Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Alexandre Reille

Fondateur de www.withdesigners.fr, Paris (75)
Date de l'interview : 19/11/2012

On est souvent plus créatif à plusieurs que seul face à sa feuille blanche.

Créé en 2010, Withdesigners met en relation des designers indépendants et les agences avec des entreprises ayant des projets créatifs. Son fondateur, Alexandre Reille, évoque les tendances actuelles du marché de l’emploi pour les jeunes créatifs.

Quel est votre parcours personnel ?

Je suis graphiste de formation, diplômé de Creapole (Paris). Après un stage chez Salomon, le fabricant d’articles pour le ski, j’ai intégré cette entreprise où je suis resté  10 ans, comme graphiste, puis comme design manager. J’ai ensuite travaillé chez Oxbow, comme responsable de studio, avant de créer, il y a 2 ans, Withdesigners.

Pourquoi avoir créé Withdesigners ?

En tant que chef de studio, j’avais de réelles difficultés à trouver les designers, des graphistes, des webdesigners, ou des agences dont j’avais besoin. Comme une majorité de PME françaises, l’entreprise Salomon est  installée en province, alors que 75 % des structures de design sont en Ile-de-France. D’où mon idée de faciliter la mise en relation entre entreprises et créatifs. Concrètement, Withdesigners propose aux entreprises un service gratuit de recherche de créatifs. L’entreprise nous contacte et nous décrit son projet. Nous cernons ses besoins, nous parlons budget, nous la conseillons. Nous proposons ensuite le projet aux différents designers inscrits chez nous et qui, selon nous, correspondent au besoin de l’entreprise. Puis nous réalisons une « shortlist » de 2 à 5 créatifs intéressés par le projet que nous transmettons à l’entreprise.

Vous êtes en quelque sorte un agent de créatifs ?

Non, plutôt un apporteur d’affaires. Nous proposons aux créatifs une solution de prospection commerciale externalisée. Les créatifs peuvent acheter des packs de crédits, qu’ils consomment à chaque fois qu’ils sont mis en relation avec des clients. Sans commission et sans abonnement notre système offre une grande flexibilité et une grande liberté aux créatifs. Par créatifs nous entendons des graphistes, webdesigners, infographistes, designers, architectes, photographes, modélistes, scénographes, concepteurs rédacteurs, etc… Pour s’inscrire, il leur suffit de venir sur notre site www.withdesigners.com et de nous envoyer leur portfolio avec leurs références que nous vérifions.

 Comment se porte aujourd’hui le marché de la création ?

Le design est constitué de plusieurs sous-catégories  qui se portent plus ou moins bien. Le graphisme et l’identité visuelle se portent correctement. Il y a en revanche une forte demande autour du webdesign, secteur dans lequel les petites structures de création très spécialisées sont plus rares et sont plus difficiles à trouver. Par contre, on sent qu’il y a moins de demandes dans le design industriel, un domaine qui attire pourtant beaucoup les jeunes designers. Ce secteur est moins actif actuellement car la réalisation de projets nécessite des investissements financiers plus lourds de la part des entreprises, qui traversent pour beaucoup d’entre elles une période difficile.

Faut-il forcément sortir d’une école pour être un créatif talentueux ?

Je ne vois pas beaucoup de créatifs qui ne sortent pas d’une école spécialisée. Bien sûr, certaines formations sont plus réputées que d’autres. Pour le design, on peut citer l’ENSCI-Les ateliers. Pour le graphisme, il y a Penninghen, et je peux citer Créapôle d’où je viens… Cependant, je pense que l’important, ce n’est pas la qualité de la formation mais le développement personnel de l’étudiant  pendant sa formation.  Finalement, lors d’un entretien en entreprise, c’est la qualité du portfolio et la personnalité du candidat qui importent le plus.

Selon vous, les jeunes diplômés sont-ils bien préparés aux réalités du marché de l’emploi ?

Non, pas vraiment. Les jeunes créatifs ont une vraie faiblesse sur les questions administratives ou juridiques par exemple. Nous croisons beaucoup de créatifs perdus face à ces questions, c’est pourquoi, chez Withdesigners, nous organisons des tables rondes gratuites autour de différentes thématiques professionnelles animées par un spécialiste de ces questions : « Comment rédiger ses contrats » ; « La propriété intellectuelle » ; « Développer son charisme face au client », etc.

Les jeunes créatifs freelance se sentent parfois isolés dans leur quotidien professionnel. Que peuvent-ils faire pour rendre le statut d’indépendant plus convivial ?

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes designers se regroupent en « studios ». Ils travaillent dans un même lieu et mutualisent certaines activités comme la prospection de nouveaux clients ou la rédaction des contrats. Cette solution intermédiaire entre le travail indépendant et le travail en agence est une bonne façon de fonctionner ensemble. Elle permet de ne pas être seul face au client, mais aussi d’avoir plus de flexibilité par exemple lorsqu’on veut faire une pause pendant quelques jours.

Au-delà du talent, quelles qualités doit avoir un graphiste ou un designer pour réussir ?

Avant tout, de l’écoute et de l’empathie. Quel que soit le projet, le client vient aussi chercher du conseil. Il faut qu’il se sente écouté et compris dans son besoin.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs jeunes designers freelance ?

Je leur recommande, avant de se lancer, d’avoir une première expérience en agence, que ce soit à travers un  stage ou un 1er emploi. Cela leur permettra d’avoir des références à présenter dans leur portfolio et de comprendre le fonctionnement d’un métier aux facettes très variées. Ensuite, comme je le disais plus haut, se regrouper peut diminuer les risques liés à l’entrepreneuriat. On est aussi souvent plus créatif à plusieurs que seul face à sa feuille blanche.

Propos recueillis par Patricia Holl