sur ce secteur majoritairement représenté - encore aujourd'hui - par des écoles privées.

Quels sont les objectifs de cette licence ? 

Ce cursus forme des concepteurs de jeu vidéo sur une année universitaire. Il leur donne une solide culture du domaine ainsi qu'un enseignement de cœur de métier (Game Design et Level Design) orienté majoritairement sur la réalisation de projets de jeux. Ces spécialités sont très spécifiques au domaine du jeu vidéo, le terme "design" s'entendant ici dans son acception anglo-saxone de "conception". Le Game Designer conçoit les règles globales du jeu, ainsi que ses composantes en termes de jouabilité (ou "gameplay" ), alors que le Level designer conçoit la topologie des niveaux de jeu (les maps) et y implémente les ingrédients du jeu de façon à assurer la meilleure expérience au joueur (progression, challenge, difficulté, etc.). Il ne s'agit donc ni d'être scénariste du jeu (de créer l'histoire), ni de le développer, ni encore d'en créer les univers graphiques.

Quels sont les profils des étudiants qui entrent dans cette formation ? Et la proportion de femmes dans les effectifs ? 

La condition pour intégrer cette licence est d'avoir validé un diplôme de niveau bac + 2, mais celui-ci peut être de toute nature (DUT, BTS ou L2), et dans des domaines variés (métiers du multimédia, informatique, communication visuelle orientée ou non multimédia... mais aussi histoire, histoire de l'art, anglais, philosophie).

Les profils sont volontairement variés, car ce qui compte réellement c'est la motivation du candidat, et que la diversité au sein d'une promotion est très enrichissante.

Après une première sélection sur dossier, dans lequel la lettre de motivation et les travaux personnels sont primordiaux, j'organise un entretien de motivation en compagnie d'un professionnel. Il y a également un test oral d'anglais car cette langue est très présente dans l'industrie du jeu vidéo, même en France.

Malheureusement, je reçois très majoritairement des candidatures masculines, ce que je trouve assez incompréhensible car aujourd'hui il y a autant - voir davantage - de joueuses que de joueurs. Du coup jusqu'à présent les jeunes femmes étaient très minoritaires dans la promotion, mais j'espère que cela va changer.

Quels sont les principaux enseignements dispensés dans cette licence pro ?

Le Game Design et le Level Design sont les matières de cœur de métier les plus développées. L'histoire du jeu vidéo et l'analyse de jeux et de Game Design, ainsi que la culture générale dans le domaine du multimédia et du jeu vidéo occupent une part également importante des enseignements. Pour la partie théorique, les étudiants étudient les pratiques et la psychologie des joueurs, la théorie du jeu, la socio-économie, le marketing et le droit spécialisés. 

Afin de mieux connaître les métiers de la production, de savoir travailler avec leurs futurs collaborateurs et également d'être capables de réaliser des prototypes jouables, les étudiants sont initiés à d'autres domaines. Ils apprennent ainsi les bases du développement de jeu, de l'infographie 2D et 3D, de la conception sonore (sound design), mais également de la production et de l'assurance qualité.

Enfin, un volume horaire est dédié à une spécialisation par demi-groupe. Les étudiants ont alors le choix de développer une seconde compétence en programmation pour le jeu, ou en infographie pour le jeu.

Qui dispensent les enseignements ?

Environ 70 % des enseignements sont dispensés par des professionnels confirmés qui sont très impliqués dans la formation des futurs professionnels. Le reste des cours est assuré par des enseignant-chercheurs ou des doctorants spécialisés dans le jeu vidéo, ainsi que par quelques enseignants du secondaire titulaires du département.

Quelle est la part accordée au stage / à la pratique dans cette licence pro ?

Après 6 mois d'enseignement intensif les étudiants partent en stage pour 4 à 6 mois. Ce stage est obligatoire pour valider le diplôme. En outre la plupart des enseignements du cœur de métier sont articulés autour de deux projets : un projet individuel de Level Design, et le projet de fin d'études.

Quels types de projet les étudiants sont-ils amenés à développer durant leur formation ?

Cette année le projet individuel de Level Design consiste en la conception et la réalisation d'un niveau de jeu avec le moteur Unreal. Le projet de fin d'études est un projet de prototype de jeu réalisé par équipe, avec Unity. Les étudiants utilisent des outils méthodologiques et logiciels couramment utilisés dans l'industrie du jeu vidéo.

Par ailleurs, un partenariat avec une option de développement de jeu vidéo de l’école d'ingénieur Télécom SudParis amène les deux promotions d'étudiants à partager une Game Jam qui leur est dédiée (Unijam, qui a lieu en novembre), de plus un workshop en serious game a également été organisé cette année.

Quels sont les atouts de cette formation ?

Je pense que les atouts de cette licence professionnelle sont d'allier une part de théorie universitaire à beaucoup de pratique professionnelle. En approfondissant leurs connaissances du contexte et de son histoire, les étudiants prennent ainsi du recul sur leurs pratiques. De plus, les étudiants apprécient beaucoup l'aspect professionnel et concret qui les met en situation. Ils reçoivent des enseignements qui leurs permettent de connaître tous les métiers du pôle production de jeu vidéo, et ils sont généralement doués d'une seconde compétence (en développement informatique de jeux ou en création visuelle) qui leur permet de mieux intégrer l'industrie, car cette polyvalence est très appréciée des studios de moyenne ou petite échelle, qui sont les principaux à accueillir nos étudiants en stage et pour un premier emploi.

L'IUT met à la disposition des étudiants du matériel et des outils performants (un poste informatique par étudiant dans une salle informatique dont l'accès leur est prioritaire).

Bien entendu, le fait d'être une formation universitaire est un atout majeur, en raison de la reconnaissance du diplôme ainsi que du coût très modique de la formation.

Quel est le taux d'insertion des étudiants à la sortie de cette licence ?

Selon une enquête réalisée en 2011, 70 % des étudiants intègrent le domaine quelques mois après leur sortie. D'autres mettent plus longtemps, et d'autres encore - sans doute moins motivés ou ayant eu moins de chance - se dirigent vers le domaine plus large du multimédia. Il faut savoir que quelques-uns également font le choix chaque année de poursuivre leurs études (notamment en intégrant l'ENJMIN à Angoulême).

Les métiers de la production de jeu vidéo sont des métiers de passion, et les étudiants doivent apprendre à mettre en valeur celle-ci lors de leurs entretiens d'embauche. Ce diplôme commence à être mieux connu et reconnu par les professionnels, ce qui permettra d'améliorer à l'avenir notre taux d'insertion professionnelle à court termes.

Vers quels emplois se dirigent-ils ?

Le stage est souvent déterminant dans l'avenir professionnel de nos étudiants. La plupart s'orientent vers le métier de Level Designer ou de testeur QA, plus rarement directement vers le Game Design, qui demande souvent davantage d'expérience.

Propos recueillis par Sandrine Damie (février 2016)