Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Pierre Lamblin

Directeur du département Etudes et Recherche de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres)
Date de l'interview : 11/12/2014

Trois fonctions rassemblent chaque année 60 % des recrutements de cadres.

Pierre Lamblin analyse la situation du marché de l'emploi des cadres et ses tensions. Il présente également les fonctions de cadres qui recrutent le plus et les métiers en émergence.

Le marché de l’emploi des cadres est-il affecté par la crise ?

Selon notre dernière note de conjoncture, 1 entreprise sur 2 envisage de recruter un cadre au 4e trimestre 2014. C’est une situation proche de celle à la même période l’an dernier. Pour autant, les entreprises que nous avons interrogées sont davantage prudentes sur leurs possibilités de transformer leurs intentions en véritables recrutements. L’an dernier à la même période, 76 % des entreprises étaient certaines d’embaucher, elles ne sont plus que 70 %, ce qui reflète les difficultés et les incertitudes auxquelles sont confrontés les employeurs en ce moment.

Certains secteurs demeurent néanmoins très porteurs. C’est le cas notamment des activités informatiques (91 % des entreprises envisagent de recruter au moins un cadre au 4e trimestre), de l’ingénierie et R&D (80 %), de la banque-assurance (69 %) et de l’industrie (52 %).

Quels sont les métiers de cadres qui recrutent le plus ?

Il faut noter que deux tiers des embauches de cadres se font dans les services, c’est quelque chose de très structurant. On peut ensuite distinguer trois fonctions "locomotives", qui rassemblent chaque année 60 % des recrutements de cadres. Il s’agit des fonctions commerciale-marketing, informatique et études et recherche.

Indépendamment de la situation économique, ces trois fonctions restent très pourvoyeuses d’emplois cadres et le demeureront à l’avenir. Il y a des raisons à cela. La fonction informatique, qui représentent 35 000 à 40 000 recrutements de cadres par an (dont 75 % en Ile-de-France), est portée par le fort développement des services informatiques en France, où l'on trouve à la fois de très grandes entreprises de services et une multitude de PME du numérique. La fonction commerciale (entre 35 000 et 40 000 recrutements par an) est quant à elle le "nerf de la guerre" pour les entreprises, qui auront toujours besoin d’une force de vente pour se développer et pénétrer de nouveaux marchés en France et à l'étranger. Enfin, la fonction d’études et de recherche (autour de 30 000 recrutements par an) bénéficie des importants efforts d’innovation de la France.

Les "métiers émergents" représentent-ils aussi des opportunités d’emploi pour les cadres ?

Les métiers en émergence sont davantage des métiers en transformation que de nouveaux métiers. Bien sûr, de nouveaux métiers sont amenés à apparaître, mais ils sont relativement rares et il est très difficile de les prévoir à 10 ou 15 ans. Qui aurait pu imaginer le métier de "community manager" il y a quelques années de cela ? En réalité, l’ensemble des métiers de cadres se transforment, évoluent. Toutes les fonctions, informatique, mais aussi RH, commerciale… sont affectées par ces changements et, dans les métiers afférents, les cadres doivent maîtriser une palette de compétences plus large qu'auparavant, telles que la capacité à travailler en interdisciplinarité ou celle de développer un réseau.

L’Apec a publié en 2013 un référentiel qui recense une soixantaine de métiers en émergence. Certains métiers peuvent constituer des opportunités importantes en matière de recrutement. Un travail en cours de finalisation permettra de distinguer, parmi tous ces métiers dits émergents, ceux en développement susceptibles de générer des recrutements importants de ceux qui devraient rester des métiers "de niche" avec de faibles volumes d’embauches.

Existe-t-il des tensions sur le marché de l’emploi cadre et comment s’expliquent-elles ?

Certains métiers cadres font face à des difficultés de recrutement, y compris dans certaines fonctions "locomotives" comme celle de l’informatique. Ces tensions s’expliquent par une conjonction de multiples facteurs. Le premier est lié au fait que les entreprises privilégient dans leurs intentions de recrutement de cadres les profils ayant entre 1 et 10 années d’expérience et donc plus immédiatement opérationnels. Elles ne trouvent pas forcément ces profils, d’autant qu’en période de mauvaise conjoncture économique les cadres sont moins enclins à changer d’emploi. Heureusement, les entreprises revoient alors souvent leurs exigences à la baisse, pour se tourner vers des profils de jeunes diplômés ou de seniors.

Il existe aussi des tensions structurelles. Certaines que les entreprises créent elles-mêmes, en privilégiant par exemple les diplômés de certaines écoles plutôt que ceux de l’université, c’est le "syndrome du clone". De l’autre côté, les jeunes diplômés n’envisagent pas toujours tous les champs des possibles et se ferment des portes. Ils peuvent ne pas vouloir travailler dans certaines régions enclavées géographiquement ou ne privilégier que les grandes entreprises au détriment des PME. Certains secteurs ou certaines fonctions ont aussi un déficit d’image. La construction est par exemple perçue comme un secteur avec encore beaucoup de pénibilité. Autre exemple : dans le secteur de l'environnement, les métiers cadres dans les domaines du traitement des déchets ou de l’eau, qui sont pourtant ceux qui recrutent le plus actuellement, attirent beaucoup moins que ceux du domaine des « énergies vertes » comme le solaire ou l’éolien.

 

Crédit photo : Rémy Lecourieux

Propos recueillis par Raphaëlle Pienne