Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Sidonie Camplan

Chef de Studio Design, Couleurs et Matières chez Renault
Date de l'interview : 28/10/2015

Le secteur automobile est passionnant à plus d’un titre ; les automobiles bien sûr mais aussi l’histoire de ce secteur, son imbrication dans la société, dans l’environnement et dans l’économie.

De ses débuts dans le design textile à son poste actuel au sein du Groupe Renault, Sidonie Camplan revient pour nous sur son parcours et sa passion.

Quel a été votre parcours de formation ?

J’ai un diplôme de design textile de l’Ecole nationale des Arts décoratifs. 

Qu'aimez-vous particulièrement dans le design textile ?

Les textures et la couleur m’ont attirée dans cette voie au moment de mes études. Je voulais également apprendre le tissage, l’impression et faire mes études dans une école d’arts appliqués.

Aujourd’hui, je me suis un peu éloignée du design textile à proprement parler mais je reste très intéressée par l’analyse des tendances, la compréhension du domaine d’application du produit créé ainsi que la découverte de l’outil industriel qui sert à sa production. 

Vous avez décroché votre premier emploi dans le secteur du revêtement de sol. Que retenez-vous de cette première expérience professionnelle ?

Une expérience humaine et un choc culturel ! En effet, ce premier emploi était basé dans une usine de production à Sedan, dans les Ardennes. Je cumulais beaucoup de « défauts » pour les équipes en place :

  • j’étais jeune (25 ans) et sans expérience professionnelle ;
  • j’étais une fille ;
  • je venais de Paris ;
  • j’étais designer et cadre !

Il m’a fallu faire part de beaucoup de pédagogie et d’empathie pour me faire accepter et surtout faire reconnaître mes compétences au sein de cet environnement.

J’ai appris l’autonomie dans mon travail et la communication. J’ai également pu expérimenter le management puisque j’encadrais deux personnes, non cadres, de 15 et 30 ans plus âgés que moi. Avec le recul, je pense que cela n’a pas dû être évident pour eux ! 

A quel moment de votre carrière vous êtes-vous orientée vers le secteur de l'automobile ?

Au bout de 5 ans de cette expérience ardennaise, je voulais revenir en région parisienne mais je cherchais à rester dans un domaine industriel.

Mes anciens camarades de l’école étaient pour certains à leur compte, pour d’autres dans le secteur de la mode ou de l’édition. Pour ma part, j’ai toujours été attirée par la fabrication, les contraintes, les usines. De plus, la diversité des profils et des cultures est très importante pour moi.

L’automobile m’a paru être le secteur le plus emblématique pour exercer le métier de designer industriel et le plus enrichissant humainement parlant.

Qu'est-ce qui vous plaît dans le secteur automobile ?

Le secteur automobile est passionnant  à plus d’un titre ; les automobiles bien sûr mais aussi l’histoire de ce secteur, son imbrication dans la société, dans l’environnement et dans l’économie.
J’aime la diversité des relations que nous entretenons tous avec les voitures (passion / nécessité).
J’aime comprendre le client, le marché.
J’aime la contribution que notre métier apporte à l’attractivité du produit.
J’aime la complexité du développement d’un modèle.
J’aime savoir comment les matériaux sont fabriqués et assemblés.
Et j’aime comprendre les organisations dans une entreprise.

Etre une femme dans un secteur encore fortement masculinisé, est-ce un élément bloquant ou facilitateur dans le travail ?

Je me suis toujours considérée designer couleurs et matières avant de me considérer comme une femme. Je contribue à l’élaboration de nouveaux modèles automobiles, j’y apporte mon expérience, mes compétences et ma sensibilité. Je n’ai pas l’impression qu’être une femme ait facilitée ou bloquée quoi que ce soit de manière significative.

Néanmoins, je pense que la mixité femme / homme est extrêmement importante surtout pour fluidifier et tempérer les relations humaines. Mon équipe est presqu’à 100% féminine et les rapports humains ne sont pas toujours simples !

Quelle a été votre évolution de carrière au sein de Renault jusqu'à aujourd'hui ?

Contrairement à d’autres profils dans l’entreprise, celui de designer et a fortiori de designer couleurs et matières est si spécifique que bien souvent, nous restons dans le même secteur. J’ai été embauchée designer couleurs et matières puis je suis passée chef de projets couleurs et matières et enfin chef de studio depuis 3 ans.

Quelle est votre fonction actuelle ?

Je suis chef de studio design Couleurs & Matières.

A quoi ressemble votre quotidien ?

J’accompagne les designers dans les projets automobiles dont ils ont la charge, échanges de point de vue, suivi des maquettes, organisation des jalons, réunions projets et beaucoup de négociations avec l’ensemble des acteurs impliqués.

Je passe aussi un certain temps au management à proprement parler tel que le partage d’informations (corporate ou du secteur), la gestion des compétences, l’organisation et la répartition du travail.

Au quotidien, toutes ces activités représentent beaucoup de réunions, beaucoup de marches à pied (les locaux sont très grands) et beaucoup de zapping ! Mon bureau n’est pas isolé de ceux des membres de mon équipe. Le charme des open-spaces !

Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune souhaitant travailler dans le secteur du design textile ?

Le secteur du textile automobile est très peu connu des cursus de formation design textile. Les étudiants en design textile se projettent davantage dans le domaine de la mode ou de l’ameublement, domaines plus glamour à première vue.  

Chez chacun des fabricants avec lesquels nous travaillons, nous avons des interlocuteurs designers textiles de très bon niveau. Mon conseil serait donc : pensez à l’automobile !

Et dans l'industrie automobile ?

Je l’encouragerais à enrichir sa formation avec du volume, du design d’objets, du design de service, des logiciels 3D, et le plus de polyvalence possible afin de pouvoir envisager différents parcours de carrière dans ce secteur.

 

Propos recueillis par Sandrine Damie (octobre 2015)


Crédit photo : ©  D'ARAM, Thomas