Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Guilhem Huynh-Quan-Suu

Ebéniste
Date de l'interview : 21/09/2015

L'ébénisterie, et l'artisanat d'art en général je pense, réclament beaucoup de qualités et de discipline. Il faut avant tout être patient et persévérant, ne pas avoir peur de recommencer jusqu'à la perfection.

Retour sur son parcours de formation et le concours Ateliers d'Art de France dont il vient être lauréat pour l'Ile-de-France.

Au lycée, quels métiers ou secteurs d'activités vous faisaient rêver ?

Je ne me souviens pas avoir réellement "rêvé" d'un métier au lycée. J'ai dû passer l'essentiel de cette période à me demander ce que je pourrais bien faire de ma vie. 

Quel bac avez-vous obtenu ? Quel était votre profil lycéen ?

Disons que le lycée n'a pas été la meilleure période de ma vie. J'étais plutôt marginal, un peu effacé et loin d'être studieux... Mais j'ai tout de même obtenu un bac scientifique. 

Quel a été votre parcours de formation ?

Après mon bac j'ai passé un CAP ébénisterie en 1 an dans un lycée professionnel près de Pau. Je suis ensuite rentré à l'école Boulle en BMA (brevet des métiers d'arts) pendant deux ans puis j'ai fait un DMA (Diplôme des métiers d'arts) en deux ans toujours à Boulle.

J'ai complété ma formation par une licence pro de gestion - management - création d'entreprise spécialisée dans les métiers d'arts en alternance chez Estampille 52. 

Pourquoi vous êtes-vous orienté en ébénisterie ? Qu'aimiez-vous dans cet apprentissage autour du bois ?

Je m'y suis orienté par hasard. Ne sachant pas quoi faire étant au lycée, j'ai eu la chance de faire un bilan d'orientation qui m'a suggéré après plusieurs heures de test et de rendez-vous, trois métiers qui pourraient me convenir. Il y avait dans la liste sculpteur sur pierre, peintre en décor et ébéniste. Ne sachant pas ce que faisait un ébéniste, j'ai fais le pari de suivre cette voie. 

Ce que j'aimais dans cet apprentissage, c'est de me rendre compte tous les jours que grâce aux techniques, aux matériaux, à l'ingéniosité que demande ce métier, on peut fabriquer tout ce qu'on est capable d'imaginer. C'est un réel bonheur de voir son idée se concrétiser sous nos mains. 

En dehors des savoir-faire techniques, quels sont les savoir-être / l'expérience que vous avez tirés de votre DMA Design décors et mobilier, spécialité Ebénisterie ?

En terme d'expérience, le DMA offre quelque chose d'exceptionnel pour un jeune ébéniste créateur, à savoir, qu'il permet de travailler pendant une année complète sur une pièce de création pratiquement sans contrainte et avec les moyens techniques et l'accompagnement extraordinaire de l'école Boulle. 

En ce qui concerne les "savoir-être" je les ai acquis tout au long de ma formation et pas seulement en DMA. Mais oui, l'ébénisterie, et l'artisanat d'art en général je pense, réclament beaucoup de qualités et de discipline. Il faut avant tout être patient et persévérant, ne pas avoir peur de recommencer jusqu'à la perfection. Savoir être autonome et inventif. Savoir se discipliner, être ordonné et soigneux, c'est la base d'un travail propre. Mais surtout être passionné. C'est un travail prenant, chronophage et parfois pas facile alors la passion est primordiale !

Vous venez d'être désigné lauréat Ile-de-France au concours Ateliers d’Art de France. Pouvez-vous nous présenter ce concours ?

Ce concours met en compétition des artisans d'arts de tous domaines et récompense le savoir-faire et la qualité de leurs oeuvres. Il récompense des lauréats de régions dans un premiers temps pour valoriser l'ancrage des métiers dans les territoires. Puis dans un second temps un lauréat national est désigné parmi ces derniers. 

Qu'est-ce qui avait motivé à vous présenter à ce concours ?

Je me permet là de rectifier la question : ce n'est pas moi que j'ai présenté à ce concours mais une oeuvre. Et cette oeuvre ayant beaucoup de valeur à mes yeux, le fait de la présenter, de la mettre en lumière par ce biais est l'aboutissement du long processus créatif qui l'a fait naître. 

Pouvez-vous justement nous présenter "la table à écrire Louise" pour laquelle vous venez d'être primé. Comment a-t-elle pris vie ?

L’enjeu de cette création est de réveiller le plaisir de l’écriture tombé en désuétude à l’ère du numérique. La table à écrire en elle-même est un objet dual, évoquant la nécessaire rigueur de l’orthographe et la sérénité de l’échange épistolaire. 

Elle est ici le fruit d’une recherche sur l’harmonisation de la légèreté et de la rigidité. La rigueur architecturale du piètement en béton vient soutenir la discrète sensualité du galbe du plateau.  Ce dernier dissimule un fin tiroir dont l’ouverture se fait d’un geste doux, telle une caresse sur la courbe de la table. Le tiroir dévoile alors un double écrin minéral creusé dans le bois, enclin à protéger la fragilité du papier à lettre. 

Après avoir été apprenti, vous êtes aujourd'hui ébéniste salarié à Estampille 52. A quoi ressemble votre quotidien ?

C'est vrai que je suis passé par tout les échelons chez Estampille, j'ai même été stagiaire avant d'y être apprenti. Aujourd'hui même si je reste ébéniste, je suis avant tout responsable de l'atelier. Mon quotidien c'est donc beaucoup de travail de bureau : devis, facturations, dessins/conceptions des meubles, plans, rdv clients, fournisseurs... et j'essaye au maximum de trouver toujours un moment pour descendre à l'atelier travailler la matière, réaliser mes créations. J'ai des journées bien remplies ! 

Où peut-on voir vos créations ?

Il nous arrive occasionnellement d'exposer nos créations dans des salons, ou lors de concours comme celui d'atelier d'art de France qui exposera la table à écrire du 4 décembre au 23 janvier prochain au 55 avenue Daumesnil dans le 12e arrondissement de Paris. Mais le plus simple et de venir nous rendre visite à l'atelier au 91 avenue Daumesnil. 

Où vous imaginez-vous dans 10 ans ?

Dans 10 ans... j'évite généralement de me poser cette question, je me laisse porter par le vent. Alors je répondrai que dans dix ans, les voyage interplanétaires se développeront (j'espère) et qu'il y aura alors besoin de colons pour créer de nouvelles civilisations dans l'espace. Alors je me vois loin dans dix ans. Je me vois exporter la tradition de l'ébénisterie, de la création sur d'autres planètes. 

Propos recueillis par Sandrine Damie