Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Jessica Vidal

Professeur de français, Aulnay-sous-Bois (93)
Date de l'interview : 02/12/2013

Chaque élève est unique, chaque heure de cours aussi, on a toujours quelque chose à apprendre.

Jessica Vidal enseigne le français, le latin et le grec ancien dans un collège d'Aulnay-sous-Bois (93). Elle évoque avec nous son entrée dans le métier et son quotidien.

Quel a été votre parcours de formation ? 

J'ai suivi un parcours "classique" : bac L, classe prépa littéraire, puis licence et maîtrise de lettres classiques (spécialité : linguistique grecque, qui est un peu plus rare). Ensuite j'ai terminé mon master 2 de lettres classiques, avec en parallèle une licence de FLE (Français Langue Etrangère) pour éventuellement enseigner aux élèves non francophones). En 2006, j'ai obtenu le CAPES de lettres classiques (qui n'existe plus depuis 2012) puis j'ai enchaîné par l'agrégation de grammaire, que j'ai obtenue en 2007.

Quelle vision aviez-vous de l'enseignant au collège avant de devenir professeur ?

Comme bien des gens, avant d'enseigner, je croyais savoir ce qu'était le métier de professeur, et j'ai découvert que ma vision ne correspondait pas vraiment à la réalité. Pas de manuel parfait, pas de cours tout préparé : tout est à créer pour permettre aux élèves de comprendre une matière et d'acquérir culture et connaissances.

J'ai découvert que savoir quelque chose ne suffisait pas ; il faut aussi savoir l'enseigner, essayer de faire passer son propre intérêt, sa passion même, pour ses matières (j'en enseigne 3 : le français, le latin et le grec ancien). Et le cours "modèle" n'existe pas car il y a des élèves en face, avec des réactions et des questions imprévues, souvent plus intéressantes que ce que j'avais imaginé au départ, et qui rendent un cours vivant.

Quels souvenirs gardez-vous de vos premières heures de cours "en solo" ?

Mes toutes premières heures devant élèves étaient un tutorat de latin à la fac mais cela ressemblait beaucoup à des cours de soutien, avec un petit groupe d'étudiants attentif. Ensuite, pendant mon année de stage, j'ai eu ma première "vraie classe" : une seconde européenne, un peu bavarde mais très motivée.

Je me souviens encore le tout premier appel, le jour de la rentrée : j'avais l'impression de ne pas savoir ce que je faisais (fiche de renseignement ou pas, explication du programme de l'année ou pas…?). Donc j'ai choisi de commencer un cours tout de suite, avec un texte à étudier. Je crois que les élèves s'attendaient à tout car ils étaient passés au lycée et on leur martèle que c'est un grand changement, donc ils ont simplement fait ce que je leur demandais !

En dehors des cours, quelles sont les activités d'un professeur de français ?

Le temps de préparation d'un cours est assez variable. Pour une heure de cours, je dois passer entre 30 minutes et 2 h de préparation.

La correction des copies dépend elle aussi du sujet à corriger : les rédactions prennent beaucoup plus de temps que des exercices de grammaire, et en latin, les copies de civilisation des 3e sont beaucoup plus longues à corriger qu'un tableau de déclinaison de 5e par exemple.

Pour les heures de projet, elles prennent le même temps de préparation qu'un cours lambda, mais il faut le faire avec les collègues du projet, donc souvent au collège.

Le plus long reste la préparation d'un voyage scolaire, notamment lorsqu'il faut présenter plusieurs dossiers exhaustifs pour obtenir des aides financières pour les élèves.

Les autres activités sont bien sûr la rencontre avec les parents, les conseils de classe, les réunions pédagogiques, parfois des stages de formation, des conférences, et une très grande propension à rapporter n'importe quelle lecture ou sortie culturelle personnelle à la sempiternelle question : "Comment puis-je me servir de ce livre / cette sortie en classe ?".

Maintenant que vous avez l'expérience du terrain, quels conseils pourriez-vous donner à un jeune en cursus littéraire attiré par l'enseignement ?

Se demander si on aime avoir des connaissances ou en apporter aux autres, car les personnes les plus savantes ne font pas nécessairement les meilleurs profs. Ensuite, avoir une grande dose d'énergie, car on donne beaucoup (et on reçoit beaucoup aussi !).

Il faut aussi se dire qu'un prof expérimente tout au long de sa carrière, apprend tout au long de sa vie son métier. Même le prof le plus expérimenté peut se trouver confronté à une situation inconnue : le plus important reste d'en parler et de ne pas se renfermer en pensant qu'on est un mauvais prof. 

Chaque élève est unique, chaque heure de cours aussi, on a toujours quelque chose à apprendre.

Finalement, peut-être que le conseil le plus important serait de ne pas se décourager, car si on aime enseigner, il y aura toujours un moment de grâce où un élève aura une illumination sur le visage après avoir compris quelque chose. Et ce moment-là efface toutes les heures de travail, toutes les difficultés et les tracas du métier.

 

Propos recueillis par Sandrine Damie