Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Daniel Richard

Responsable de la licence Gestion et traitement des déchets à Paris Diderot
Date de l'interview : 15/06/2015

En gestion et traitement des déchets, les métiers d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'hier (mutation organisationnelle et technologique), et seront certainement différents demain. Il faut donc former des personnes pouvant accompagner ces évolutions technologiques, managériales, et économiques, actuelles et futures.

Zoom sur cette licence qui mène à des métiers d'encadrement ou de projet ayant une forte compétence technico-économique dans le domaine des déchets.

Dans quel contexte la licence Gestion et traitement des déchets a-t-elle été créée en 2012 ?

Dans le paysage francilien, il existait trois formations universitaires dans le domaine des déchets, et aucune dans le domaine spécifique de la collecte et du traitement des déchets solides (qui représentent les tonnages les plus importants). Le choix était donc très limité pour l'étudiant souhaitant s'orienter vers ce domaine, tandis que l'Ile-de-France regroupe le plus grand nombre d'installations de traitement au niveau national. Il y avait un réel besoin de formation dans le domaine, et les industriels ont donc soutenu la création de la formation LPRO Gestion & traitement des déchets très naturellement.

Quels sont les profils des étudiants en licence gestion et traitement des déchets ?

Nous recrutons essentiellement des scientifiques, ayant un bac général ou technologique, avec une poursuite d'étude type BTS, DUT, ou L2. En fait, ce vivier de recrutement s'est assez élargi en 3 ans, car plus que des connaissances, ce sont des personnalités que nous recrutons désormais, les aspects relations humaines occupant une très grande place dans les professions du domaine. Ainsi, les étudiants de sciences économiques, droit, gestion, social sont désormais les bienvenus, et notre programme de formation a été repensée pour prendre en compte ces profils.

Côté genre, il n'y a pas de guerre des sexes, les promotions sont assez équilibrées avec un léger avantage pour les femmes (55 % contre 45 % sur ces 3 dernières années). Toutes et tous souhaitent limiter l'impact des activités humaines sur le milieu naturel en œuvrant soit à l'amélioration des installations industrielles, soit à influencer les politiques publiques, soit à sensibiliser l'opinion publique, être acteurs du développement durable donc.

Pourquoi avez-vous choisi de proposer cette licence uniquement par la voie de l'alternance (professionnalisation et alternance) ?

Notre seul objectif est de former des personnes opérationnelles pouvant s'insérer rapidement dans le secteur (en collectivités, agence privée, PMI-PME, grand opérateur). Ceci nécessite une immersion professionnelle conséquente pour compléter les enseignements à l'université. Avec notre format d'alternance 2 jours de cours / 3 jours en entreprise, l'alternant aura passé l'équivalent de près de 7 mois et demi en entreprise, soit plus qu'un stage de fin d'année de master ou d'école d'ingénieur.

Par ailleurs, le fait qu'il existe un contrat qui lie l'entreprise à l'alternant aboutit à une démarche intéressante, puisque l'alternant est considéré comme un vrai collaborateur à qui on peut donner des responsabilités et des missions de long terme qui seraient inaccessibles à un stagiaire. Tout ceci participe à une maturation rapide de l'alternant, à des missions intéressantes et valorisables immédiatement sur son CV, donc à une forte insertion professionnelle.

Quelles sont les compétences développées au cours de la formation ?

Pour faire court, on essaye de donner aux alternants un ensemble de compétences techniques qui permettent d'acquérir confiance et crédibilité professionnelle (connaissances sur les filières, marché publics, sciences de l'environnement, droit et législation, méthodes et outils de pilotage de l'activité, et bien entendu les savoir-faire liés à l'immersion professionnelle). Mais les connaissances ne peuvent s'exprimer que si l'alternant possède des compétences organisationnelles qui sont abordées par le projet tuteuré (gestion de projet, auto-organisation, encadrement d'équipes en milieu professionnel). Ajoutons les compétences relationnelles (expression orale et écrite, management des équipes) et vous aurez un aperçu assez correct de ce que nous cherchons à transmettre à nos alternants.

Quels sont les principaux enseignements proposés ?

Nous avons 5 grands pôles d'enseignement, chacun représentant environ 20 % de la formation en volume horaire. Le premier s'attache à donner une culture scientifique aux alternants (le monde des déchets est en pleine mutation, et la technologie est omniprésente) leur permettant de comprendre les processus en jeu en incinération, stockage, méthanisation, recyclage, etc.). Un second pôle très important est celui du QHSEE (normes, audits) et du management humain. Le troisième pôle est directement lié aux aspects métiers et connaissances des filières déchets, ainsi que les aspects contractualisation et marchés publics. Le quatrième s'attache aux compétences transverses (langues, outils informatique, communication) tandis que le dernier est bien entendu l'immersion professionnelle couplée au projet tuteuré.

Vous pouvez retrouver l'ensemble du programme sur :
https://sites.google.com/site/alternanceenvironnementparis/.

Comment les étudiants trouvent-il leur entreprise pour les périodes sur le terrain ?

Nous avons des contacts privilégiés avec certaines entreprises, vivier qui varie d'une année sur l'autre au gré des besoins. Nous nous tenons également informés des offres proposées par les entreprises en surveillant les sites web. Et puis nous avons aussi des sollicitations extérieures, qui se font de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que nous gagnons en lisibilité, et disons-le en réputation.

Il est bien évident que l'accompagnement est primordial pour qu'un étudiant trouve une entreprise : aide, conseils, et relecture des CV et des lettres de motivation, ouverture de notre carnet d'adresses pour pouvoir envoyer les candidatures aux bonnes personnes dans les entreprises. Généralement, les 3/4 des alternants trouvent leur contrat sur la période juin à août.

Quel est le taux de réussite de cette licence ?

En 3 ans d'existence, nous avons déploré 1 seul abandon pour raisons personnelles, tous les autres ont obtenu leur diplôme. Le taux n'est donc pas de 100 % strictement.

Dans quels métiers les étudiants s'insèrent-ils une fois diplômés ?

La palette est très large, nos alternants ayant une triple compétence management, déchets, QHSEE. Nos premiers alternants ont été embauchés dans de grands groupes comme Véolia, ou des bureaux d'étude. Désormais, certains s'insèrent également dans les collectivités (syndicats de communes, conseil général, mairie), et à l'issue du master pour ceux qui continuent leurs études au cycle supérieur (et qui acquièrent alors des compétences en énergétique, développement durable, traitement des eaux), la liste exhaustive est difficile à établir : chargé de mission en collectivités, responsable QHSE sur site industriel, responsable de réseau de déchetteries, chargé de projets en bureau d'étude, nous avons même eu un alternant qui a été embauché comme chimiste dans une PME innovante (cela reste exceptionnel cependant). En résumé, des métiers d'encadrement ou de projet ayant une forte compétence technico-économique dans le domaine des déchets.

Quel est le pourcentage d'étudiants choisissant de poursuivre leurs études ? Vers quelles formations ?

La tendance générale est une poursuite d'études de nos alternants sur demande de leur entreprise. C'est une certaine déviance de l'objectif initial de la licence professionnelle en termes d'embauche à l'issue de la formation, dont la cause est essentiellement due à la sélectivité que nous avons mis en place.

Les alternants recrutés deviennent de très bons collaborateurs très rapidement... pas étonnant que les entreprises ne veulent pas s'en séparer, et souhaitent les faire passer au niveau supérieur ! Elles obtiennent ainsi un profil manager à bac + 5 ayant une connaissance des métiers terrain, ce qui est un profil très pertinent dans les métiers du déchet.

Ainsi, cette année, 80 % des alternants s'orientent vers le master GEI (formation généraliste en environnement, en alternance sur l'ensemble du cycle M) qui fait partie des formations proposées par notre structure de formation (UFR STEP de l'université Paris Diderot), sous contrat pour 24 mois (apprentissage ou professionnalisation). Les autres vont rejoindre des masters plus conventionnels dans le domaine du développement durable.

En quoi les métiers de la gestion et du traitement des déchets vous semblent porteurs ?

Une enquête Ernst & Young de 2011 auprès de 500 décideurs concernant les domaines les plus porteurs en environnement pour faire émerger de nouvelles activités concluait à l'efficacité énergétique et au traitement des déchets. Si on s'intéresse aux ordures ménagères, la production nationale croît d’environ 1 à 2 % par an. L’augmentation de la population, du nombre de ménages, et l'individualisation génèrent mécaniquement une augmentation de la consommation de produits et d’emballages, donc de déchets.

Tout le monde est d'accord sur l'impérieuse nécessité de diminuer les quantités de déchets produites, mais dans les faits, les mécanismes en jeu ne le permettent pas, ou pas dans un temps court. Bien sûr, les concepts de développement durable, l'éco-conception des produits, l'économie circulaire, amorcent une nouvelle vision possible en terme de cycle des déchets, mais pour le moment, on tente essentiellement de mieux trier, valoriser, ou récupérer toutes ces masses de déchets (et les faits nous montrent que ce n'est déjà pas très simple). Les techniques, les lois, la considération même du déchet (devenu source de carbone et de matières valorisables) évoluent.

En gestion et traitement des déchets, les métiers d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'hier (mutation organisationnelle et technologique), et seront certainement différents demain. Il faut donc former des personnes pouvant accompagner ces évolutions technologiques, managériales, et économiques, actuelles et futures.

Propos recueillis par Sandrine Damie