Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Jean-François Balaudé

Président de l'université Paris Ouest Nanterre La Défense
Date de l'interview : 17/06/2014

A partir de l'année 2014/2015, tous les étudiants de licence de l'université se verront proposer des cours transversaux (grands repères, initiation à l'entrepreneuriat, langues pour non spécialistes, notamment) qui auront vocation à être dispensés pour partie sous forme médiatisée.

L'université Paris Ouest Nanterre La Défense est engagée depuis déjà de nombreuses années dans les cours numériques sous différentes formes. Son Président, Jean-François Balaudé, évoque l'implication de l'université dans la plateforme FUN.

Votre université s'est engagée dès le début sur la plateforme FUN. Quelles sont vos motivations à évoluer vers des cours numériques ?

L'université Paris Ouest Nanterre La Défense est engagée depuis déjà de nombreuses années dans les cours numériques sous différentes formes. Tout d'abord, nous proposons une offre importante d'enseignement à distance pour des diplômes de la licence (en philosophie, histoire, lettres, allemand, anglais, espagnol, humanités) au master (philosophie, histoire, espagnol) en passant par des diplômes universitaires plus spécifiques (compétences en langues anciennes ; humanités, droit, gestion ; savoir convaincre). Cette offre va encore s'enrichir dans les années à venir.

Ensuite, nous développons de plus en plus des modules numériques au sein des formations "classiques" : à partir de l'année 2014/2015, tous les étudiants de licence de l'université se verront proposer des cours transversaux (grands repères, initiation à l'entrepreneuriat, langues pour non spécialistes, notamment) qui auront vocation à être dispensés pour partie sous forme médiatisée. Enfin, les enseignants sont de plus en plus invités à introduire la prise en compte du numérique dans leurs cours : des formations sont délivrées à cet effet et le service de l'enseignement à distance et de la pédagogie numérique est voué à être encore renforcé. C'est dans ce contexte global qu'il faut comprendre l'émergence des MOOCs au sein de notre université, qui sont, si l'on veut, la pointe émergée de l'iceberg.

Quels ont été les moyens humains, techniques et financiers nécessaires pour développer les MOOC de votre université ?

Deux MOOCs de 12 séances ont été proposées par l'université de janvier à juin 2014, l'un en philosophie (Philosophie et modes de vie : de Socrate à Michel Foucauld et Pierre Hadot) et l'autre en histoire (La Grande Guerre à travers ses archives, s'appuyant sur les fonds de la Bibliothèque documentaire internationale contemporaine). 

Sur l'aspect des contenus pédagogiques, pour le MOOC de philosophie, 5 enseignants ont été mobilisés ainsi qu'une enseignante-tutrice pour la modération du forum, et pour le MOOC histoire, 5 enseignants ont également été mobilisés, 2 enseignants-tuteurs pour le forum et 3 conservateurs de la Bibliothèque documentaire internationale contemporaine, avec une répartition du travail entre les 12 séances, et en s'appuyant sur les savoirs-faire de chacun en matière technique et pédagogique.

Sur la dimension proprement technique, une ingénieure pédagogique s'est consacrée presque à plein temps à l'accompagnement de l'ensemble des séances. S'ajoutent 3 techniciens (enregistrement des vidéos, montage) qui ont permis la réalisation des films.

D'un point de vue financier, mis à part le paiement de vacations pour les tuteurs (24 h équivalent TD pour chaque MOOC), l'université s'est contentée, pour cette année, de s'appuyer sur les forces techniques existantes, sur un réaménagement avec les moyens du bord du studio d'enregistrement et sur le bénévolat des enseignants. Nous avons pu nous rendre compte du temps de travail que cela représentait ! Sur la base d'une estimation du coût global, pour les prochains MOOCs nous procéderons aux recrutements nécessaires au sein du service technique et au paiement des enseignants sur la base d'un référentielNous comptons beaucoup sur les soutiens ministériels, tant sur la partie technique (appel à projet CreaMOOC) que sur la partie création de postes.

Quelles ont été les étapes de cette mise en oeuvre ?

Les choses se sont faites très vite. Nous réfléchissions déjà à l'hypothèse de produire des MOOCs à l'université avant que le ministère ne lance son initiative, mais la constitution du projet France Université Numérique a été pour nous un accélérateur. Un peu avant l'été 2013, le cabinet de la ministre nous a proposé de faire partie des premiers établissements de la plateforme, nous avons vérifié auprès de collègues en philosophie et en histoire que nous pouvions compter sur leur engagement, et nous avons été ainsi l'une des rares universités, en sciences humaines qui plus est, à nous lancer dans l'aventure.

Ensuite, tout est allé très vite : définition du plan du cours et répartition des séances dans l'été 2013, premières réunions de présentation du calendrier de travail dès la rentrée 2013, élaboration du contenu pédagogique avant noël 2013, enregistrement et montage au long cours de janvier à avril 2014, alors même que les séances étaient ouvertes hebdomadairement. Ce fut une véritable course contre la montre que nous ne souhaitons pas reproduire, et nous veillerons désormais à produire les contenus finalisés plus en amont. Mais le résultat fut, malgré tout, très satisfaisant, et en tout cas nous assura un franc succès en nombre d'inscriptions.

Quelles sont les thématiques couvertes par vos MOOC ?

Partant de spécialités particulièrement reconnues du point de vue national, nous avons proposé deux MOOCs en sciences humaines, l'un en philosophie et l'autre en histoire. Le MOOC de philosophie, qui eut un très grand succès, proposait une traversée de l'histoire de la philosophie, s'attardant surtout sur le modèle antique de la philosophie comme mode de vie et sur la pérennité de ce modèle jusqu'à aujourd'hui. Le MOOC d'histoire, qui fut également très suivi, s'arrêtait sur les grandes questions posées par la Grande Guerre de 1914-1918, en cette année du Centenaire, et mettait à disposition des inscrits des documents numérisés, dont certains étaient inédits.         

Aujourd'hui combien de personnes sont inscrites ?

Les cours sont désormais fermées à l'inscription. Il y eut près de 18 000 inscrits au MOOC philosophie, 2e plus grand nombre d'inscription de la plateforme FUN, et près de 10 000 inscrits au MOOC histoire. 

Quels sont, selon vous, les atouts d'un MOOC, pour les étudiants ?

Nous avons avant tout conçu nos MOOCs comme une première approche grand public de questionnements généraux. A ce titre, un étudiant pourra y trouver une forme d'initiation aux disciplines, aux problématiques philosophiques, d'une part, et à la méthodologie historique, d'autre part. Ils peuvent également être approfondis grâce aux bibliographies.

D'une manière générale, un MOOC est plutôt un instrument de l'autoformation : c'est ce qui en fait sa force, car il développe une forme d'autonomie dans l'apprentissage, mais aussi ses limites, car on peut souvent se fourvoyer quand on apprend seul. C'est pourquoi l'idée de classes inversées, qui consistent à partir d'un visionnage solitaire des MOOCs pour retrouver un enseignant en classe et échanger avec lui sur le contenu, peut être un bon moyen de concilier les deux dimensions, autonomie et bénéfice de la compétence d'un enseignant.

Quelle place comptez-vous donner à l'avenir au MOOC dans votre offre globale de formation ?

Les MOOCs participent avant tout, selon nous, de l'une des missions du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche ; celle de la diffusion de la connaissance auprès du plus grand nombre. On pourra parler de formation tout au long de la vie ou d'éducation permanente et populaire, avec des apprenants plus que des "étudiants" à proprement parler. Il s'agit donc d'un format adapté à un public spécifique, avec, à ce stade, aucun projet de diplôme, ni même de certificat. Deux pistes pourront néanmoins être étudiées. D'une part, il s'agira de voir comment l'université pourra proposer des MOOCs dans le cadre de la formation continue, à destination de professionnels désireux d'acquérir de nouvelles compétences sans avoir la disponibilité pour suivre des cours en présentiel. D'autre part, l'hypothèse de classes inversés sur la base de MOOCs existants pourra également être creusée. Mais il faut bien avoir à l'esprit que les MOOCs ne représenteront vraisemblablement qu'une toute petite partie de l'enseignement à venir, et même de l'enseignement numérique ! C'est en tout cas une expérience tout à fait intéressante et dont nous allons continuer à explorer toutes les potentialités.

Propos recueillis par Sandrine Damie