Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Olivier-René Veillon

Directeur de la commission du film d'Ile-de-France
Date de l'interview : 17/09/2015

Le rôle de la Commission du film d'Ile-de-France est d'aller chercher les productions étrangères et de les installer en Ile-de-France.

Zoom sur les résultats de l'Observatoire de la production cinématographique et audiovisuelle en Ile-de-France.

Vous avez réalisé la 10e édition de l'Observatoire sur la production cinématographique et audiovisuelle en Ile-de-France. Quel est l'objectif de cette étude ? 

Avec Audiens (organisme de retraite complémentaire du secteur), nous conduisons tous les ans une étude générale sur la question de l'emploi dans la production audiovisuelle et cinématographique. Cela comprend toutes les activités de production et celles qui contribuent à la production d'oeuvres audiovisuelles (donc ni diffusion ni exploitation). 

Le secteur est-il dynamique en Ile-de-France ? 

Ce secteur génère de l'emploi. Il a créé chaque année des emplois depuis 2004. Cela fait 11 ans que le secteur crée des emplois à un rythme soutenu, avec une seule année de repli : 2008. C'était une année de grande crise puisqu'il y a eu une forte baisse des revenus publicitaires des chaînes, et comme les obligations de production des chaînes sont liées à leurs revenus publicitaires, la production a baissé cette année là. 

Quelles sont les raisons, selon vous, de ce dynamisme ? 

Si les investissements sont en retrait depuis 3 ans dans la production française, la réussite s'explique par le développement des activités à l'international en effet la région Ile-de-France attire des tournages du monde entier et ceci contribue au dynamisme de l'activité et à la création d'emplois. 

L'Ile-de-France regroupe le plus de sociétés audiovisuelles. Quels sont les atouts de la région pour le secteur ? 

L'Ile-de-France présente de nombreux atouts dont des décors universels exceptionnels, de grandes compétences en matière de prestations cinématographiques dans tous les domaines, et de nombreux talents dans des domaines où les investissements internationaux sont très importants. Les plus importants d'entre eux - qui ont créé 600 emplois franciliens - ont été la décision d'Universal d'implanter à Paris sa production de films d'animation. Ainsi le film Minions qui connait un succès planétaire a été entièrement réalisé à Paris.

Les écoles de formation du secteur sont également un grand atout pour l'Ile-de-France qui forme la plupart des professionnels de l'animation et attire ainsi des tournages de part la qualité des équipes. 

Quel est le rôle de la Commission du film d'Ile-de-France dans ce dynamisme ? 

Son rôle est d'aller chercher les productions étrangères et de les installer en Ile-de-France. Il s'agit de développer l'activité internationale, c'est ce qu'on fait depuis 10 ans. On va voir les Majors, on discute avec elles, comme cela a été le cas pour Universal pour la création du studio Illumination Mac Guff. On a commencé la discussion en 2007 et ils se sont installés fin 2008 chez nous. Aujourd'hui Universal produit un long métrage d'animation par an.

La Commission doit les convaincre qu'elles ont intérêt à venir fabriquer leurs films en Ile-de-France. On discute avec de nombreux studios, de nombreux producteurs.

On a beaucoup travaillé avec les producteurs chinois qui cherchent à s'ouvrir à l'international. Le 1er film chinois tourné en Ile-de-France l'a été en 2005, et depuis on en a eu tous les ans. Plus globalement, on a des tournages venant de tous les pays d'Asie. 

Par exemple, Versailles a connu 130 jours de tournage cette année, avec un long métrage américain majeur, un long métrage japonais et une grande série qui sera diffusée sur Canal + cette année. 

A noter : en moyenne depuis 5 ans, les investissements dans le cinéma ont augmenté de 30 à 35 % en Chine donc un rythme de croissance véritablement très élevé. 

Si le nombre d'emplois augmente, le nombre d'entreprise diminue. Comment expliquez-vous cette restructuration du secteur ? 

On a une relative consolidation des 5 000 sociétés de production en Ile-de-France. Ce grand nombre est à la fois une force et une faiblesse. On a essentiellement des très petites entreprises. La croissance permet une certaine consolidation, c'est-à-dire l'émergence de plus grosses entreprises dont on manque actuellement. C'est donc un phénomène très positif. La diversité est préservée en Ile-de-France mais il faut encore que plusieurs "champions" voient le jour avec des ambitions internationales comme EuropaCorp par exemple. 

Quelle est la part de l'intermittence dans le secteur ? 

Sur 135 000 emplois du secteur, 115 000 sont sous le régime de l'intermittence. C'est le coeur de l'activité. C'est un très grand atout dans la mesure où cela permet de maintenir dans l'emploi de très nombreuses compétences. Et c'est parce que ces compétences sont maintenues dans l'emploi qu'on peut attirer des productions internationales ayant besoin rapidement de 400 techniciens par exemple ! Il existe très peu de régions au monde où de telles ressources, qualifiées et talentueuses, sont disponibles. Avec le régime de l'intermittence, on peut recruter du jour au lendemain des techniciens de très haut niveau pour former de grosses équipes en très peu de temps. Quand Universal s'est implanté en France, ça a été un de ses critères de choix. 

Selon vous, quel est l’impact sur l’emploi des politiques de soutien au secteur ? 

La politique de soutien de la Région Ile-de-France est très importante puisqu'elle consacre 14 millions d'euros au cinéma. Cela a beaucoup aidé à faire identifier l'Ile-de-France comme une région accueillante et qui soutient l'activité sans critère de nationalité ou de langue. C'était un signal important donné à la production internationale avant même que le crédit d'impôt international ne soit créé. C'est un levier de croissance majeur. 

Au niveau national, on a un dispositif de soutien bien connu qui est géré par le CNC. Il a la vertu d'obliger les producteurs à réinvestir. Dans le cinéma, 1 film sur 20 est rentable... mais quand il est rentable, il l'est énormément. A travers le fonctionnement du compte de soutien (taxes sur entrées et résultats du film qui ouvrent droit à un financement pour le film suivant), cela permet un réinvestissement de l'ordre de 700 millions d'euros, ce qui consolide beaucoup l'activité de production en France. 

Au niveau européen, on a essentiellement une aide à la circulation des films en Europe. 

Quelles sont les perspectives d'évolution du secteur pour 2016 ? 

L'activité devrait encore progresser dans les années qui viennent car les pouvoirs publics ont mis en place un crédit d'impôt international, c'est-à-dire un abattement sur les dépenses réalisées en France pour les équipes étrangères, ce qui nous a permis d'être plus compétitifs par rapport à nos principaux concurrents qui avaient déjà ce dispositif en place, comme Londres par exemple. Le dispositif va se renforcer au 1er janvier 2016. 

Pour résumer, 2015 devrait être une année avec une croissance très marquée et 2016 devrait poursuivre dans ce dynamisme grâce aux réussites des films internationaux tournés chez nous. Minions vient de dépasser le milliard de dollars au box office Monde et a coûté à peine 50 millions d'euros à fabriquer. En termes de compétitivité, l'Ile-de-France est certainement la région au monde où fabriquer l'animation - au niveau qualité et prix - est la plus intéressante. On est ultra-compétitifs et cela intéresse de nombreux studios étrangers. 

Propos recueillis par Sandrine Damie (septembre 2015).