Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Emmanuel Forsans

Directeur général de l’AFJV, Paris (75)
Date de l'interview : 27/06/2011

C’est dans la programmation que le flux d’offres d'emplois est le plus grand.

Emmanuel Forsans a créé l’AFJV, Agence française du jeu vidéo, en 2003. Il est également l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages traitant d’informatique et d’imagerie numérique et a réalisé plus de 50 logiciels multimédia. Il évoque l’industrie des jeux vidéo et les spécificités de l’emploi dans ce secteur.

Qu’est-ce que l’AFJV ?

C’est une société qui intervient comme une agence indépendante de développement économique dans le domaine du jeu vidéo. Notre objectif est de favoriser l'emploi et la création d'entreprises au sein de ce secteur. Nous diffusons notamment sur notre portail l’ensemble des offres d’emplois publiées par les entreprises dans le domaine du jeu vidéo.

Comment se porte l’industrie française du jeu vidéo ?

Elle est tendue. Le marché du jeu vidéo va bien, mais il est en mutation. Ce n’est pas facile pour l’industrie du jeu vidéo de s’adapter. Les grosses entreprises comme Ubisoft arrivent à absorber ces difficultés. Les petites sociétés constituées de quelques associés s’en sortent à peu près également car elles peuvent faire le dos rond. Ce sont les entreprises de taille moyenne, celles qui ont entre 10 et 20 collaborateurs, qui ont le plus de mal. Il s’agit le plus souvent de studios ou de prestataires.

Existe-t-il toujours une french touch dans le jeu vidéo ?

On a arrêté de parler de la french touch parce qu’elle a fini par nous revenir à la figure. C’est vrai que côté graphique, et pour l’animation aussi, on est très fort. Mais on a trop mis cet aspect en avant et on a fini par nous dire : vos jeux sont beaux, mais le « gameplay » est nul !

Comment se porte l’emploi ?

Ça recrute régulièrement. Aujourd’hui par exemple, le 22 juin 2011, nous avons 180 offres sur notre portail de l'emploi, dont 111 pour le seul mois de juin.  Il y a même des sociétés étrangères qui viennent déposer des annonces sur notre portail. Les offres concernent 3 catégories de métiers : les métiers de l’édition (marketing, commercial, communication), les métiers de la production (informatique, création graphique) et les métiers de la conception (scénarisation du jeu, etc.). C’est dans la programmation que le flux d’offres est le plus grand.

Quel est le profil requis pour se faire recruter comme programmeur ?

Les entreprises recherchent des diplômés d’écoles d’ingénieurs ayant fait idéalement une année de spécialisation dans une école de jeux vidéo. Mais elles veulent  surtout des profils expérimentés.

L’insertion des débutants est-elle difficile ?

Les structures de création sont souvent le nez dans le guidon alors elles recrutent des  professionnels qui connaissent déjà le travail. Pour les jeunes diplômés, les opportunités sont surtout dans les grandes entreprises car elles ont plus le temps de former les gens.

On imagine le professionnel du jeu vidéo jeune, cool et travaillant beaucoup. Est-ce la réalité ?

Ce n’est pas faux. Mais il ne faut pas oublier qu’on est dans un environnement créatif : il y a des moments très tendus dans les périodes de rush ; et il y a aussi des périodes plus relâches, plus cools, où les gens font des brainstormings, cherchent à être créatifs, etc.

Comment se situent les salaires ?

On gagne correctement sa vie dans le jeu vidéo. Pour les professionnels de l’édition et de la création (commerciaux, infographistes, etc .), les salaires proposés sont  les mêmes que dans les autres secteurs. En programmation, par contre, les rémunérations sont plus faibles dans le jeu vidéo qu’ailleurs. C’est la contrepartie du côté cool : pas de costume, pas d’horaires strictes…

Quels conseils donnez-vous aux jeunes ?

De bien travailler à l’école. Dans le jeu vidéo, on n’est pas juste un maillon de la chaine : on se voit confier des responsabilités. Le niveau de compétence de chacun est élevé et le diplôme est très important.

Je veux aussi mettre en garde les jeunes contre certaines idées reçues. Tout d’abord, créer, ce n’est pas jouer. J’aime faire le parallèle avec la cuisine : le cuisinier ne passe pas son temps  à manger. Dans le jeu vidéo, c’est pareil, les gens ne jouent pas. Il faut aussi savoir qu’il y a des métiers qui n’existent pas. Ce n’est pas parce que vous jouez 10 h par jour qu’on viendra vous chercher pour faire de vous un testeur. A part quelques profils très spécifiques, comme le testeur linguistique qui va tester la version allemande ou russe d’un jeu, le métier de testeur ne correspond à rien. Enfin, je dirais que celui qui ne maîtrise pas l’anglais est exclu de 75 % des offres d’emplois.

Propos recueillis par Patricia Holl