
Deux chercheurs se sont récemment penchés sur la crise de confiance de la jeunesse vis-à-vis de son avenir et en ont proposé leur analyse.
Directeur
d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris, Eric Maurin s'est penché sur l’angoisse
croissante dans notre société de perdre son emploi, son salaire, son statut, et
plus précisément sur « la peur du
déclassement ».
Pourtant ce chercheur est formel : le déclassement est plus une peur qu’une réalité. De son point de vue de statisticien, notre
ascenseur social n’est pas aussi en panne qu’on le dit et un diplôme du supérieur reste en mesure
d’assurer une meilleure insertion professionnelle.
Ainsi moins
de 5 ans après leur sortie de l’école, la
proportion actuelle de cadres et de professions intermédiaires parmi les
salariés diplômés du supérieur (85 %) et ceux bacheliers (27 %) est à peine
inférieure (baisse de 3 %) à celle d’il y a 15 ans.
Au cours de cette
période, le nombre de diplômés a aussi beaucoup augmenté, ce qui
« mécaniquement » augmente le nombre de jeunes n’ayant pas trouvé un
emploi à la mesure de leur diplôme, mais pas leur proportion. D’où ce sentiment
qu’il y a plus de personnes qu’auparavant qui ont fait des études supérieures
mais qui ne trouvent pas de travail.
Si les
entreprises se sont progressivement habituées à recruter davantage de diplômés
et relativement moins de personnes peu qualifiées, la récession du début des
années 90 a changé la donne. Les entreprises ne peuvent plus recruter autant de
jeunes diplômés, qui se tournent alors vers la fonction publique.
D’où des
diplômés du supérieur, parfois titulaires d’un bac + 5, qui se présentent à des
concours de catégorie C (niveau bac) dans l’espoir de décrocher leur 1er emploi
mais sans grande perspective d’avenir, à l’heure où le gouvernement ne souhaite
remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite.
La crise économique actuelle n'a fait qu'amplifier cette peur du déclassement génératrice à la fois de concurrence et de frustrations. Celle-ci est devenue une énergie négative dans notre société.
De son côté, Olivier
Galland, directeur de recherches au CNRS, membre du Groupe d'étude des méthodes de
l’analyse sociologique (GEMAS), est spécialiste des questions de jeunesse. En
2010, il publie "Les jeunes Français ont-ils raison d'avoir
peur ?" chez Armand
Collin.
Selon lui, un facteur est
particulièrement préoccupant dans la société française : il s'agit du
pessimisme, du manque de confiance
en l’avenir et de la résignation dont témoignent les jeunes.
Ce
chercheur s'interroge sur les raisons de cette situation en insistant sur les limites de notre système éducatif qu’il
juge « méritocratique » : survalorisation des notes, élimination
plus que promotion, diplôme considéré comme un titre plus que comme un signe
d’investissement et d’employabilité, offre pédagogique inadaptée, promotion
d'une élite, trop fort taux de sortie du système scolaire et universitaire sans
diplôme...
Auditionné par le Sénat en mars 2009, ce sociologue tente de définir des pistes de réformes, notamment
éducatives, pour en sortir.
Enfin à l’occasion de son 20e anniversaire, Courrier
international
titre sur « avoir 20 ans en 2010 ».
Ce numéro spécial dresse le portrait contrasté des 18-25 ans à travers le
monde.
Dans les pays développés, on observe l’émergence d’une
nouvelle classe d’âge allant de 20 à 30 ans, au cours de laquelle s’enchaînent
effectivement des activités professionnelles plus ou moins longues et sans
stabilité.
Mais loin du pessimisme
ambiant, l’éditorialiste Philippe Thureau-Dangin
pose la question : Et si les jeunes repoussaient le moment d’entrer
dans l’âge adulte, pour mieux « garder
ouvert l’horizon des possibles » ?
Annie Poullalié, le 22/12/2010

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