Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

10/03/2010 à 17h00 - L'emploi au féminin

Si les femmes ont pleinement leur place dans le monde professionnel, inégalités et stéréotypes persistent. Retrouvez les échanges qui ont eu lieu sur ce thème entre nos deux invitées, à l'occasion de la journée internationale de la femme.

Les invités

Laurence Benhamou - Avocate et Présidente de l'Association Tremplin Dirigeants

Sylviane Le Clerc - Déléguée départementale (Seine-Saint-Denis) aux droits des femmes

Question :

Modérateur métiers : Bonjour à tous et à toutes, le chat va commencer. Vous pouvez poser vos questions. Sylviane Le Clerc : Bonjour à tous et à toutes. Laurence Benhamou : Bonjour à tous et à toutes !Oradu13 : Est-ce que votre association, Madame Benhamou aide les filles en particulier à créer leur entreprise ?

Réponse :

Laurence Benhamou : Je suis avocate en droit du cinéma et de la musique, avec des problématiques de droit de la propriété intellectuelle, à mon compte. Je suis présidente de l'association Tremplin Dirigeants, qui est un organisme de formation à la création d'entreprise. Tremplin Dirigeants est une émanation de l'association Dirigeantes, créée il y a plus d'une dizaine d'années et qui vise à favoriser l'entreprenariat en se penchant plus particulièrement sur les problématiques soulevées par l'entreprenariat féminin. Nous travaillons avec l'Agence pour la Création d'Entreprise (APCE) dont le site est une mine d'informations et de fiches accessibles à tous (www.apce.com/). Nous collaborons également avec l'OCDE, et d'autres organismes et associations, afin de réfléchir ensemble à la création d'entreprises. Bien entendu, on aide des femmes à créer leur entreprise, en particulier ; mais pas exclusivement. Nos formations comptent une majorité de femmes. Vous êtes les bienvenues !

Question :

Zaza : C'est quoi exactement votre métier, Sylviane ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Je travaille pour le service de l'Etat, qui s'occupe des droits des femmes et de l'égalité hommes/femmes. Plus précisément, je travaille avec tous les services de l'Etat pour vérifier et faire en sorte que les problèmes particuliers rencontrés par les femmes soient bien pris en compte. Je travaille aussi avec des collectivités locales (villes, conseils généraux...) et des associations. Je veille à ce qu'il y ait une égalité professionnelle réelle entre hommes et femmes. Aussi à permettre que les femmes puissent faire respecter leurs droits, notamment à ne pas être victimes de violences...

Question :

Fleur : Madame Le Clerc, qu'est ce que c'est le service des droits des femmes ? Où peut-on vous rencontrer ? Je m'intéresse à ce sujet. Merci d'avance.

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Le service auquel j'appartiens est un service de mission. Il n'accueille pas le public. Mais je travaille avec des associations, notamment le CIDF (centre d'information sur les droits des femmes et des familles), qui informe les femmes sur tous leurs droits, et à qui on peut directement s'adresser. Par exemple en Seine-Saint-Denis, il y a 26 permanences dans 18 villes différentes dont une à la préfecture.

Question :

Djoune : Madame Laurence Benhamou, quels conseils me donneriez-vous si je voulais créer mon entreprise ?

Réponse :

Laurence Benhamou : Avant de se lancer dans la création d'entreprise, il faut faire une étude de marché pour s'assurer qu'il y a une demande. Etude de marché veut dire : aller étudier les concurrents, les offres présentes, les lieux d'implantation, les clients potentiels. Ce travail terminé, on sait si le concept de départ est valable et réalisable. On définit alors précisément son offre, afin de se lancer dans l'étude financière et établir un plan prévisionnel sur 3 ans. Si vous avez besoin d'aide, il y a énormément de ressources sur internet, sur le site de l'APCE (voir ci dessus), sur ceux des chambres de commerce et d'industrie... Et il y a nous, entre autres. L'accompagnement est notre métier.

Question :

Hélène : Quels sont les secteurs où il y a le plus de filles ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Les secteurs qui concentrent les 3/4 de l'emploi féminin en Ile-de-France sont : les services administratifs aux entreprises, ceux de la santé et de l'action sociale, les services aux personnes, et les commerces. A Paris, les femmes sont plus cadres qu'ailleurs, et travaillent moins souvent à temps partiel. Laurence Benhamou : Au niveau de la création d'entreprises, nos expériences avec les créateurs que nous accompagnons indiquent que les femmes se dirigent principalement vers des métiers traditionnellement plutôt ouverts aux femmes : architecte, décoration d'intérieur, toutes prestations de services, les prestations intellectuelles, le conseil, la vente et les autres métiers traditionnellement plus féminins. Les hommes se retrouvent quant à eux plus attirés par le bâtiment et le secteur automobile. Dans les autres domaines, on retrouve aussi bien des hommes et des femmes.

Question :

Kiki : Quelles sont des questions pièges à éviter lors de l'embauche quand on est une femme ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : On n'évite pas les questions pièges, on évite les réponses pièges ! On demande au recruteur de préciser sa question jusqu'à ce qu'il tende ou laisse tomber le piège que l'on sentait venir ! Normalement, il se rend ainsi compte qu'il va vers des propos discriminatoires, et il s'arrête.

Question :

Wapiti : Comment réagir quand on me demande comment je vais gérer ma vie personnelle avec mon travail ? C'est une question que l'on pose aux femmes et rarement aux hommes d'ailleurs !

Réponse :

Laurence Benhamou : Je vous conseillerais d'identifier la préoccupation qui pousse la personne qui vous interroge à vous poser cette question. Ensuite, si nécessaire, rassurez-le sur la stabilité de votre vie personnelle, et votre capacité à gérer vie personnelle et vie professionnelle. En clair, dire "qu'il n'y a pas de problème", donc qu'il ne faut pas créer un problème là où il n'y en a pas ! Sylviane Le Clerc : Moi j'aurais tendance à ne pas rentrer dans ce débat, en disant au recruteur qu'il peut faire confiance à nos capacités à faire face aux difficultés qu'on rencontre toujours quand on est parent (que l'on soit mère ou père).

Question :

Lola : Faut-il plus s'affirmer quand on est une fille au travail ? Et comment le faire sans passer pour une femme fatale ?

Réponse :

Laurence Benhamou : En un mot, je dirais qu'il faut faire attention aux stéréotypes et aux clichés. Et en rester loin !

Question :

Richard : Etes-vous pour la discrimination positive ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Je suis pour l'application de la loi, toute la loi, et donc pour l'égalité réelle entre hommes et femmes. Laurence Benhamou : Je suis contre toute forme de discrimination.

Question :

Lolo : Est-ce que les femmes sont souvent chef d'entreprise ? Akiko : Est ce qu'il y a beaucoup de femmes qui créent leurs entreprises ? Est-ce qu'elles réussissent mieux que les hommes ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Les femmes représentent environ 1/3 des créateurs d'entreprises. Laurence Benhamou : Oui, beaucoup de femmes créent leur entreprise. En général, elles ont une ambition moins grande que celles des hommes. Voyant moins grand, elles prennent moins de risques. Nous avons tendance à les encourager à envisager un projet d'une envergure un peu plus grande. Les problèmes liés à la création d'entreprise par des femmes ne peuvent être envisagés sans considérer un profil qui revient très fréquemment : celui de la femme qui reprend son activité professionnelle après avoir consacré des années de sa vie à sa famille. La démarche veut donc dire un changement plus important dans leur vie, un bouleversement, un nouveau départ : cependant, une fois la décision de créer prise, les femmes ont tendance à "y aller", à être stable sur la durée.

Question :

Fafa : Selon vous, y a t-il des formations qui sont déconseillées aux filles ? Des formations que vous déconseilleriez ?Sabrina-desaintdenis : Quelles formations faut-il éviter quand on est une fille ? Je sais bien que tout est ouvert à tout le monde ; mais sincèrement n'y a t-il pas des voies plus difficiles que d'autres ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Les seules formations déconseillées aux filles, ce sont celles qu'elles n'ont pas envie de faire ! Sur le marché du travail, il est plus difficile de se présenter à 30 jeunes filles pour un même poste de secrétaire, qu'à 3 pour un poste d'électrotechnicienne. Surtout quand ce choix d'un métier technique a été volontaire et assumé. Enfin, cela démontre une grande motivation à laquelle les employeurs sont sensibles. Laurence Benhamou : Il n'y a pas de formation à déconseiller en tant que telle : une formation doit répondre à un besoin de projet professionnel. La difficulté des voies prises dépend de la personnalité de la personne. Donc ça dépend de chacune ! Plutôt scientifique, manuelle ou artistique ? Sur le terrain, ou derrière un bureau ? Cela dépend de la personnalité. Il faut distinguer les formations métiers (selon les domaines, avec certains qui sont effectivement plus masculins que féminins) de la formation à la création d'entreprise pour être chef d'entreprise. Le chef d'entreprise est, au début, un homme-orchestre pour ensuite devenir un chef d'orchestre. Dans notre organisme de formation, nous formons à la création d'entreprise.

Question :

Chacha : Est-ce que les filles se privent d'elles mêmes d'aller vers certaines filières parce qu'elles pensent que ce n'est pas pour elles ?LOL : Est ce que les filles sont meilleures en cours que les garçons ? Au lycée, et après, dans le supérieur ? Gaëlle : Au collège et au lycée, les filles sont souvent meilleures que les garçons. Pourquoi, ensuite, dans le travail, ce ne sont pas elles qui ont les meilleurs jobs ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Un certain nombre de filles présupposent des difficultés pour concilier la vie personnelle qu'elles veulent avoir et la vie professionnelle. De fait, elles se censurent dans leurs ambitions. Par ailleurs, les employeurs (qui sont en grande majorité des hommes) ont tendance pour une même qualification à faire plus confiance aux hommes qu'aux femmes. Et pourtant effectivement, les résultats scolaires des filles sont meilleurs que ceux des garçons, notamment au bac, et même pour le bac scientifique. Ainsi le taux de réussite au bac des filles atteint 85 %, contre 82 % pour les garçons. Paradoxalement, ensuite, elles sont moins nombreuses en classes préparatoires où les filles ne constituent que 30 % des effectifs. Laurence Benhamou : D'après les statistiques, effectivement, les filles ont de meilleurs résultats scolaires que les garçons. C'est à vous (les femmes) ensuite de choisir la carrière qui vous épanouira le plus. Il ne faut pas nécessairement viser les meilleurs jobs. Il s'agit de viser le meilleur job pour soi.

Question :

Bigbazar : Est-ce qu'une école a le droit de refuser une fille en disant qu'il n'y a que des garçons dans ses cours ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Non c'est impossible dans l'Education nationale ! Peut-être dans le privé qui n'est pas sous contrat...

Question :

Jalouse : J'ai lu qu'il y avait des écoles prestigieuses où l'internat est réservé aux garçons. Est- ce que c'est légal ? Et vous, est-ce que vous trouvez cela normal ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Il peut y avoir des difficultés au niveau d'un internat. Il faut alors trouver sa solution dans l'internat d'un autre lycée à proximité.

Question :

Pauline : Est-ce que l'évolution de carrière des femmes est plus difficile que celle des hommes dans une grande entreprise ?

Réponse :

Laurence Benhamou : La carrière des femmes dans les grandes entreprises va dépendre du secteur. Par exemple, certains secteurs nécessitent une mobilité importante. Ainsi, les managers du secteur bancaire doivent être très mobiles entre 30 et 40 ans, âge auquel une femme a des enfants. Certaines contraintes qui sont imposées par les sociétés à leurs employés nécessitent beaucoup plus d'aménagements dans la vie d'une femme que dans la vie d'un homme. Quand c'est le cas, l'avancée d'une femme est rendue plus difficile. Ensuite, on doit également se battre contre les préjugés, les mauvaises habitudes, et les clichés. Même si la situation évolue, il reste encore un écart socioprofessionnel et culturel important.

Question :

Babou : On dit souvent que les femmes sont plus dures dans les relations professionnelles afin de se protéger ; est-ce vrai ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Et vous, qu'est-ce que vous pensez de ce type de clichés ? Laurence Benhamou : Je ne trouve pas particulièrement. Si l'on arrive avec un sourire, on trouve souvent un sourire en face !

Question :

Kalua : Avez-vous des exemples de discrimination à l'embauche particulièrement étonnants ?

Réponse :

Sylviane Le Clerc : Des exemples il y en a beaucoup ! Le fait que la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) vienne d'éditer un dépliant d'information sur la grossesse n'est sans doute pas un hasard...

Question :

Olivia : Il paraît que les femmes sont moins bien payées que les hommes. Est-ce vrai ? Que faudrait-il faire ?

Réponse :

Laurence Benhamou : Oui, c'est vrai, la discrimination existe encore. Nous travaillons à lutter contre ce type de phénomènes ! Il s'agit de faire évoluer les mentalités. Ce n'est pas évident... Sylviane Le Clerc : En moyenne, la différence à fonction égale est de 26 % sur l'Ile-de-France. Il faudrait appliquer la loi qui dit "à travail égal, salaire égal". L'obligation de négocier existe, mais l'obligation d'arriver à un résultat n'est pas prévu dans la loi !

Question :

Colomba : Vous, madame Benhamou, vous embauchez des femmes dans votre cabinet ?

Réponse :

Laurence Benhamou : Ca sera avec plaisir quand mon activité le demandera. Pour l'instant, j'exerce seule et en collaboration avec d'autres avocats, en raison de mon secteur d'activité un peu particulier (packaging, montages de films à l'international, représentation d'artistes, négociations).

Question :

Tally : Une femme dans un métier d'homme, n'est-ce pas parfois un avantage ? Comment en tirer profit ?

Réponse :

Laurence Benhamou : Si les hommes ne se sentent pas menacés par elle, elle pourra effectivement s'épanouir et trouver sa place dans l'équipe.
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