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L'autocensure dans les choix d'orientation

Quel est le lien entre le choix d’orientation et l'origine sociale d'un jeune ? Sciences Po nous éclaire sur cette problématique à travers son étude publiée en décembre dernier.


Le 30/01/2015

 

"Choix d’orientation et origine sociale : mesurer et comprendre l’autocensure scolaire" est un projet de recherche mené par le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP) de Sciences Po Paris dont les résultats viennent d'être publiés en décembre 2014. Cette étude visait à quantifier les inégalités d'orientation selon l'origine sociale des jeunes, et de mesurer le phénomène d'autocensure dans les choix d'orientation pour ensuite en déterminer les causes.

 

Les différences d’orientation selon l’origine sociale

 

Le premier constat de l'étude porte sur la modestie des voeux des élèves d’origine modeste : ils s'orientent davantage vers la voie professionnelle et le CAP que dans les orientations les plus sélectives.

 

A noter :  les écarts observés concernant l’orientation en seconde générale et technologique touchent uniquement les élèves d’origine modeste hors Education Prioritaire, et ceux concernant l’orientation vers la seconde professionnelle touchent tous les élèves d’origine modeste, quel que soit le statut de leur collège. La modestie des orientations est donc bien liée à la modestie du milieu familial et non à celle de l’établissement.

 

Pour les élèves faibles, l’origine sociale modifie l’arbitrage entre voie professionnelle et CAP d’une part, et redoublement et sortie du public ou privé sous contrat d’autre part. Les élèves d’origine favorisée évitent la voie professionnelle et le CAP plus que ne le font les élèves d’origine modeste.

 

Pour les élèves moyens, l’origine sociale modifie l’arbitrage entre voie générale/technologique et voie professionnelle : les élèves moyens d’origine modeste sont plus souvent orientés vers la voie professionnelle et moins souvent orientés en seconde générale et technologique que les élèves d’origine favorisée du même niveau.

 

Bon à savoir : en début de 3e, les élèves d’origine sociale modeste ont une probabilité 11 % moins élevée de préférer la seconde générale et technologique que les élèves d’origine favorisée de même niveau scolaire.

 

Les données à retenir

 

Sur l’ensemble des établissements des académies de Paris, Versailles et Créteil, les inégalités d’orientation selon l’origine sociale sont substantielles. Par rapport aux élèves d’origine favorisée de même niveau scolaire, les élèves d’origine modeste ont une probabilité 5 % plus petite d’être orientés en seconde générale et technologique, 74 % plus petite de redoubler, et 10 % plus petite de sortir du public et privé sous contrat. Inversement, ils ont une probabilité 93 % plus élevée d’être orientés en seconde professionnelle et 169% plus élevée d’être orientés en CAP.

 

Qu'est-ce qui influence le choix d'orientation des jeunes ?

 

L’action scolaire et parentale éloigne le destin scolaire des élèves en dessous de la médiane pour qui l’accès à la voie générale et technologique semble un choix plus risqué.

 

Par ailleurs, les élèves ont le sentiment que les facteurs sociaux et familiaux (habiter un quartier défavorisé, avoir des parents étrangers, avoir un membre de sa famille qui a réussi ses études et sa carrière) ont une large influence sur les chances de réussite future à niveau scolaire actuel égal. Cette anticipation, qu’elle soit juste ou non, peut contribuer à expliquer les écarts de préférence d’orientation chez les élèves. Si elle est partagée par les équipes éducatives et les parents, elle peut aussi contribuer à expliquer les écarts d’orientation effective, notamment la sur-sélection des élèves d’origine modeste en dessous de la médiane en seconde générale et technologique.

 

Bon à savoir : très peu d’élèves d’origine modeste anticipent des difficultés logistiques et financières (déménagement, emprunt, temps de transport important) concernant les orientations qu’ils connaissent après la 3e, ce qui suggère que ces difficultés ne sont pas à l’origine des écarts de préférences d’orientation selon l’origine sociale après la 3e.

 

Les écarts de connaissance sur les orientations possibles ne contribuent quasiment pas à expliquer les écarts de préférences d’orientation après la 3e.

 

L'influence des pairs

 

Selon les déclarations des élèves, une moitié d’entre eux exprimet que le choix d’orientation peut mobiliser des difficultés d’ordre amical, comme souffrir de la séparation d’avec ses amis, susciter du ressentiment chez ses amis, ou enfin susciter des moqueries de la part des pairs.

 

Selon les observations expérimentales conduites dans cette étude, les préférences des élèves d’origine modeste sont influencées par le choix d’orientation des autres et tendent à s’y conformer, tandis que les élèves d’origine favorisée cherchent plutôt à s’en démarquer lorsque ceux-ci suivent les orientations les moins sélectives.

 

Estime de soi et orientation

 

Enfin, la moindre estime de soi scolaire liée à l’origine sociale n’est due ni au label "Education Prioritaire", ni à la notation des enseignants, ni à un environnement scolaire plus compétitif. On peut, en revanche, y voir l’effet des stéréotypes

associés à l’origine sociale. Les données de cette étude suggèrent que l’estime de soi contribue à expliquer en partie les écarts de préférence d’orientation selon l’origine sociale.

 

Sandrine Damie

 

Télécharger l'étude :  http://www.sciencespo.fr/liepp/sites/sciencespo.fr.liepp/files/Rapport-LIEPP-3_AUTOCENSURE_logosPartenaires_0.pdf