Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Frédéric Elkaïm

Spécialiste du marché de l’art
Date de l'interview : 25/06/2013

La formation de base, c’est l’histoire de l’art.

Conseiller en art, chargé de la coordination du programme « Les clés de l’art et de la collection » pour le Cercle Menus Plaisirs à Genève et fondateur du Cercle franco-suisse des collectionneurs et amateurs d’art, ancien directeur de Drouot-formation, Frédéric Elkaïm co-signe un ouvrage sur les métiers du marché de l’art (Gualino éditions- avril 2013). Des métiers de passion dans un secteur de plus en plus exigeant.

Que recouvre le secteur des « métiers du marché de l’art » ?

C’est un ensemble de professions qui tournent autour du commerce de l’art et peuvent recouper toutes les spécialités de l’art du Moyen-Age à nos jours et du bibelot à une pièce d’art contemporain. Cela va des arts plastiques aux beaux-arts, en passant par l’art déco ou l’antiquité, du livre au bibelot, du tableau ancien au tableau moderne. Ce qui est commun à l’ensemble, c’est le commerce autour de l’objet de collection. Les vins peuvent aussi en faire partie. 

Quelles sont les formations adaptées ?

Le marché futur va se professionnaliser et exiger des formations plus pointues, sachant que la formation de base, pour tout professionnel de ce secteur, c’est l’histoire de l’art.
En premier, je citerai l’Ecole du Louvre, qui a une approche encyclopédique, et en deuxième la filière universitaire en histoire de l’art. Il est possible de compléter son cursus par une école spécialisée sur le marché de l’art, comme Drouot formation, attachée à l’hôtel des ventes, l’EAC (Ecole d’arts et culture), filière marché de l’art, qui délivre des titres certifiés par l'Etat (niveau 1 et 2), et enfin l’IESA, la grande école des métiers de la culture et du marché de l’art.
Il existe aussi des masters spécialisés après des études d’histoire de l’art, l’un à Paris1-Sorbonne, l’autre à l’Ecole du Louvre et un master en droit et fiscalité du marché de l’art à Lyon 3.

Existe-t-il des autodidactes ?

Brocanteur ou marchand d’art est encore un métier qu’on peut faire en se formant sur le tas. Globalement, il relève de la tradition familiale ou de la passion. Il y a beaucoup de belles histoires de grands antiquaires parisiens, devenu chineur à 15-16 ans, puis adoubé par un professionnel. Mais les clients attendent des compétences techniques en face et en moyenne les gens indépendants et salariés sur le marché de l’art ont un niveau bac +3 /+5, avec des formations en histoire de l’art, droit, école de commerce complétée par une spécialisation sur le marché de l’art.

Le marché de l’art connaît-il la crise ?

A Drouot, on vous dira que c’est la morosité et la sinistrose. Le marché des antiquités, sauf la bibliophilie et l’archivât, vit une période grise difficile. Ce n’est plus la mode, il n’y a plus d’acheteur.
Mais pour tout ce qui est moderne et contemporain, il n’y a pas de crise. Les chiffres d’affaires globaux annuels tirent vers le haut. Dans ce domaine, il n’est pas rare de faire sa carrière à l’international, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Suisse, mais aussi en Belgique et en Chine, nouveaux Eldorado de l’art contemporain.

Qu’en est-il des débouchés ?

Il y en a d’abord dans les maisons de ventes aux enchères qui recrutent à haut niveau de compétence, des logisticiens (métiers du transports, etc), des spécialistes en art (qui ont aussi compétences commerciales pour ramener les marchandises) et des gestionnaires.
Il s’agit de spécialistes, de gens ayant des compétences commerciales en plus de l’histoire de l’art et aussi un très bon relationnel. Ensuite viennent les galeries et foires d’art contemporain, qui voient leurs chiffres d’affaires exploser. Du côté des galeries, il s’agit d’une petite économie fragile. C’est soit des indépendants soit des salariés, avec des équipes de 2 à 20 personnes maximum, sauf Christie’s ou Sotheby’s qui en compte une centaine, mais c’est exceptionnel. Les postes de secrétariat ou de comptabilité sont les deux seuls où les connaissances en histoire de l’art ne sont pas forcément nécessaires. Mais ce n’est pas le cas dans le management. Pour les foires, il y a surtout des postes de logisticiens, pour tout ce qui relève de l’organisation, de la coordination et du développement de la clientèle. 

Comment évolue-t-on dans ce milieu ?

Ce milieu est un grand consommateur de stagiaires. Un étudiant en histoire de l’art trouve facilement un stage. Après une année de stage, il peut trouver un emploi– sauf pour un commissaire-priseur, qui fait un stage de deux ans dans le cadre de sa formation. Il y a beaucoup de demandes et peu d’offres et les salaires de départ sont assez bas. Il faut parfois dix ans pour faire ses preuves et gagner correctement sa vie. Même si vous pouvez avoir une forme de confort et de sécurité en fin de carrière, il y a beaucoup d’indépendants et ce n’est pas un métier où l’on a la sécurité de l’emploi. Si vous n’êtes pas passionné, c’est insupportable. 

Le monde du marché de l’art reste-t-il encore très masculin ?

Cela a longtemps été un milieu masculin, mais cela ne l’est plus. Chaque année on voit des évolutions du côté des commissaires-priseurs, galeristes…

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite s’orienter vers ce secteur?

Quand on pense au marché de l’art, on imagine le commissaire-priseur, le seul qui nécessite une formation cadrée, très précise, en France. On connaît aussi le galeriste, l’antiquaire, mais moins le conseiller en art, l’agent d’artiste ou le courtier. Ce secteur recouvre donc des métiers complexes. Je dirais de visiter les galeries, les foires d’art contemporain, les ventes aux enchères, toutes les manifestations où l’on peut prendre le pouls du milieu. Cela permet de voir s’il nous intéresse ou si on le trouve trop élitiste. Car si l’on exclue les puces et les brocanteurs, il faut avoir envie d’évoluer dans un milieu plutôt snob. Vous devez aussi vous assurer que vous aimez vraiment passionnément les œuvres d’art : fréquenter les musées, regarder les livres… Et il faut surtout rencontrer des professionnels, ce qui n’est pas facile. C’est un milieu dur, avec beaucoup de personnalités forgées, de « grandes gueules ». Enfin le réseau joue énormément  et il existe une distorsion entre ceux qui viennent d’un milieu collectionneur et les autres.

 

Propos recueillis par Isabel Busché