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Marché du travail : la grande fracture ?

Cette étude de l'Institut Montaigne interroge les conditions de la création d’emplois dans une économie post-industrielle.


Le 02/06/2015

 

L'étude intitulée "Marché du travail : la grande fracture" de l'Institut Montaigne analyse les tendances de long terme qui, depuis 30 ans, modèlent le marché du travail. Elle a été rédigée par David Thesmar, professeur à HEC, et par Augustin Landier, professeur à la Toulouse School of Economics.

 

S'appuyant sur les données de l'enquête Emploi publiée chaque année ar l'INSEE, elle aboutit au constat suivant : le marché du travail français subit depuis 30 ans un choc inégalitaire. Sous l'effet du progrès technologique, les emplois automatisables des services et de l'industrie ont disparu, induisant une forte polarisation du marché du travail entre d'une part, les métiers très qualifiés dont la productivité a été décuplée par les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et d'autre part, les emplois de service, plus précaires et moins bien rémunérés.

 

Le chômage en France

 

En 2012, le taux de chômage des personnes ayant un niveau de qualification égal au Brevet est de 15 % et les actifs ayant un niveau d'étude inférieur au baccalauréat constituent plus de 61 % des chômeurs. Ce qui distingue la France d'autres pays européens, c'est le poids important des peu qualifiés dans sa population active (25 % des 25-64 ans en 2013). Cette situation est largement un héritage du passé : s'agissant des nouvelles générations, la proportion des non-qualifiés est comparable en France à la moyenne de l'OCDE.

 

Le très fort taux de chômage observé chez les jeunes (28 %) est lié au fait que les étudiants ne font pas partie de la population active, si bien que les non qualifiés y sont surreprésentés. Bien plus qu'une affaire de jeunes, le chômage français est un fléau qui touche les peu qualifiés.

 

A noter : même si les jeunes non-diplômés subissent un très haut niveau de chômage, une grande majorité des chômeurs français sont en réalité plutôt âgés. Sur trois millions de chômeurs en 2013, 2,1 millions ont plus de 30 ans (dont un million plus de 40 ans).

 

De moins en moins d'emplois peu qualifiés

 

En France, comme dans de nombreux pays de l'OCDE, la place de l'industrie a fortement décru (elle est passée en France de 35 % du PIB en 1970 à 19 % en 2010). L'emploi ouvrier s'est ainsi raréfié (12,5 % du total des emplois aujourd'hui) et désormais la valeur ajoutée de l'économie française réside dans les services. La question qui se pose pour envisager l'avenir est alors de connaître la nature des emplois non-qualifiés dans une économie post-industrielle.

 

Cette évolution est pour l'essentiel liée au développement des NTIC qui ont transféré les tâches répétitives des humains aux automates (robots sur les chaînes de montage, logiciels dans les bureaux, etc.). Cette polarisation du marché du travail s'est traduite par un accroissement substantiel des inégalités de salaires. Les emplois de services à la personne sont des emplois à faible productivité et dont la rémunération est plus basse que celle des emplois d'ouvriers qualifiés ou d'employés.

 

L'employabilité des travailleurs non qualifiés a ainsi été considérablement altérée ces dernières années par deux phénomènes conjoints : les évolutions technologiques, qui permettent une automatisation poussée des tâches simples, et la concurrence avec les pays en développement.

 

Bon à savoir : pour combattre ce phénomène, les gouvernements successifs ont utilisé deux outils de politique économique : la hausse du Smic net combinée à un déplacement des cotisations sociales des bas vers les hauts salaires.

 

Malgré ces politiques de baisse des cotisations, le Smic continue d'être une forte barrière à l'entrée sur le marché du travail pour les non-qualifiés en France. Entre 1990 et 2010, le coût du travail non qualifié a augmenté de 12 % et est aujourd'hui trop élevé pour permettre à la création d'emplois non qualifiés d'absorber le choc de la polarisation.

 

L'Excellence française

 

Si les diplômés français s'expatrient de plus en plus, simultanément, la France accueille un nombre important et stable de talents étrangers. Il est donc encore temps pour la France de rester un pôle d'attraction des talents. Cette question de l'attractivité se pose de façon particulièrement aigüe dans le domaine de la recherche car les conditions offertes par l'université française se dégradent par rapport à ses concurrents.

 

Réformer la formation

 

La France doit améliorer le circuit de l'apprentissage et la formation professionnelle, ainsi que rendre plus facile la mobilité d'un secteur à un autre en réformant en profondeur la formation continue.

 

Sandrine Damie