Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Hervé Baudry

Peintre, Illustrateur, Paris 18e (75)
Date de l'interview : 02/07/2013

J’aime la complémentarité entre l’illustration, plus cadrée, et la peinture, mon espace de liberté.

Autodidacte et curieux, Hervé Baudry vit aujourd’hui de son métier d’illustrateur et de la peinture, deux activités qu’il juge complémentaires. Il travaille à la fois pour la presse, la télévision et les entreprises, quand il ne vend pas de tableaux.

Vous êtes à la fois peintre et illustrateur. Par quoi avez-vous débuté ?          

Je dessinais depuis tout petit et j’ai publié mes premiers dessins de presse dans la PQR (presse quotidienne régionale, NDR) en Bourgogne. Je faisais alors des dessins s’inspirant de l’actualité à côté de mon travail dans une administration, et j’ai eu la chance d’avoir un voisin journaliste qui s’y est intéressé. Puis, j’ai rencontré des professionnels de FR3 (ancien nom de France3) Bourgogne, qui m’ont proposé de faire des dessins d’actualité en direct. Le contexte était favorable car il y avait plusieurs ministres bourguignons dans le gouvernement à l’époque où Mitterrand était président. Je poursuis cette activité aujourd’hui sur Public Sénat,  tous les mercredis soir à 22 h15.

La peinture est-elle pour vous une activité secondaire ?

Elle est venue après le dessin, en autodidacte, vers l’âge de 22 ans, mais elle n’est pas secondaire. Les deux sont intimement liés. J’aime la complémentarité entre l’illustration, plus cadrée, et la peinture, mon espace de liberté. Le dessin est éphémère. Le tableau reste. La peinture induit une autre dimension, un autre rapport au temps. Je vais m’y consacrer pleinement dans les semaines qui viennent, car la saison télé se termine bientôt du côté de Public Sénat et que je prépare actuellement une exposition pour l’été.

Quel a été votre parcours d’études ?

J’ai appris à dessiner des routes, des ponts en passant des diplômes professionnels (CAP/BEP) en dessin dans le domaine du génie civil à Dijon. J’ai ensuite décroché un concours de catégorie C pour entrer dans l’administration, où j’ai travaillé tout en faisant des illustrations pour la PQR. J’ai évolué en interne, en me formant notamment à la PAO (publication assistée par ordinateur, NDR) et j’ai pris un poste à la communication du ministère de l’Equipement, à Paris. J’ai alors eu envie de profiter de tous les possibles ! J’ai commencé à travailler comme illustrateur pour la presse d’entreprise, le soir après le travail. Après avoir également vendu quelques peintures, je me suis décidé à sauter le pas : vivre de l’illustration et de la peinture ! Je me suis mis en disponibilité le temps de voir quels étaient mes revenus. Ce filet m’a rassuré.

Quelles ont été les évolutions du métier d’illustrateur depuis que vous le pratiquez ?

Avant, on envoyait les dessins par la poste, puis le fax et arrivé et enfin l’ordinateur et les courriers électroniques. De nouveaux logiciels ont aussi simplifié le métier. Il faut se former tout le temps. Maintenant, on a la possibilité d’animer les dessins, de faire arriver des bulles, de scénariser. Il ne s’agit plus simplement de « coucher » une idée sur le papier. Cela me permet aussi de toucher de nouveaux clients plus rémunérateurs. La presse d’entreprise met du beurre dans les épinards, le "corporate" étant mieux payé que la presse.

Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon illustrateur ?

La curiosité, la curiosité et la curiosité ! Et la réactivité, pour la presse en particulier. C’est différent lorsque l’on fait de l’illustration de livres, car on a plus de temps.
Ensuite, il faut savoir "réseauter" et le réseau web est très intéressant pour ça en éloignant les frontières (je travaille pour la Suisse). Il remplace la paire de baskets et le carton sous le bras. Travailler pour Rue 89 et contribuer au Huffington Post me sert de plateforme pour trouver du travail. J’anime des séminaires pour des entreprises, comme ERDF ou Orange, et également pour des collectivités locales, en illustrant les échanges.

N’est-il pas trop angoissant d’être freelance ?

C’est un régal ! Je me dis tous les matins que je suis heureux d’avoir cette vie là. C’est une liberté. Même si je dépends des gens pour travailler, je décide de mes horaires et je peux dégager du temps pour m’occuper de mes enfants ou être avec eux à la maison. De plus, on a toujours l’idée excitante de trouver un boulot sympa. On se projette. C’est très important.

Quels conseils aimeriez-vous donner à un jeune qui voudrait suivre votre trace ?

Certains n’ont pas le choix, ils ont des choses à exprimer et cela passe par le dessin ou la peinture. Si on peut faire une école, tant mieux. Mais il faut être sélectif, car il y a de tout dans les écoles !
Il faut savoir aussi qu’il n’est pas facile de vivre du dessin ou de la peinture. A Dijon, nous étions quatre copains à dessiner. Deux sont enseignants et un autre travaille à la Caf (caisse d’allocations familiales, NDR). Ils signent parfois des BD, mais ont gardé leurs jobs. La BD, c’est un peu comme un long métrage : de longs mois de travail, sans qu’on puisse forcément en vivre. Mieux vaut assurer ses arrières.

Propos recueillis par Isabel Busché