Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Aline-Laure Espinassouze

Finaliste de "Ma thèse en 180 secondes"
Date de l'interview : 23/04/2015

Mon rôle et ma valeur ajoutée de "philosophe-économiste", c'était de poser la question des valeurs au monde de l'entreprise.

Participante du concours "Ma thèse en 180 secondes", Aline-Laure Espinassouze revient sur ses choix de formation et sa participation au concours.

Lycéenne, quel métier ou secteur d'activités vous attirait ? 

Je suis tombée amoureuse de la philosophie en terminale. Depuis, j'ai toujours voulu faire un métier en rapport avec cette discipline. Le professorat n’était qu’une option, j’avais envie d’autre chose mais sans trop savoir quoi !

Quelles formations avez-vous suivies et pourquoi ?

Mon parcours est hybride : il mêle philosophie et gestion, études et expérience professionnelle.

J'ai d'abord fait un master 2 en philosophie à la Sorbonne. J'ai adoré mes études, mais à un certain moment, je me suis sentie en décalage avec le monde qui m'entourait. J'avais besoin de concret. C'était au moment de la crise financière. Je me suis aperçue que si je savais réfléchir sur de grandes idées intemporelles (l'être, la raison, l'éthique...), je ne comprenais pas grand-chose à ce qui faisait marcher le monde ici et maintenant. 

J'ai alors profité d'une opération de recrutement, l'Opération Phénix, qui proposait une formation de commerce et un poste en entreprise à des diplômés en sciences humaines.

C'est comme ça que je suis devenue analyste financier dans une grande banque pendant 2 ans !

En parallèle de ce travail, j'ai fait un master 2 en Gestion des entreprises en cours du soir à l'IAE de Paris. Grâce à cette formation, j'ai pu acquérir une vision d'ensemble du fonctionnement de l'entreprise (stratégie, finance, ressources humaines...).

C'est à l'issue de ce double parcours en philosophie et en gestion, doublée d'une première expérience sur le terrain, que j'ai compris comment combiner les 2 disciplines de mon parcours, philosophie et gestion d'entreprise.

Mon rôle et ma valeur ajoutée de "philosophe-économiste", c'était de poser la question des valeurs au monde de l'entreprise. Souvenez-vous, on a beaucoup entendu au sujet de la crise financière qu'il s'agissait d'une crise de valeurs : crise de confiance dans le système financier, crise éthique face à l’avidité irresponsable de certains acteurs. 

C'était le bon moment pour s'interroger sur les valeurs portées par les acteurs économiques : bien être des salariés, respect des droits de l'homme, protection de l'environnement, confiance des consommateurs... Ces questions sont regroupées dans le champ de ce qu'on appelle la Responsabilité sociale d'entreprise ou "RSE".

La RSE m'est donc apparue comme le point de convergence logique entre philosophie et gestion. C'est pour ça que j'ai choisi de travailler sur ce sujet.

Comment est née l'envie de poursuivre en thèse ? 

Tout d’abord, la thèse est un excellent moyen d'acquérir une expertise ciblée sur un sujet, surtout dans un parcours aussi généraliste que le mien.

Ensuite, l'expérience que j'ai eue du monde de l'entreprise m'a très vite fait comprendre que la réflexion et l'analyse sont un luxe que peu d'entreprises peuvent se permettre, tant les objectifs opérationnels de court-terme priment sur la vision et le pilotage stratégique à long terme.

Pourtant, les meilleures entreprises sont celles qui parviennent à articuler ces deux dimensions. Mon idée, c’est que la réflexion et l'analyse philosophiques peuvent être source de valeur ajoutée dans les entreprises qui cherchent à être performantes sur le long terme. Mais pour légitimer ma démarche de « philosophie appliquée à l’entreprise », il fallait passer de l'intuition à la démonstration. D'où l'idée de cette thèse : à travers l'étude d'une question concrète de gestion des entreprises "Faut-il investir dans la responsabilité sociale d'entreprise, et si oui pourquoi ça rapporte?", j'essaie de montrer l'utilité de l'analyse et de la réflexion éthique dans la gestion d'entreprise.

Sur quel sujet porte votre thèse ?

Je travaille sur la rentabilité des démarches de responsabilité sociale d'entreprise, ou "RSE".

La RSE regroupe toutes les initiatives de l'entreprise qui visent à préserver ou améliorer la qualité des relations avec ses partenaires d'affaire (salariés, clients, fournisseurs...).

Pour les salariés, la RSE désigne les actions menées par l'entreprise pour améliorer leur qualité de vie au travail.

Pour les consommateurs, la RSE consiste à développer une relation de confiance avec l'entreprise. Il s’agit de la confiance dans la qualité des produits, dans la transparence de l'information communiquée, dans l'honnêteté des prix pratiqués.

Ma thèse porte sur la question de la rentabilité de ces démarches de RSE. Pourquoi ?

Parce que l’idée "théorique" de la RSE, c’est qu’il est rentable pour l’entreprise de développer des relations de qualité avec ses partenaires stratégiques : des salariés ou des clients satisfaits par la qualité "éthique" du comportement de l'entreprise seront plus fidèles, et au final plus rentables à moyen long terme.

Mais cet argument ne suffit pas à convaincre toutes les entreprises, dans un contexte où la rentabilité à court-terme est le critère n°1. 

D'où l'intérêt d'apporter une preuve scientifique de la rentabilité "sonnante et trébuchante" de la RSE. C’est ce que j’essaie de faire dans ma thèse.

Vous participez au concours "Ma thèse en 180 secondes" et serez la représentante du COMUE université Paris Seine pour la finale nationale. Qu'est-ce qui vous a motivée dans ce challenge ?

Ce qui m’a motivée, c’est que c’est un challenge aussi intelligent que plaisant !

Intelligent parce qu’il est très utile pour un doctorant de savoir synthétiser et reformuler ses travaux de recherche en termes simples et accessibles. A force d’analyser en détails des masses de données ultra-complexes, on perd parfois le fil, on manque de recul. Ma thèse en 180 secondes, en exigeant une synthèse en 3 minutes, c’est un peu une thérapie de choc, un recadrage drastique pour doctorant égaré (égarés, on l’est tous périodiquement, ça fait partie du « jeu »), parce que si vous avez déjà trouvé… vous ne pouvez pas chercher !

En plus, c’est un exercice très plaisant de raconter une histoire pour éveiller la curiosité du public, de donner envie de s’intéresser au sujet qui nous passionne.

Comment vous y êtes-vous préparée ?

Il y a un long travail pour établir le texte en 3 minutes. C’est un exercice d’équilibriste de trouver le bon dosage entre contenu scientifique et simplicité du propos, tout en rajoutant la petite touche de « fun » ou d’émotion qui va toucher le public ! Ensuite, il faut s’entraîner à dire le texte le plus naturellement possible alors qu’on le connaît sur le bout des doigts ! Pas facile !

Comment le Comue vous a-t-il accompagnée dans cette joute oratoire ?

Nous avons bénéficié d’un véritable « coaching », une préparation est intensive et personnalisée, tant sur le texte que sur la prestation orale. C’est assez « costaud » comme préparation, mais c’est nécessaire, parce que l’exercice, d’apparence anodin, est vraiment difficile. En plus, on forme une petite équipe très sympa avec les autres candidats et on apprend plein de choses, même si on n’est pas sélectionné ensuite.

En quoi cet exercice de synthèse et d'exposé peut être un plus dans votre insertion professionnelle ?

Le monde professionnel est un monde où le temps est compté. Savoir être clair et convaincant en quelques minutes, c’est une "arme" formidable pour retenir l’attention d’un recruteur ou d’un client potentiel.

Ma thèse en 180 secondes, c’est un peu l’équivalent de "l’elevator pitch" dans le monde des start’up : vous croisez l’investisseur de vos rêves dans un ascenseur et vous avez quelques minutes pour le convaincre de miser gros sur vous !

Bref, c’est un exercice très utile pour la vie professionnelle.

Dans l'absolu, le poste idéal pour vous devrait ressembler à quoi ?

A l’image de mon parcours, le poste idéal est hybride : un pied à l’université, dans le monde du savoir et de l’éducation, l’autre sur le terrain, pour la dynamique, le bon sens et l’efficacité qu’on y trouve par endroits.

J’enseigne déjà l’éthique à des étudiants en finance. Je vais continuer dans cette voie tout en développant une activité de consultante auprès de dirigeants d’entreprise. Je pense aussi écrire un blog ou un livre…

Ma vocation, c’est d’être un pont entre ces deux mondes, philosophie et entreprise, qui auraient beaucoup à s’apporter s’ils s’intéressaient mutuellement l’un à l’autre.

J’effectue l’aller-retour, l’intermédiation et la traduction entre ces deux mondes ! Je ne sais pas trop comment s’appelle ce métier !   

Propos recueillis par Sandrine Damie