Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Jacques-Olivier Hénon

Directeur de la pédagogie de la CCIV, Chambre de commerce et d’industrie Versailles Val d’Oise / Yvelines
Date de l'interview : 21/01/2011

Nous défendons les intérêts du commerce, de l’industrie et des services, nous connaissons donc bien leurs besoins.

Chargé d’encadrer le travail des responsables pédagogiques des écoles de la CCIV, Jacques-Olivier Hénon mène des réflexions sur l’offre de formation et la problématique des places vacantes. C’est sur ce dernier point que nous l’avons interrogé.

Quelle est l’offre de formation initiale à la CCIV ?

Nous avons 16 écoles en tout : 9 dans les Yvelines, 6 dans le Val-d’Oise et 1 à Paris, au sein de l’UPMC (université Paris VI). Nous proposons 160 formations en alternance du CAP à bac + 5 / + 6, dans les secteurs de l’industrie, du commerce et des services. Environ 60 % de nos jeunes suivent une formation post-bac, et 40 % une formation avant le bac.

Cette année, combien de places sont restées vacantes dans vos formations ?

Pour l’année 2010-2011, nous accueillons 6 200 jeunes en formation et il restait encore en décembre environ 200 places libres. Cela signifie que nous avons les entreprises prêtes à accueillir les jeunes en apprentissage, mais nous n’avons pas les jeunes. Ces chiffres tiennent compte uniquement des sections qui sont ouvertes. Or nous savons que pour certaines formations, nous pourrions ouvrir une 2e ou une 3e section pour répondre aux besoins des entreprises.

Dans quels secteurs et diplômes le manque de candidats est-il le plus important ?

L’industrie, la restauration, la vente et le BTP sont particulièrement concernés. Certaines filières souffrent d’une mauvaise image chez les jeunes. Par exemple, nombre d’entre eux pensent que le secteur du bâtiment n’a pas évolué. Ils ne voient pas que les métiers ont changé ou que les techniques mises en œuvre ne sont plus tout à fait les mêmes. Le métier du bâtiment est toujours manuel, bien sûr, mais travailler sur des bâtiments basse consommation n’existait pas il y a 30 ans : c’est un chantier totalement nouveau.
De manière générale, nous avons, comme tous les CFA, des difficultés sur nos bacs pro. On peut citer, par exemple, le bac pro secrétariat, ou encore le bac pro technicien du bâtiment  - organisation et réalisation du gros œuvre.

Comment expliquez-vous cette situation ?

C’est un effet de la réforme du bac pro. Autrefois, dans l’esprit des jeunes, le bac pro se préparait en 4 ans : 2 ans pour obtenir le BEP, puis 2 ans pour obtenir le bac pro, avec la possibilité de s’arrêter à mi-chemin. C’était clair aussi pour les entreprises, qui s’engageaient pour 2 ans. Or maintenant, pour préparer un bac pro, il faut signer pour  3 ans. Les jeunes hésitent, et les entreprises aussi car elles n’ont pas la visibilité nécessaire. Il faut dire que la réforme de la voie pro est arrivée en même temps que la crise qui a touché surtout les PME/PMI, qui sont les employeurs de nos apprentis. Les chefs d’entreprise ne savent pas où ils en seront dans 6 mois, alors s’engager pour 3 ans avec un jeunes sans expérience…

Ce problème est-il propre aux CFA ?

La réforme de la voie professionnelle offre la possibilité au jeune de se réorienter en fin de seconde si la formation ne lui plait pas. Mais en CFA, c’est impossible car l’entreprise qui prend le jeune en apprentissage a un besoin précis : elle veut un cuisinier, un maçon, etc. Il n’est donc pas possible pour le jeune de se réorienter. Dans les lycées, c’est différent.

Face à ces difficultés à recruter des élèves de bac pro, la CCIV a-t-elle une parade ?

Nous faisons un important travail en amont, dans les collèges, pour informer les jeunes et les accompagner dans leur découverte des métiers et des formations.  Par ailleurs, nous avons rouvert des classes de CAP pour recréer la marche qui existait autrefois : nous proposons au jeune de préparer en 2 ans un CAP ; et comme la réforme lui donne le droit d’entrer en  1re de bac pro du champ de son CAP, il peut signer à nouveau pour 2 ans et préparer le bac pro. Mais cette stratégie est impossible à mettre en place pour le tertiaire car les compétences du jeune qui arrive de 3e ne correspondent pas aux besoins de l’entreprise.

Qu’ont les CFA de CCI de plus que les autres CFA ?

Nous défendons les intérêts du commerce, de l’industrie et des services, nous connaissons donc bien leurs besoins. De plus, nous accompagnons les jeunes dans leurs recherches de contrat. Dans un CFA classique, il faut avoir un contrat d’apprentissage pour s’inscrire. Nous, nous prenons aussi les jeunes qui n’ont pas trouvé d’entreprise et nous les accompagnons dans leurs recherches. Nous avons du personnel dédié, les « CRE », chargés de relation entreprise, qui vont jusqu’à accompagner les jeunes à leurs rendez-vous pour voir comment ils se présentent et les conseiller. Nous coachons les jeunes et nous les chouchoutons !

 

Propos recueillis par Patricia Holl