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La représentation des métiers est-elle sexuée ?

Alors que dans notre société moderne tous les métiers sont devenus mixtes, des métiers typiquement masculins ou féminins subsistent... Chercheurs et associations se mobilisent autour de cette question.


Le 01/06/2011

 

L'égalité professionnelle étant inscrite dans le droit français, les femmes sont en principe tout autant libres que les hommes d'accéder à l'ensemble des métiers. En dépit des progrès réalisés, la réalité observée est bien différente !

Malgré le discours politique sur l'égalité homme-femme, certains stéréotypes associés au féminin demeurent... Les représentations de la division sexuelle du travail sont tenaces et la typologie des métiers reste souvent déterminée par le sexe.

 

Ainsi selon l’INSEE, l’emploi des femmes reste très concentré : 14 des 84 familles professionnelles comptent 70% de femmes, alors que 43 familles totalisent 70% d’hommes.

Contrairement aux hommes qui travaillent dans la plupart des secteurs, les femmes travaillent majoritairement dans les métiers des services à la personne et du social, des professions intermédiaires de la santé, de l’éducation et de l’enseignement. Autant de métiers anciens et stéréotypés qui font généralement appel à des aptitudes féminines socialement construites : dévouement, douceur, patience...

Ainsi, on compte 99 % de femmes assistantes maternelles  contre 5 % de femmes chauffeurs !


De plus malgré de meilleurs résultats scolaires et un taux d'emploi élevé (61%), les femmes occupent 2/3 des emplois non qualifiés. En outre, elles sont nettement sous-représentées dans les fonctions d'encadrement et les postes à responsabilité.

 

La différence entre les hommes et les femmes est ici plutôt à rechercher du côté de leur différence d’expériences et d’apprentissages.

Au masculin sont associées des activités socialement valorisées laissant la place au commandement, à l'autonomie et à la création, tandis que les activités de service, de soin, d'assistance et de soutien psychologique sont liées au féminin...

 

La sociologue Catherine Marry, directrice de recherche au CNRS, consacre ses travaux à l’évolution séculaire de ces inégalités sexuées à l’école et sur le marché du travail. Elle a contribué à la création du réseau de recherche international et pluridisciplinaire "Marché du travail et genre" (MAGE). Selon elle, le sexe des métiers est lié aux qualités présupposées biologiques que l'on attend selon le genre : on s'imagine les hommes forts, courageux et résistants. Aux femmes sont attribuées les qualités de la douceur, l'altruisme ou la rigueur....

 

A tout âge, une pression normative familiale et sociale a tendance à s’exercer sur l’enfant afin qu’il se conforme à son sexe et des comportements différenciés sont encouragés.

 

Des recherches universitaires ont mis en évidence les nombreux clichés sexistes (plus de héros que d’héroïnes, personnages masculins actifs représentés en extérieur, personnages féminins passifs en intérieur...) véhiculés dans les livres pour enfants et qui tendent à reproduire très tôt chez eux des stéréotypes liés au sexe. Avec le soutien de la Commission Européenne, l’association européenne « Du Côté des Filles » a réalisé un état des lieux du sexisme dans les albums illustrés et participe à des actions de sensibilisation afin d'éliminer le sexisme dans le matériel éducatif et de promouvoir des représentations anti-sexistes.

 

Les enfants sont élevés dans une société de genres qui conditionne fortement  leurs représentations des rôles masculins et féminins. En grammaire, le genre n’a rien à voir avec le sexe, mais le mot homme est masculin, et le mot femme est féminin...

La représentation des hommes et des femmes dans leur activité professionnelle est aussi une question sociolinguistique qui conditionne l’image qu’on se fait des sexes. Initiée par le gouvernement, la 1re réflexion sur la féminisation des noms de métiers ne date que de 1984. Les questions de féminisation des noms et la féminisation des carrières sont très intriquées.

 

D'après Marie-Sophie Pawlak, ingénieure fondatrice et présidente de l'association « Elles Bougent », les professions les plus en retard en termes de féminisation appartiennent au secteur automobile, énergétique, ferroviaire, aéronautique et au bâtiment. Ce retard, contre lequel son association lutte en encourageant les filles à s’orienter davantage vers les filières scientifiques (25 % de filles seulement dans les écoles d’ingénieurs), vient de la reproduction des stéréotypes. Depuis qu'elles sont petites, on offre aux filles des poupées et aux garçons des petites voitures. Cela crée des secteurs connotés masculins ou féminins. 

Les filles s’orientent majoritairement vers les lettres, les langues, les filières paramédicales ou de services… réduisant d’autant leurs débouchés professionnels et l’évolution de leur carrière puisqu’elles optent pour des secteurs moins porteurs et rémunérateurs.


Néanmoins la place des femmes dans le monde professionnel a fortement progressé depuis 20 ans : les métiers de juge, médecin ou policier se sont notamment largement féminisées. Les institutions publiques mènent régulièrement des actions pour inciter à la mixité des métiers. Des campagnes d’information dans les collèges et lycées tentent de lutter contre la représentation sexuée des métiers.

 

Annie Poullalié