Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Florence Auffret

Fémis
Date de l'interview : 13/05/2015

En encourageant l'audace, la qualité et le talent, on obtient souvent des résultats intéressants.

Zoom sur la nouvelle formation courte proposée par la Fémis à 4 "Résidents".

Vous venez de lancer la première "Résidence" de la Fémis. De quoi s'agit-il ?

La Résidence est une formation à temps plein d'une durée de 9 mois. La 1re édition a démarré le 7 avril dernier et s'achèvera fin décembre. Elle s'adresse aux jeunes de moins de 30 ans, qui n'ont pas la possibilité d'avoir accès au concours d'entrée de la formation initiale mais qui ont déjà une première réalisation à leur actif. Raoul Peck et Marc Nicolas, respectivement président du Conseil d'administration de la Fémis et directeur général de la Fémis, qui sont à l'origine de ce projet, savent qu'il existe de jeunes autodidactes qui ont déjà développé une sensibilité artistique, souvent au sein d 'ateliers associatifs à vocation culturelle ou sociale, mais que leur histoire familiale, leur origine sociale ou leur parcours scolaire vont sans doute tenir à l 'écart des formations de haut niveau. Leur ouvrir la Résidence, c'est une façon d'aller chercher des « talents » qui ne seraient pas venus jusqu'à nous par les voies classiques.

La Fémis est déjà engagée dans la lutte pour l'égalité des chances. Quel bilan avez-vous tiré de cet engagement ?

Le programme Egalité des chances a été créé il y a 8 ans, avec l'aide de la Fondation Culture et diversité. C'est un dispositif qui est désormais bien rôdé. Il s'agit d'une part de mener une mission d'information sur les métiers du cinéma auprès des élèves des lycées de l'éducation prioritaire, des BTS audiovisuels, des classes préparatoires hypokhâgne-khâgne option cinéma ; et d'autre part au sein des Ateliers Egalité des chances, de préparer certains de ces étudiants les plus motivés à passer le concours d'entrée à la Fémis. Il y a environ chaque année une quinzaine d'étudiants qui suivent ces Ateliers, et sur ceux qui décident de le passer, 1 à 2 qui réussissent le concours. La Fémis compte environ 30 % de boursiers parmi ses étudiants, c'est un des taux les plus élevés dans les grandes écoles.

En quoi la création de la "Résidence" prolonge cette dynamique ?

La Résidence va permettre de renforcer notre ouverture effective sur une plus large diversité d'étudiants. Au fil du temps et des promotions cela se traduira au sein de l'école par une plus large diversité des origines sociale, territoriale, et donc culturelle. Il est important que le taux de sélectivité de l'école reste élevé car le cinéma est un secteur qui offre peu d'emplois nouveaux chaque année. En revanche, par principe, il appartient à une école publique comme La Fémis de rester le plus possible ouverte aux élèves de toutes origines, à fortiori pour les préparer aux métiers du cinéma qui est un art ouvert sur le monde et l'ensemble de la société. Cette diversité et cette complexité doivent pouvoir se refléter à l'intérieur de la Fémis parmi l'ensemble des étudiants qui la composent. Cette ouverture est aussi une garantie du renouvellement des talents dans toute leur diversité.*

Comment avez-vous sélectionné les 4 résidents ?

Nous avons informé de l'existence du projet un certain nombre d'associations identifiées pour la qualité de leur travail (1000 visages, Tribudom, Talents en court, Cinébanlieue, Fondation Culture et diversité, Moulin d'Andé…). Elles ont relayé l'information auprès des jeunes qui pouvaient remplir les conditions d'accès et qui semblaient les plus motivés. Nous avons reçu 49 candidatures. Nous avons effectué une présélection à partir des dossiers artistiques et des court-métrages présentés. Huit candidats se sont dégagés qui ont ensuite passé un entretien devant le jury (le jury était présidé par Raoul Peck réalisateur et président du Conseil d'administration de la Fémis, et composé de Ariane Ascaride, comédienne, de Laetitia Masson, réalisatrice et co-directrice du département réalisation de la Fémis, Bruno Nahon, producteur, Marc Nicolas, directeur général de la Fémis, Frédéric Papon, directeur des études de la Fémis). Nous en avons retenu 4.

Comment va se dérouler leur formation ? Pourquoi ne pas les avoir intégrés à l'un des cursus déjà existants à la Fémis ?

Le programme de la formation est découpé en 2 grandes périodes : les trois premiers mois seront consacrés à développer les connaissances et la culture, stimuler l'écriture et la création : analyse de films avec Thierry Jousse, projections et rencontres avec des cinéastes (Raoul Peck, Atiq Rahimi, Marianne Tardieu, Frederick Wiseman…), atelier d'écriture, modules de formation technique, mise à niveau, modules d'initiation à la production et à l'économie du cinéma… ; les 6 derniers mois seront essentiellement centrés, pour chacun des 4 étudiants, sur la production, la réalisation et la fabrication d'un projet de court-métrage de 20 minutes, de la préparation individuelle à la post-production.

Le parcours et le background des étudiants de la Résidence sont parfois très éloignés de ceux de la formation initiale. Ce ne serait pas forcément pertinent de les intégrer à l'un des cursus déjà existants.

Le petit nombre de 4 étudiants permet, en revanche, de concevoir un programme quasi sur mesure. On ne peut pas réduire et résumer 4 ans d'apprentissage du cinéma en 9 mois. Par contre, comme ils sont très peu nombreux, on peut s'inspirer des exercices pédagogiques les plus probants et les décliner pour eux. L'ensemble du programme est assuré par les intervenants habituels de la Fémis, tous professionnels en activité. Notre mission est de leur proposer des moyens pédagogiques adaptés qui leur permettront d'acquérir une réflexion théorique sur le cinéma et qui favoriseront la pratique professionnelle et les expérimentations artistiques.

La première édition a commencé il y a seulement 3 semaines. C 'est encore un projet pilote qu'il faudra sans doute améliorer et faire évoluer dans l'avenir.

La formation dure 9 mois. Quel est le rythme de la formation ?

C'est une formation dense, à temps plein, qui ne permet pas d'avoir à côté une activité autre. Les étudiants sont là tous les jours. Pour leur offrir un confort matériel minimum et s'assurer de la présence effective à l'école des lauréats, la Fondation Culture et diversité s'est à nouveau associée à la Fémis en attribuant une bourse mensuelle à chacun des étudiants.

Quelle est la part d'ateliers individuels ou collectifs au cours de la formation ?

Comme ils ne sont que 4 élèves, la plupart des ateliers sont collectifs. Les rencontres

professionnelles, séminaires et ateliers vont permettre la rencontre entre les étudiants et les professionnels du cinéma autour de thèmes choisis, et aider à nouer des contacts autour des projets futurs. La période de préparation et de tournage de leurs films l'été prochain sera aussi un moyen privilégié pour favoriser les collaborations entre les étudiants de la Résidence et ceux de la formation initiale.

Quels débouchés envisagez-vous pour ces étudiants-résidents en fin de formation ?

Si leur motivation est évidente et bien réelle, leur projet professionnel n'est pas forcément déjà clairement défini pour chacun d'eux. A priori, ils se destinent plutôt à la réalisation. A ce titre, notre priorité est de les aider à prendre confiance en eux, à affirmer leur personnalité, développer leur sens critique, acquérir un sens de la grammaire commun aux gens du cinéma. Au fil de ces 9 mois, le sens profond de leur choix va se préciser, pour eux comme pour nous. Notre rôle sera, comme pour nos autres étudiants, de les accompagner au mieux pour qu'ils puissent ensuite trouver et occuper toute leur place sur le terrain professionnel.

En encourageant l'audace, la qualité et le talent, on obtient souvent des résultats intéressants.

Propos recueillis par Sandrine Damie (mai 2015)