Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Hélène Delay

Chargée de mission compétence, formation et employabilité chez Capital Games, Paris (75)
Date de l'interview : 01/07/2011

Un artiste ou un programmeur non diplômé qui présente des travaux personnels qui « scotchent » un recruteur a ses chances.

Capital Games est une association professionnelle dont l’objectif est de pérenniser l’industrie du jeu vidéo sur Paris et l’Ile-de-France et de faire rayonner la créativité des studios franciliens. En charge des questions d’emploi et de formation, Hélène Delay évoque pour nous les besoins de ces structures.

A quoi ressemble l’industrie francilienne du jeu vidéo ?

On dénombre environ 130 sociétés de jeu vidéo en Ile-de-France. Plus de 3 000 franciliens travaillent dans le jeu vidéo, ce qui correspond à 60% de l’emploi total du secteur. Capital Games représente une soixantaine d’entreprises, dont 70 % de TPE.

La crise économique a-t-elle eu un impact sur l’industrie du jeu vidéo ?

La crise a touché le secteur et les recrutements ont diminué. Mais aujourd’hui, on voit vraiment une reprise de la croissance, sachant que le modèle économique du jeu vidéo évolue. On avait par le passé un éditeur qui passait commande à un studio, le rémunérait pour la création des jeux et s’occupait du marketing. L’éditeur assumait donc la majeure partie du risque financier. Or pendant la crise, il est arrivé que certains éditeurs stoppent des productions sans payer les studios. Aujourd’hui, nous voyons de nouvelles opportunités émerger, notamment avec la dématérialisation des contenus. Dans ce nouveau modèle, les studios ne sont plus obligés de passer par un éditeur car internet donne un accès direct au consommateur. On voit donc de plus en plus de studios qui gardent une activité de commande et multiplient à côté les petits projets autofinancés. Le studio s’occupe désormais de presque tout. Ces entreprises ont donc besoin de nouvelles compétences autrefois dévolues à l’éditeur : éditorial, marketing, communication, etc.

Comment s’organise le travail dans les studios de création ?

Pour faire simple, une équipe, à minima, c’est 4 personnes : un game designer, un programmeur, un graphiste et un chef de projet. Lorsque l’équipe est plus étoffée, on peut aussi avoir un lead graphiste et un lead programmeur, qui encadrent respectivement 3 ou 4 graphistes ou programmeurs. Il peut également y avoir un sound designer, qui s’occupe de l’habillage sonore (musiques, bruitages…). Mais on peut aussi trouver des studios qui développent des « blockbusters » et emploient plus de cent personnes au plus fort de la production.

En ce qui concerne le cadre de travail, il faut savoir que les studios sont organisés en open space où les gens travaillent tous ensemble, parfois un peu serrés. Cela facilite la communication interne, absolument cruciale pour développer des produits de qualité.

Au-delà du diplôme, quelles sont les attentes des recruteurs ?

Le jeu vidéo est un secteur qui parait accueillant mais qui est en réalité très exigeant. Il réunit des corps de métiers très différents qui doivent travailler en harmonie sur des projets complexes. Les recruteurs veulent donc avant tout de la polyvalence. Le game designer n’aura pas les mêmes fonctions dans toutes les structures et cela demande une bonne capacité d’adaptation… Un autre point important est la capacité à s’auto-former, à être curieux. Beaucoup d’entrepreneurs sont des autodidactes et ils attendent beaucoup de leurs équipes sur ce point. Il faut aussi être capable de s’intégrer rapidement, de travailler en équipe, de mettre son ego de côté en étant ouvert à la critique… Il faut être créatif, apporter sans cesse des idées nouvelles, créer des visuels qui attitrent l’œil ou des prouesses de programmation qui font la différence.

Quelle place occupe la R&D dans l’industrie du jeu vidéo?

Aujourd’hui, lorsqu’une entreprise crée un jeu, elle cherche souvent à le décliner sur plusieurs supports. Par ailleurs, le jeu vidéo évolue très vite. La R&D occupe donc une place importante. C'est pourquoi lorsqu’on veut intégrer ce secteur, il est important de fournir un travail personnel, d’avoir des projets à présenter et de produire des analyses de ce qui se fait déjà, d’avoir une culture du jeu vidéo, mais aussi une solide culture générale. Lors des recrutements, les entreprises regardent toujours le diplôme car de bonnes formations spécialisées ont vu le jour depuis dix ans. Mais elles s’intéressent aussi à l’expérience et aux compétences de la personne, à sa créativité. Cette industrie permet encore aux autodidactes de réussir. Un artiste ou un programmeur non diplômé qui présente des travaux personnels qui « scotchent » un recruteur a ses chances.

Côté formation, l’Ile-de-France est-elle à la hauteur ?

Il existe en Ile-de-France des écoles reconnues auprès desquelles les entreprises recrutent. On peut citer ISART Digital, l’IIM, l’ICAN, LISAA, Epita… Pour le secteur public, il y a les Gobelins et l’IUT de Bobigny. Bien entendu, il y a aussi des écoles d’ingénieurs comme l’Epitech. Les entreprises sont très impliquées dans ces écoles, elles participent à l’élaboration de leurs programmes. Et il y a une vraie logique d’apprentissage, à travers les stages et les contrats de professionnalisation.

Propos recueillis par Patricia Holl