Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Annabelle Libeau-Dulos

Etudiante en master de traduction spécialisée (ISIT)
Date de l'interview : 25/11/2014

Je dirais que le plus grand enseignement que j’ai pu recevoir a été l’adaptabilité.

Attirée par la traduction technique, Annabelle partage avec nous son parcours de formation au sein de l'ISIT.

Quel bac avez-vous obtenu ?

J'ai effectué toute ma scolarité à Séville en Espagne. J'ai donc passé mon bac là-bas dans un lycée qui proposait le bac international (IBO). Toutefois, comme il s'agissait d'un lycée public, nous devions obligatoirement passer le bac espagnol, avec un programme légèrement différent, ce qui fait que j'ai les 2 diplômes.

Bien que les programmes soient quelque peu différents, je possède l'équivalent d'un bac S spécialité SVT/biologie avec toutefois une proportion de littérature et d'histoire plus importante que ce que l'on a en France.

Ces 2 années (en Espagne, le lycée se fait sur 2 ans au lieu de 3 en France) ont été extrêmement intenses puisque nous devions suivre 2 programmes en même temps, mais ça a vraiment valu le coup, surtout d'un point de vue humain. J'ai vraiment l'impression que cela m'a permis de développer ma curiosité envers le monde et d'apprendre à mener ma propre réflexion, de ne pas hésiter à faire les choses à ma façon.

C'est également pendant cette période que j'ai pris conscience de la différence entre les langues et surtout, du bagage culturel et de la façon de penser intrinsèque de chaque langue (enfin, dans mon cas, du français et de l'espagnol). Le déclic s'est produit en cours de littérature, lorsque j'ai acheté par erreur une version extrêmement mal traduite d'Orgueil et Préjugés, que nous étions en train d'étudier.

Quels métiers vous faisaient rêver quand vous étiez lycéen(ne) ?

Je ne savais pas trop ce que je voulais faire, je voulais voyager j'adorais la littérature, rêvais de faire du bénévolat et hésitais beaucoup entre faire de la biologie marine ou du journalisme (grand reporter, bien sûr). Difficile de choisir ! J'ai fini par me décider pour la traduction, car j'ai pensé que cela me permettait de faire un peu de tout en même temps.

Quel a été votre parcours d'études avant le master européen en traduction spécialisée ?

Après le bac, j'ai directement intégré l'ISIT en première année avec la combinaison français-anglais-espagnol. J'ai passé les examens, passé des heures sur ma lettre de motivation, puisque je n'en avais jamais écrite (et encore moins en français !) et une fois admise, je me suis installée à Paris. De ce point de vue, mon parcours et le « parcours –type » de l'ISIT : arrivée en première année, puis séjour Erasmus d'un semestre à Swansea au Pays de Galles en 3e année, stage chaque été, à chaque fois un peu plus long et dans un domaine différent

Ensuite, en 4e année nous avons choisi notre Master –Traduction et communication interculturelle ou Management international. Dans mon cas, le choix s'est imposé de lui-même puisque mon envie de devenir traductrice n'a fait que se renforcer au fur et à mesure de mon parcours.

Pourquoi avez-vous choisi cette formation de l'ISIT ?

J'ai choisi d'étudier à l'ISIT parce que je voulais tester la vie en France (une sorte de retour aux sources) et que j'ai été attirée par le caractère général de la formation et la grande variété de cours généraux visant à améliorer notre culture générale et ainsi, à avoir une solide base dans une grande variété de domaines (droit, géopolitique, économie, marketing, communication). Cela m'a paru être une approche très intéressante et sensée de la traduction.

Toutefois, le Master de traduction proposé par l'ISIT est très axé sur la communication interculturelle alors que personnellement, je préfère la traduction technique. Le METS m'est donc apparu comme une alternative plus adaptée de ce point de vue-là. De plus, bien que bilingue espagnol, je souhaitais avoir l'occasion de passer un semestre en Espagne afin de travailler de façon beaucoup plus approfondie la traduction vers l'espagnol et d'être sûre d'être capable de l'ajouter comme langue maternelle de travail (et donc de traduire vers l'espagnol et non pas seulement vers le français).

Je tenais également à repartir au Royaume-Uni car je voulais travailler mon anglais et j'apprécie beaucoup le mode d'enseignement britannique, très similaire à ce que j'ai pu connaître au lycée.

Qu'aimez-vous particulièrement dans le domaine de la traduction spécialisée ?

Ce que j'aime de la traduction spécialisée, c'est la possibilité d'approfondir les sujets sur lesquels nous travaillons. Pour traduire un texte spécialisé, il faut d'abord le comprendre, ce qui me permet de donner libre cours à ma curiosité ! Ensuite, il faut acquérir le bon jargon et adapter son style d'écriture, une sorte de mimétisme que je trouve plutôt amusant.

Bien sûr, je me trouve plus d'affinités avec la traduction scientifique, surtout biologique et médicale, mais je me suis aussi récemment découvert un grand intérêt envers la traduction juridique, que le METS m'a donné l'occasion d'approfondir en m'envoyant à l'université de Comillas à Madrid, spécialisée dans la traduction juridico-financière.

Pouvez-vous nous présenter succinctement les enseignements clés de votre formation ?

Je dirais que le plus grand enseignement que j'ai pu recevoir a été l'adaptabilité. Tant du point de vue de la traduction en elle-même que d'un point de vue relationnel. Savoir où chercher les informations nécessaire à la bonne compréhension d'un texte, adapter son style et son discours aux besoins de la traduction, tirer partie de n'importe quelle situation, se présenter le mieux possible, prendre la parole en public, répondre aux attentes d'un maître de stage (et plus tard d'un employeur ou d'un client), tenir compte des différences entre les langues et les cultures… Dans le cas du METS, la nécessité de savoir s'adapter est évidente car le rythme de vie, la façon de penser, les méthodes de travail et les attentes des professeurs ne sont pas forcément les mêmes que ce à quoi j'ai été habituée à l'ISIT.

Le respect des autres, l'empathie et la patience sont essentiels. Même entre des cultures proches, comme la France, l'Espagne et le Royaume-Uni, nous ne pensons pas tous de la même manière et bon nombre de ces différences ne sont pas forcément visibles au premier abord. Au début, il se produit forcément une incompréhension, avant même de s'apercevoir qu'elle est provoquée par des différences culturelles ou par la façon de penser inhérente à une culture et à sa langue. Le METS et en général, le fait de vivre dans différents pays, permet d'apprendre qu'il faut toujours essayer de comprendre le pourquoi du comment des choses, de se mettre à la place des autres et de ne pas porter de jugements hâtifs.

Ensuite, je citerais les langues, bien sûr ! Ça reste notre outil de travail principal. Et parmi elles, la langue maternelle car pour traduire, il faut avant tout dominer à la perfection sa propre langue. C'est bien pour ça que j'ai tenu à retourner en Espagne, pour pouvoir améliorer mes capacités rédactionnelles dans cette langue, bien qu'ayant grandi dans ce pays.

Quelles sont les qualités à avoir pour réussir dans la traduction spécialisée ?

La rigueur est à ne pas négliger. Le traducteur doit répondre à de nombreuses exigences : il doit transmettre le message du texte original sans le changer ou le moduler, faire attention au format et à la mise en page, s'exprimer dans un français parfait, respecter les délais qui lui sont imposés… tous les détails comptent, en somme.

J'en ai déjà beaucoup parlé mais pour moi, la curiosité est fondamentale et c'est quelque chose dont j'ai été amenée à prendre conscience au cours de ma formation, où j'ai pratiquement toujours été encouragée à me diriger vers les domaines qui m'intéressaient vraiment, quitte à avoir un parcours inhabituel. Au final, si l'on aime ce en quoi on travaille, on aura toujours plus de chance de le faire bien !

Quelles compétences développez-vous au cours de cette formation ?

Si vous voulez parler des compétences concrètes, elles dépendent beaucoup des universités et des choix de chacun. Dans mon cas, je suis principalement des cours de traduction juridique, institutionnelle et financière avec des cours plus généraux de droit international et commerce et investissements internationaux. A partir du mois de janvier, je serai à Swansea et ces cours changeront. A priori, j'ai l'intention de suivre un cours de littérature et des cours de traduction technique si celle-ci est suffisamment axée sur le domaine scientifique. Sinon, je choisirai des cours plus axés sur le journalisme et les relations internationales.

Bien entendu, les outils informatiques sont très présents, que ce soit la traduction assistée par ordinateur (TRADOS), exposés et prise de parole en public… J'ai aussi la chance de pouvoir faire un stage à Madrid, qui me permet de voir le fonctionnement d'une agence de traduction et d'apprendre à gérer des projets de traduction plus importants, de faire des factures… ce qui me sera sans aucun doute extrêmement utile plus tard.

Quelle est la part donnée au stage / à une immersion en entreprise ?

Comme je l'ai dit, j'ai la chance de faire un stage en plus de mes cours à Madrid, mais je ne pense pas que ce soit la norme au METS, il s'agit plutôt d'une politique de l'université de Comillas. C'est même ce qui a poussé certains de mes camarades de l'ISIT (ou nous faisons un stage de 6 mois ou année d'alternance en dernière année de Master) à ne pas postuler pour le METS. C'est peut-être là l'une des lacunes du programme, mais rien ne nous empêche d'en faire un après !

Je n'avais pas prévu de faire de stage, mais c'est finalement une très bonne expérience : j'entretiens de très bons rapports avec mes collègues et j'ai vraiment l'impression d'apprendre et de m'améliorer tous les jours. Comme j'ai cours tous les matins de 8 h 30 à 14 h 30 et passe ensuite 2 heures tous les après-midis dans cette agence de traduction, à l'exception du mercredi où j'y passe toute la journée. Je n'ai pour l'instant aucun regret d'avoir suivi les conseils de Comillas et d'avoir pris cette option.

Quels sont les débouchés possibles de ce master européen ?

 Là aussi, cela dépend beaucoup des universités et donc des spécialisations choisies. Certaines de mes camarades voulaient, par exemple, absolument faire du sous-titrage en Allemagne ou de la traduction institutionnelle à Bruxelles pour tenter les concours de la Commission européenne. Il est certain qu'avoir fait le METS est un atout important, en particulier pour tout ce qui à trait à la Commission européenne puisqu'elle soutient et reconnaît le programme et en général pour toutes les organisations internationales.

Je pense aussi que ce master nous permettra de trouver plus facilement un poste à l'étranger, parce que nous aurons déjà eu cette expérience et « prouvé » notre capacité à nous adapter à ce genre de situation. Sans compter le plus que cela représente au niveau des langues.

Enfin, le METS semble assez reconnu et apprécié dans le milieu de la traduction et nous aidera sans aucun doute dans nos premiers contrats auprès d'agences ou d'entreprises de traduction.

A titre personnel, quel type de poste visez-vous à la sortie du master ?

Je souhaite devenir traductrice free-lance ou décrocher un poste dans une agence, même si c'est assez rare, soit en Espagne, soit dans un pays anglophone. Je préfèrerais bien entendu travailler en agence, car cela me permettrait de continuer d'apprendre un peu plus les ficelles du métier avant de me lancer toute seule. Comme je le disais, le fait d'avoir fait le METS sera sans nul doute un plus dans cette recherche. Comme l'interprétation me fascine de plus en plus, j'ai l'intention de tenter un master d'interprétation dans quelques années, mais ce sera pour plus tard !

Propos recueillis par Sandrine Damie