Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Bernard Simonin

Chef du Service études, statistiques et évaluations (SESE) de la Direccte Ile-de-France
Date de l'interview : 11/12/2014

Il n’est pas aisé de définir et d’identifier les métiers qui recrutent ou qui ont des difficultés de recrutement.

Le marché du travail francilien présente des spécificités. Bernard Simonin en décrypte les particularités et analyse les métiers qui y rencontrent des difficultés de recrutement.

Quels types d’études réalise votre service et pour quelles utilisations ?

Notre service réalise de nombreux types d’études, dans des champs divers tels que l’emploi, les conditions de travail, etc. Les études et analyses que nous produisons servent à orienter les actions de la Direccte Ile-de-France (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), institution ayant pour vocation de mettre en œuvre au niveau régional la politique de l’Etat, notamment la politique de l’emploi. Nous avons aussi une mission d’information du grand public, et nos différentes publications peuvent être consultées sur le site internet de la Direccte.

Quels types d’informations publiez-vous sur l’emploi en Ile-de-France ?

Dans le champ de l’emploi, nous calculons et publions notamment tous les mois les chiffres de la demande d’emploi en Ile-de-France. Nous disposons des fichiers anonymisés des demandeurs inscrits à Pôle emploi, ce qui nous permet d’analyser très précisément l’évolution de la demande d’emploi : par territoires, par âges, etc. Nous avons par ailleurs une importante activité d’analyse des mesures des politiques de l’emploi, telles que les contrats aidés (emplois d’avenir, contrats de génération, etc.), l’apprentissage ou le contrat de professionnalisation. Enfin, à partir de sources produites par d’autres institutions telles que l’Insee ou l’Urssaf, nous analysons comment évolue le marché économique francilien.

Pouvez-vous nous décrire le marché du travail francilien et ses spécificités ?

Une des premières spécificités du marché du travail francilien est qu’il est très ouvert. C’est le plus important de France, sans comparaison. Il y a un seul marché du travail en Ile-de-France : on ne trouve pas dans la région de marché du travail qui se cantonnerait à un seul département. Ainsi, les personnes qui travaillent à la Défense peuvent résider à Paris, tout comme dans le Val-de-Marne ou le Val-d’Oise.

Le marché du travail en Ile-de-France est aussi très ouvert car il existe de fortes mobilités des actifs franciliens. Beaucoup de personnes arrivent de l’extérieur, d’autres régions ou d’autres pays, pour venir travailler en Ile-de-France. Il y a aussi beaucoup de départs. Beaucoup de jeunes diplômés trouvent leur premier emploi dans la région, puis la quittent ensuite quand ils ont des enfants, en raison notamment du coût du logement.

Enfin, une autre caractéristique importante est que les emplois en Ile-de-France sont en général plus qualifiés que dans les autres régions. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on n’y trouve pas de métiers en forte croissance accessibles à de faibles niveaux de qualification.

Certains métiers rencontrent-ils des difficultés de recrutement en Ile-de-France ?

Il n’est pas aisé de définir et d’identifier les métiers qui recrutent ou qui ont des difficultés de recrutement. On peut tout d’abord repérer les métiers avec un ratio de tension élevé, c’est-à-dire pour lesquels le flux de demandeurs d’emploi est moins important que le nombre d’offres d’emplois. Si l’on s’en tient à ce critère, qui reste très restrictif, on peut identifier des métiers à fort taux de tension, qui peuvent rencontrer des difficultés de recrutement. Ils sont beaucoup moins nombreux qu’il y a quelques années, car la crise est passée par là. Il s’agit souvent de métiers rares, de techniciens ou d’ouvriers qualifiés, souvent dans la métallurgie, l’industrie de process ou la maintenance. Les volumes de recrutement n’y sont pas importants, mais il n’y a pas non plus suffisamment de personnes qualifiées, en raison des départs à la retraite ou des reconversions.

Mais d’autres métiers, qui ne sont pas des métiers en tension, peuvent aussi rencontrer des difficultés de recrutement. Ils peuvent être repérés grâce à l’enquête annuelle « Besoins en main d’œuvre » (BMO) réalisée par Pôle emploi. Ce sont des métiers où il y a plus de demandeurs d’emploi que d’offres, mais qui rencontrent néanmoins des difficultés de recrutement pour des raisons diverses : des conditions d’emploi difficiles, des entreprises situées dans des lieux difficilement accessibles, des salaires moins élevés que ceux pratiqués dans la région. Dans certains cas, par exemple pour certaines petites entreprises de sous-traitance, il peut y avoir aussi un déficit de notoriété et la concurrence des recrutements des grandes entreprises. Il s’agit là souvent de métiers faiblement qualifiés, notamment dans l’hôtellerie-restauration, les services à la personne, le magasinage ou le transport.

Lors de ses choix d’orientation, vaut-il mieux opter pour un métier qui connaît des difficultés de recrutement ?

Selon moi, le plus important est de choisir de s’orienter vers un métier qui nous intéresse. Même si on essaye de le faire, personne ne peut vraiment prévoir quels sont les métiers qui recruteront dans 10 ans ou 15 ans et comment évoluera le marché du travail. En Ile-de-France certains secteurs, comme l’hôtellerie restauration, resteront toujours dynamiques. Dans d’autres secteurs qui perdent des emplois, comme l’industrie, il y aura aussi néanmoins toujours des métiers qui recruteront. Le marché du travail est tellement important en Ile-de-France qu’on n’y verra pas de métiers disparaître. Si bien que pour n’importe quel métier il y aura toujours du travail dans la région. Seulement, la condition de l’amour d’un métier et la volonté de faire ce métier fait qu’on acceptera plus facilement les évolutions qu’il pourra connaître à l’avenir.

 

Propos recueillis par Raphaëlle Pienne