Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Jean-Louis Allard

Directeur de l’école d’ingénieurs du Cesi
Date de l'interview : 13/11/2015

L’expérience de l'apprentissage est toujours très valorisante sur un CV, gage d’un jeune qui connaît les codes de la vie en entreprise, acquis au terme de longues périodes « en immersion ».

Quelle est la place de l'apprentissage dans les études supérieures ? Jean-Louis Allard, directeur de l’école d’ingénieurs du Cesi dresse un état des lieux sur cette modalité de formation au sein des écoles d'ingénieurs.

Vous venez de dresser un état des lieux de l’apprentissage en écoles d’ingénieurs. Pourquoi vous êtes-vous particulièrement penché sur cette modalité de formation ?

A leurs débuts, les formations d’ingénieurs par l’apprentissage ont été sous-valorisées par rapport aux formations d’ingénieurs classiques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au regard des différentes missions de la CDEFI en termes de promotion des formations et des métiers d’ingénieurs, d’une part, et de défense des valeurs d’ouverture sociale et de diversité d’autre part, il était naturel que la CDEFI se penche sur ce dispositif qui permet de former aujourd’hui 13 % des ingénieurs diplômés.  

L’apprentissage présente de nombreux avantages, parmi lesquels l’ancrage d’un jeune dans la vie d’une entreprise et dans la vie d’un territoire, la possibilité pour un jeune de faire ses études dans une grande école sans avoir à s’acquitter des frais d’inscription, mais également les spécificités en termes de pédagogie qui permettent de véritablement mettre en regard une formation et ses applications concrètes « sur le terrain ». 

Néanmoins, la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale, nous a naturellement amenés à nous questionner sur la manière dont les différentes évolutions législatives allaient impacter nos établissements, notamment financièrement. La réflexion de la CDEFI sur les dispositifs de formation par apprentissage s’inscrit ainsi dans une réflexion globale menée au sein de l’Observatoire des coûts de l’apprentissage, lancé en début d’année. 

Quelle est la place de l’apprentissage aujourd’hui dans les écoles d’ingénieurs ?

D’après la dernière enquête menée par le Centre d’études sur les formations et l’emploi des ingénieurs, on compte aujourd’hui plus de 130 écoles d’ingénieurs habilitées à délivrer un ou plusieurs diplômes par la voie de l’apprentissage et plus de 240 titres d’ingénieurs diplômés sont accessibles via ce dispositif, soit un peu plus de 40 % de l’ensemble des titres d’ingénieurs. 

L’apprentissage est une filière à part entière, la CTI a d’ailleurs choisi de mettre en parallèle formations initiales sous statut étudiant et formations initiales sous statut apprenti dans la prochaine version de R&O. L’apprentissage s’est fait une véritable place au sein des formations d’ingénieurs, ses atouts sont connus et reconnus par les entreprises, notamment par les TPE et PME à qui ce dispositif offre la possibilité d’embaucher des jeunes ayant une formation de haut niveau. 

Toutes les écoles d’ingénieurs ne proposent pas de formations par apprentissage. Il faut rappeler que ce dispositif demande un véritable investissement en termes de pédagogie et d’organisation. Il ne s’agit pas de calquer une formation initiale classique sur un modèle d’alternance, mais de développer une pédagogie spécifique qui se nourrit des périodes passées par le jeune en entreprise. 

Les incidences financières de la réforme de la taxe d’apprentissage remettent néanmoins en question la pérennité de cette filière dans certains établissements. Selon l’enquête de la CDEFI réalisée en septembre 2015, 14 % des écoles sondées ayant une comptabilité analytique sont financées à hauteur de 66 à 80 % du coût réel de formation, 12 % à hauteur de 51 à 65 %, et 19 % à hauteur de 20 à 50 %. La situation de ces trois catégories d’écoles est alarmante car de tels niveaux de financement ne permettent pas de garantir la pérennité ni la qualité de ces formations. L’apprentissage n’est pas une formation d’ingénieurs « bradée », c’est un dispositif pédagogique spécifique conçu sur trois années, qui demande un certain niveau de financement.

 Quelles relations les écoles d’ingénieurs entretiennent-elles avec les CFA ?

Les relations entre les écoles d’ingénieurs et leur CFA sont très diverses selon les écoles, selon les CFA et selon les régions. La relation dépend d’un grand nombre de facteurs. Le statut du CFA peut être déterminant : CFAI, association, CFA propre à l’établissement, etc. 

Dans 82 % des cas, la formation académique d’un jeune est dispensée dans l’école uniquement et dans 18 % des cas l’école et le CFA assurent la formation académique du jeune. Par ailleurs, seules 55 % des écoles sondées sont membres de la gouvernance du CFA et seules 59 % ont connaissance des comptes du CFA.

Quoi qu’il en soit, vis-à-vis du CFA, l’école agit toujours en qualité de sous-traitante. 

Dans certains cas, CFA et écoles travaillent en partenariat pour démontrer la valeur distinctive de l’apprentissage, et toutes les écoles doivent, dans la mesure du possible, construire une relation privilégiée avec leur CFA car c’est lui, et non l’école, qui négocie directement avec les régions pour obtenir des financements pour les formations par apprentissage. Le CFA touche directement les fonds versés par les entreprises au titre de la taxe d’apprentissage mais tous ne reversent pas la somme due aux écoles. La CDEFI fait un travail conséquent pour alerter gouvernement et écoles à ce sujet car, je le répète, la pérennité même de certaines formations est remise en cause. 

Quels sont les profils des jeunes ingénieurs qui optent pour l’apprentissage ?

Au Cesi, qui diplôme environ un quart des ingénieurs français formés par l’apprentissage, les apprentis ingénieurs sont très majoritairement issus de familles non cadres (plus de 60 %). Seuls 6 % ont des parents enseignants et plus de 50 % sont les premiers de la famille à poursuivre une scolarité dans le supérieur. 

Par ailleurs, selon les Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche 2015, 34 % des apprentis ingénieurs en 1re année d’école d’ingénieurs en 2013-2014 étaient issus d’un DUT hors apprentissage, 25 % avaient déjà fait une formation par apprentissage, 20 % avaient fait une autre scolarité supérieure, 12 % étaient issus de BTS hors apprentissage et 9 % venaient d’autres filières. 

Les formations par apprentissage s’adressent à des populations différentes des formations initiales sous statut étudiant. Le recrutement y est plus inclusif, le vivier plus large. L’exonération des frais d’inscription pour le jeune en apprentissage et le salaire perçu pour les périodes passées en entreprise sont des atouts majeurs.  

Qu’est-ce qui motive les étudiants ingénieurs à se tourner vers l’apprentissage dans leur cursus de formation ?

Les motivations des étudiants sont variées. Les raisons sont souvent économiques (exonération des frais d’inscription, salaire perçu par le jeune, cotisations aux caisses de retraite, etc.), mais nombreux sont les jeunes pressés de « se frotter » au monde du travail, d’être sur le terrain. L’apprentissage donne un aspect plus concret à la formation, qui trouve des applications directes lors des périodes en entreprise. Enfin, l’expérience est toujours très valorisante sur un CV, gage d’un jeune qui connaît les codes de la vie en entreprise, acquis au terme de longues périodes « en immersion ». 

En termes d’insertion, quel bilan tirez-vous concernant les ingénieurs apprentis ?

L’insertion professionnelle des apprentis ingénieurs est assez similaire à celle des ingénieurs issus de la FISE. L’écart entre le taux de chômage trois ans après la sortie d’école est très réduit entre apprentis et étudiants, tout comme le salaire. 

Une enquête menée par IESF en 2011 faisait état d’un taux d’insertion des apprentis un peu plus rapide à la sortie de l’école, de davantage de débouchés dans l’industrie et l’ingénierie que les FISE. Les ingénieurs issus de l’apprentissage occupaient également davantage de fonctions de chef de projet, d’expert technique, d’animation d’équipe. 

Enfin, selon la 25e enquête IESF (2014), il n’y a pas de différence significative entre le pourcentage d’ingénieurs issus de l’apprentissage ou de la FISE en emploi dans des PME (environ 23 %). Les ETI recrutent davantage d’apprentis (27 % contre 21 %) et les grands groupes recrutent davantage d’étudiants (56 % contre 50 % d’apprentis).

Propos recueillis par Sandrine Damie (novembre 2015)