Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Alain Assouline

Fondateur de Webforce3
Date de l'interview : 23/09/2015

Afin de proposer une alternative à de jeunes décrocheurs, la solution nous a semblé être de leur donner un défi intense à relever, mais avec un objectif atteignable dans un temps raisonnable. Et les premiers résultats sont probants.

Comment faire face à la pénurie de développeurs qualifiés en France ? Point avec Alain Assouline, dirigeant d'Argonautes, agence de communication digitale et fondateur de Webforce3.

Dans quel contexte avez-vous fondé Webforce3 ? 

Depuis 4 ans, aux Argonautes, l'agence de communication digitale que j'ai fondée en 1994 et qui compte aujourd'hui quelques 70 salariés, j'ai été confronté à de sérieuses difficultés pour recruter de bons développeurs et intégrateurs web. Fin 2013, j'ai décidé d'y remédier en demandant à mes collaborateurs de concevoir, avec l'aide de Dario Spagnolo qui est aujourd'hui notre responsable pédagogique, une formation sur-mesure. L'objectif était clair : que toute personne qui suive ce cursus atteigne le niveau requis pour réussir des tests de recrutement tels que ceux que nous utilisons à l'agence, et qu'elle soit ensuite immédiatement opérationnelle. C'est ainsi qu'a été conçu notre programme de formation, dont la première session a démarré en janvier 2014. 

Comment expliquez-vous le paradoxe suivant : la France a de forts besoins de développeurs talentueux... mais manque de profils adaptés à la demande ? 

En effet, 20 000 postes de développeurs ne sont toujours pas pourvus. Et cette situation va s'aggraver. Selon le dernier baromètre des métiers du numérique lancé par Cap Digital, le nombre d'offres d'emploi en France qui avait augmenté de 20 % en seulement trois mois fin 2014, a encore augmenté de 30 % au premier trimestre 2015 et de 53 % au deuxième. C'est-à-dire qu'en trois trimestres la demande a doublé. C'est une progression exponentielle que nous connaissons bien dans le numérique. Tous les secteurs sont concernés, ce type de profil n'étant plus seulement demandé par l'industrie du numérique mais par toutes les industries, les PME et les administrations. Avec l'essor de l'Internet des objets, on peut s'attendre à ce que cette tendance s'accélère encore... Mais pour y répondre et créer réellement des emplois, encore faut-il que des formations qui préparent à ces métiers d'avenir existent. 

Aujourd'hui, la plupart des cursus « numériques » sont des formations de type ingénieur, nécessitant 3 à 5 ans d'études. Or, il n'est pas indispensable d'avoir un diplôme d'ingénieur pour savoir bien coder. Ce métier compte aussi de talentueux autodidactes. L'apprentissage du code, en définitive, se prête fort bien à un enseignement pratique, rigoureux et intensif.

C'est bien en partant de ces constats, du manque de formations courtes, professionnalisantes et de qualité à ces métiers, et de l'augmentation paradoxale du nombre de jeunes demandeurs d'emploi sans qualification qu'est née Webforce3.

Pourquoi avez-vous misé sur une formation courte de développeur pour Webforce3 ? 

Nous avons adopté la formule « 3 mois vers l'emploi » pour notre formation ;  plusieurs raisons militaient en faveur de ce choix.

Dans la pratique même de notre métier d'agence, largement structurée en mode projets, une durée de 3 mois est réputée idéale pour maintenir la motivation des équipes à son niveau maximal. Au-delà de 3 mois, un projet traine en longueur, la mobilisation de chacun tend à baisser, l'efficacité est moindre. 

Ce qui vaut dans la vie professionnelle ne nous a pas semblé devoir faire exception en matière de formation, surtout dans le cas d'une école comme Webforce3 qui, dès sa conception, a eu pour ambition de s'adresser en priorité à des publics sortis du système. Afin de proposer une alternative à de jeunes décrocheurs, la solution nous a semblé être de leur donner un défi intense à relever, mais avec un objectif atteignable dans un temps raisonnable. Et les premiers résultats sont probants. 

Sur quels critères recrutez-vous les jeunes en formation ? 

Il n'y a pas de barrière à l'entrée. Le critère clé, c'est la motivation. La formation Webforce3 représente 490 heures, soit l'équivalent d'une année universitaire, qui est délivrée de façon intensive en 3,5 mois, à raison de 7 heures par jour, 5 jours par semaine. Une fois les cours terminés, les étudiants doivent encore travailler chez eux. Ils ont accès à une plateforme en ligne avec des fiches de révisions à consulter et des QCM à réaliser quotidiennement. 

Lors des réunions d'informations Webforce3 et des entretiens individuels, nous insistons beaucoup sur l'investissement personnel très exigeant qu'il faut être prêt à consentir. Durant 3 mois et demi, chaque étudiant Webforce3 ne va devoir se consacrer qu'à son apprentissage : impossible de faire un petit boulot en parallèle, de veiller sur ses enfants en bas-âge si l'on est parent ou de faire la fête tard le soir ! 

Vous avez mis en place un questionnaire de culture générale web et informatique, préalable à l'admission. Que recherchez-vous à travers ce questionnaire ? 

Le questionnaire que les candidats intéressés sont invités à remplir à la fin des réunions d'information vise juste à vérifier, pour la partie culture générale web, que ces derniers ont un minimum d'intérêt pour l'informatique. Il est complété par un petit test de logique qui cherche également à s'assurer qu'ils ont le type d'aptitudes correspondant à celles que nécessite l'apprentissage du code. 

Vous donnez leur chance à tous les profils, sans élitisme. Comment accompagnez-vous un jeune en décrochage scolaire dans sa formation au sein de Webforce3 ? Quelle est la part des "décrocheurs" dans votre formation ? 

Les jeunes décrocheurs représentent près du quart de nos effectifs. Webforce3 accueille aussi des demandeurs d'emploi de tous âges (62 % de nos élèves sont de fait des chômeurs à la recherche d'un nouveau métier), des travailleurs indépendants qui souhaitent acquérir des compétences utiles à leur activité, etc. Avec une moyenne d'âge un peu supérieure à 30 ans et des profils très variés, cette diversité même des étudiants, appelés à travailler en équipe, en mode projet, et à s'entraider pour surmonter leurs difficultés, s'avère un vrai facteur de motivation pour les jeunes décrocheurs, immédiatement intégrés à un groupe et traités en adultes. Cette dynamique collective est entrainante, dans une classe où tout le monde réussira d'autant mieux qu'une réelle collaboration s'installe. 

Certains jeunes décrocheurs du système classique réussissent au sein de votre école. Quelle approche mettez-vous en œuvre pour qu'ils retrouvent le chemin de la réussite ? 

« 3 mois vers l'emploi » : là encore, l'essentiel est résumé dans notre slogan. Nous  donnons aux jeunes une perspective immédiate d'emploi. C'est la première source de motivation pour celui qui a décroché, que ce soit pour des raisons familiales, sociales ou d'inadaptation au milieu scolaire. 

Notre modèle est pensé en fonction de cet objectif : formation courte et intensive, peu d'élèves par classe, une pédagogie active, concrète par la réalisation de projets, seuls ou en groupe, avec une présence permanente de professeurs. Outre les cours dispensés en présentiel, l'équipe pédagogique assure un suivi personnalisé de chaque élève, anticipe ses difficultés et est présente dans les moments de doute. Les outils en ligne sont très utiles pour cela. Ils permettent aussi à chaque élève de suivre très précisément ses progrès, ce qui est motivant. 

Au final, nous avons déjà de très belles histoires avec des décrocheurs, notamment des jeunes de première en situation de phobie scolaire, qui ne voulaient plus remettre les pieds au lycée. Chacun de ces jeunes s'est pris au jeu de l'apprentissage rigoureux qui leur était proposé. Aucun n'a abandonné en cours de formation. 

Quel est le taux d'insertion de vos étudiants à la sortie de leur formation ? 

Depuis janvier 2014, nous avons formé 95 étudiants au cours de 6 sessions. Parmi cette petite centaine d'élèves déjà sortis de l'école, la plupart – 80 % – sont aujourd'hui en activité (dont 43 % en CDI/CDD, 25 % comme travailleurs indépendants et 12 % en stage avec promesse d'embauche), alors que moins de 10 % sont encore en recherche d'emploi. Enfin, les 10 % restants sont de jeunes décrocheurs qui, à la suite de la formation Webforce3, décident de poursuivre leurs études. 

Quelle est la prochaine étape de développement pour Webforce3 ? 

Au 1er septembre 2015, Webforce3 comptait 4 écoles réparties sur Paris (4e et 10e arrondissements) et la région Ile-de-France (Nanterre et Villeneuve-la-Garenne). Une 5e ouvrait ses portes à Hirson, en Picardie, le 7 septembre dernier. 

Afin de répondre à la forte demande sur l'ensemble du territoire français et à l'international, nous venons de créer une franchise permettant l'installation de nos écoles de la manière la plus souple possible, au plus près de chaque territoire, tout en assurant un bon encadrement sur le plan pédagogique. 

D'ici début novembre, Webforce3 va ainsi lancer une série de nouvelles écoles en France – à Piennes (Lorraine), à Bordeaux, à Louviers et Trouville (Normandie) – ainsi qu'à l'international, au Luxembourg et en Espagne. D'autres projets sont déjà en cours pour une ouverture début 2016 en Auvergne, Bourgogne, Bretagne, ainsi que dans le Languedoc-Roussillon et la région lyonnaise. 

Propos recueillis par Sandrine Damie