Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Christine Lorre

Conservatrice du département d'archéologie comparée du Musée d'archéologie nationale - Domaine national de Saint-Germain-en-Laye
Date de l'interview : 11/06/2014

J'avais du goût pour plusieurs spécialités mais je crois que ce sont les personnalités de Christiane Desroches-Noblecourt et Jean-Louis de Cénival enseignant à l'Ecole du Louvre, et de Jean Leclant assurant un intérim à la Sorbonne, qui m'ont définitivement attirée vers l'égyptologie.

Cette archéologue devenue conservatrice de musée revient pour nous sur son parcours riche d'archéologue passionnée par les civilisations anciennes).

Après le bac, quel a été votre parcours de formation ?

Après le bac, j'ai étudié en classe préparatoire puis j'ai intégré la licence d'Histoire de l'université de la Sorbonne avec cours d'histoire et d'épigraphie de l'Egypte ancienne pour majeures, en même temps que je commençais ma scolarité à l'Ecole du Louvre en choisissant la spécialité "archéologie égyptienne". Parallèlement, j'ai obtenu une maîtrise de conservation et de mise en valeur du patrimoine à la Sorbonne puis j'ai suivi plusieurs formations complémentaires, en épigraphie égyptienne, méthodologie archéologique, techniques de relevé et dessin archéologique.

Pourquoi aviez-vous complété votre diplôme de l'Ecole du Louvre par un master à l'université ?

J'ai d'abord et avant tout du goût pour l'histoire. J'ai plutôt considéré ces 2 formations comme strictement parallèles et se complétant parfaitement. M'intéressant d'abord aux civilisations sous tous leurs aspects, il ne me serait pas venu à l'idée de n'étudier que l'histoire de l'art et l'archéologie, sans une mise en perspective plus globale. Les cours d'égyptologie de l'EDL étaient d'ailleurs conçus dans cet esprit.

En 1990, vous avez suivi une nouvelle formation au sein de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Pourquoi avez-vous repris vos études ?

Je n'ai pas réussi à trouver un poste directement en rapport avec l'archéologie. Aussi, pendant 7 ans j'ai exercé le métier de documentaliste au sein du ministère de la Culture après avoir passé le concours : bibliothèque de l'Ecole du Louvre, service départemental  d'archives, conservation régionale des monuments historiques, Archives nationales.

Après un voyage extraordinaire en Egypte fin 1989, j'ai décidé de ne pas renoncer à ma spécialité et de reprendre mes études parce qu'en tant que fonctionnaire d'Etat, je pouvais bénéficier d'un congé-formation rémunéré : j'ai obtenu un DEA  à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, consacré à la naissance de l'architecture de pierre en Egypte ancienne. Le fait de renouer avec ma spécialité m'a aussi permis de présenter et réussir le concours des conservateurs. Et c'est grâce à ma spécialité que j'ai eu le poste du MAN : le département conserve une importante collection prédynastique égyptienne.

Au cours de votre cursus, vous vous étiez spécialisée dans l'étude de l'archéologie égyptienne. Qu'est-ce- qui vous attirait dans cette période ?

J'avais du goût pour plusieurs spécialités mais je crois que ce sont les personnalités de Christiane Desroches-Noblecourt et Jean-Louis de Cénival enseignant à l'Ecole du Louvre, et de Jean Leclant assurant un intérim à la Sorbonne, qui m'ont définitivement attirée vers l'égyptologie. 

Avez-vous participé à des chantiers de fouilles durant vos études ? Si oui, auxquels ?

J'ai commencé à fouiller chaque été à partir de 17 ans, d'abord sur des chantiers d'archéologie gallo-romaine (à Dournazac dans le Limousin, à Saintes en Charente-Maritime et à Vouneuil-sous-Biard dans la Vienne) puis rapidement sur des sites de l'âge du Bronze et du Fer de la région Poitou-Charentes en raison de mes origines familiales et de mon goût pour cette région.

Quel a été votre premier poste/mission d'archéologue ?

Mon premier "vrai" poste d'archéologue était celui de technicien de fouille responsable de secteur sur le chantier d'archéologie préventive de la future centrale nucléaire de Civaux dans la Vienne où j'ai passé 4 mois en 1982 pour commencer à dégager des enclos de l'âge du Fer.

A quoi ressemblait alors votre quotidien professionnel (rythme, mission, activités, etc.) ?

Sous la responsabilité d'un chargé de recherche au CNRS, je participais avec 3 autres collègues à l'organisation et au suivi du travail de terrain quotidien: recrutement de fouilleurs bénévoles, organisation de la maison de fouille, responsabilité du matériel de fouille et de son entretien, répartition du travail, définition des priorités de fouille et relevés sur le terrain, contrôle des structures et du matériel mis au jour, tri et enregistrement du matériel, supervision de son nettoyage et de son conditionnement, classement des relevés et tous documents liés à la fouille et à l'enregistrement des découvertes. Il ne faut pas oublier qu'au début des années 1980, l'enregistrement des données s'effectuait encore de manière traditionnelle sur papier et non systématiquement informatisé.

Aujourd'hui vous êtes conservatrice du département d'archéologie comparée du MAN (Saint-Germain-en-Laye). Quelles sont vos principales missions ?

Mes tâches quotidiennes sont extrêmement variées : de la manutention de caisses d'objets à la préparation d'une exposition, en passant par la mise à disposition de matériel archéologique pour des chercheurs ou des étudiants, la préparation de campagnes de restauration ou de photographie, en fonction ou non de projets d'étude ou d'exposition, l'enregistrement informatisé des objets dans la base de données du musée, la rédaction de notices d'objets pour un catalogue ou d'article pour une revue scientifique/grand public, le convoiement d'objets empruntés pour des expositions en France ou à l'étranger, l'aménagement ou le changement des vitrines d'exposition permanente de la salle d'archéologie comparée, la collaboration avec le service du développement culturel, etc.

Continuez-vous à mener des fouilles archéologiques ?

Oui, après une période d'interruption en arrivant au MAN, j'ai pu repartir fouiller à Gaza, en Egypte et maintenant en Azerbaïdjan, dans le cadre d'un programme de recherche sur le passage de l'âge du Bronze à l'âge du Fer dans le sud du Caucase. J'ai toujours veillé à fouiller sur des terrains en relation avec ce dont je m'occupe au quotidien au musée.

Qu'aimez-vous particulièrement dans votre métier ?

La variété des tâches, la surprise des découvertes, y compris dans la réserve du département, le contact avec les spécialistes d'horizons très divers (sciences "dures" pour les analyses  et sciences humaines, spécialistes étrangers en raison de la nature des collections de ce département si singulier au sein du MAN, etc.), le travail en équipe pour faire aboutir un projet d'exposition, de publication ou de recherche.

Au delà des compétences techniques et des connaissances culturelles, quelles sont les qualités attendues d'un(e) archéologue ?

La patience, le sens de l'observation et du raisonnement, le sens de l'organisation, la capacité à s'adapter et rebondir si les résultats ne sont pas "immédiats", le sens de la diplomatie pour faciliter le travail en équipe et à l'étranger, au sens propre, pour faire fonctionner les projets de coopération...

Quels conseils pourriez-vous donner à un(e) jeune tenté(e) par ce métier ?

La persévérance, la volonté de "multiplier les cordes à son arc" pour se rendre "indispensable" en ayant une spécialité (rare) en plus d'une excellente formation générale.

Propos recueillis par Sandrine Damie