Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Samy Garbaa

Responsable de service statistiques et enquêtes à la Direction des statistiques études et évaluations à la Direction régionale de Pôle emploi Ile-de-France
Date de l'interview : 11/12/2014

Les enquêtes BMO permettent d’identifier certains métiers pour lesquels les besoins sont forts et pérennes.

L'enquête "Besoins en main d'œuvre" (BMO) mesure chaque année les intentions de recrutement par régions. Samy Garbaa présente les caractéristiques de l'enquête et analyse ses résultats pour le marché du travail francilien.

Qu’est-ce que l’enquête Besoins en main d’œuvre (BMO) ?

L'enquête BMO est menée chaque année au niveau national par l’ensemble des Directions régionales de Pôle emploi, avec l’appui du Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie). Elle mobilise l’ensemble des établissements de chaque région, afin de mesurer leurs intentions d’embauches pour l’année à venir. Son objectif est d'obtenir une image réaliste des recrutements envisagés. Il peut s’agir de créations nettes d’emploi, mais aussi de remplacements ou d’embauches surnuméraires afin de répondre à des besoins saisonniers ou à des besoins spécifiques dans l’année. L’enquête BMO récolte également des données plus fines, pour connaître notamment les métiers où les besoins sont importants et ceux confrontés à des difficultés de recrutement, ainsi que la typologie des entreprises (taille, secteur d’activité…) qui ont des difficultés à recruter.

Comment l’enquête est-elle réalisée ?

Il s’agit d’une enquête assez lourde en termes de méthodologie et d’organisation. Elle se déroule en trois temps. Un questionnaire papier, ou dans certains cas un questionnaire électronique, est d’abord envoyé à l’ensemble des établissements de la région. En Ile-de-France, près de 430 000 établissements sont ainsi sollicités, qui représentent l’ensemble de l’emploi francilien : secteur privé, mais aussi agriculture et fonction publique. Une seconde étape de l’enquête consiste à effectuer une relance téléphonique des établissements, afin d’obtenir un volume de réponses permettant d’avoir des résultats représentatifs par bassin d’emploi, par secteur d’activité et par taille d’établissements. Enfin, la dernière étape est l’analyse et le retraitement des résultats.

Comment sont utilisés les résultats de l’enquête BMO ?

C'est d'abord une information pour les demandeurs d’emploi, qui peuvent se positionner sur les métiers où il existe une demande, dans les territoires où ils sont mobiles. Sur le portail dédié à l'enquête, un outil permet d’identifier les projets de recrutement pour chaque métier par bassin d’emploi, puis de sélectionner un métier pour obtenir la liste des offres d’emploi lui correspondant. Les résultats de l’enquête BMO sont également utilisés par les conseillers de Pôle emploi : ils permettent d’identifier les trajectoires possibles lorsqu’ils font le suivi de leurs portefeuilles de demandeurs d’emploi et de proposer des possibilités de réorientation ou de reconversion lors des entretiens de bilan. Enfin, Pôle emploi et les acteurs de la formation en région s’appuient sur l’enquête BMO, afin de sélectionner des métiers prioritaires pour leurs achats de formation. Les résultats de l’enquête permettent en effet d’identifier des métiers en tension, où il existe un déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché du travail.

D’après l’enquête, quels sont les secteurs qui recrutent le plus en Ile-de-France ?

En Ile-de-France, les services sont très dominants, notamment les "services scientifiques, techniques, administratifs et de soutien" en raison de la présence de nombreux sièges sociaux d’entreprises. Mais il existe des différences entre les territoires. Les services mentionnés sont concentrés à Paris (75), dans les Hauts-de-Seine (92), en Seine-Saint-Denis (93) et, aussi, dans une partie des Yvelines (78). L’hôtellerie-restauration est un autre secteur d’activité représentatif de la région, concentré notamment à Paris, à Marne la Vallée, en raison de la présence d’Eurodisney, et dans d’autres zones plus périphériques comme Provins ou Versailles. On peut citer également la construction, les services à la personne, les services aux entreprises (nettoyage, sécurité…), le commerce (à Paris et en petite couronne), ainsi que le transport et la logistique (en Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne et dans l’Essonne).

Quels sont les métiers qui rassemblent-le plus de projets de recrutement dans la région ?

En conformité avec les secteurs cités, les métiers rassemblant le plus de projets de recrutement dans l’enquête BMO de 2014 sont d’abord ceux d’ingénieurs, cadres d’études et chefs de projet du secteur informatique. Ensuite ce sont les métiers d’artistes et de professeurs d’art. Ceci est une spécificité francilienne, mais qui ne reflète pas des besoins en recrutement pérennes : il s’agit de besoins saisonniers, notamment pour de la figuration. Suivent ensuite les métiers d’apprentis et aides cuisinier, d’agents d’entretien, d’aides à domicile et aides ménagère, de professionnels des spectacles, de professionnels de l’animation socioculturelle (surtout en grande couronne), de serveurs de café et de restaurant, d’agents administratifs (télé-enquêteurs ou agents de saisie par exemple), de secrétaires, d’agents d’accueil et d’agents de sécurité.

Quels sont les métiers qui rencontrent le plus de difficultés de recrutement dans la région ?

Précisons d’abord que les difficultés sont de différentes natures. Le principal motif de difficulté évoqué par les établissements est d’abord que le profil des candidats ne correspond pas aux besoins, avant la pénurie de candidats. Viennent ensuite, bien après, les conditions de travail et le déficit d’image du métier. En Ile-de-France le métier le plus souvent associé à des difficultés de recrutement est celui d’aide ménagère et d’aide à domicile. Cela s’explique par le déficit d’image dont souffre ce métier, mais aussi par le fait que les emplois sont souvent situés dans des zones enclavées et peu accessibles en transports en commun. Les autres métiers rencontrant des difficultés de recrutement dans la région sont ceux d’ingénieurs et cadres d’études R&D dans l’informatique et l’industrie, d’employés de maison, d’ingénieurs et cadres technico-commerciaux, de conducteurs et livreurs, d’aides-soignants, de cuisiniers, d’agents de sécurité, de commerciaux, de cadres administratifs, comptables et financiers et de serveurs de café et restaurant.

Au regard des dernières enquêtes BMO, quelles sont les grandes tendances de l’emploi en Ile-de-France ?

Le marché du travail francilien était auparavant sur une tendance globalement haussière, avec une augmentation des intentions de recrutement. Notons que cela ne traduisait pas forcément des créations nettes d’emploi : il faut mettre ces déclarations de recrutement en correspondance avec les remplacements occasionnés par les départs à la retraite et la mobilité des actifs. Aujourd’hui on constate une stabilisation des intentions de recrutement, ce qui reflète une forme d’attentisme des chefs d’établissements. Les enquêtes BMO permettent aussi d’identifier certains métiers pour lesquels les besoins sont forts et pérennes. Ce sont notamment les métiers d’ingénieurs et cadres d’étude R&D dans l’informatique. On peut citer, également, l'émergence de nouveaux métiers tels que ceux de la filière numérique et les métiers en lien avec l’écodéveloppement et l’économie verte, comme les métiers de la gestion des déchets et du recyclage. La région a besoin d'investir pour promouvoir ces métiers auprès des franciliens et leur permettre d’adapter leurs compétences.

 

Propos recueillis par Raphaëlle Pienne