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18/03/2009 à 17h00 - Les métiers après des études de langues

Les langues sont un atout indéniable dans une carrière professionnelle à l'international, à la condition d’être associées à d'autres compétences. Pour connaître les cursus les plus adaptés, les profils recherchés par les recruteurs et l’éventail de métiers accessibles, retrouvez les échanges qui ont eu lieu entre les internautes et nos deux invités.

Les invités

Sandrine Détienne - Traductrice et chargée de cours à l'ESIT

Pierre Morel - Professeur de langues au sein de ESCP-EAP. Il est responsable de la section anglais du département Langues et Civilisations du campus de Paris.

Question :

Nouha : Pouvez-vous revenir chacun sur votre parcours ?

Réponse :

Pierre Morel : Bonjour à tous. Je suis docteur en études nord-américaines à la Sorbonne et diplômé de l'IEP Paris. Et je suis responsable à l'ESCP du département langues et cultures. En fait, j'ai choisi ce métier car je n'avais pas le sentiment d'être fait pour le monde de l'entreprise. Sandrine Détienne : J'ai fait un bac scientifique, deux années de prépa, hypokhâgne et khâgne scientifique, licence et maîtrise d'italien, puis un DESS de traduction à l'école supérieure d'interprètes et de traducteurs (bac + 5). A la sortie de l'ESIT, j'ai passé le concours de la commission européenne et j'ai été recrutée en 1997 et y ai travaillé jusqu'en 2004. Depuis mon retour en France, je travaille à mon compte pour divers clients privés et institutionnels et je donne des cours à l'ESIT.

Question :

Séverine : Avec les suppressions de postes dans l'Education nationale, le métier de prof recrute-t-il encore ?

Réponse :

Pierre Morel : Ce que je peux vous dire, c'est que l'apprentissage des langues passe par le contact humain. Même s'il y a des craintes que les professeurs soient remplacés par des machines, ça ne s'est pas fait avec l'apparition des laboratoires de langues et donc, d'après moi, ça ne se fera pas avec Internet. Et puis, il faut compter sur le fait que tous les papy-boomer vont devoir être remplacés ! Il y aura certainement des postes dans les cinq prochaines années. Sandrine Détienne : Oui, moins qu'avant, mais oui. La question n'est peut-être pas de chercher la sécurité de l'emploi mais de savoir si l'on se sent capable de se retrouver face à des élèves, des étudiants pas toujours convaincus de l'intérêt de l'enseignement des langues.

Question :

Franck : Le travail autour des robots traducteurs Web est sans doute une évolution importante de la linguistique aujourd'hui... Participez-vous à cette révolution ?

Réponse :

Pierre Morel : Je connais ces robots de traduction. Quand il s'agit de traduction univoque, c'est à dire technique, ces robots fonctionnent bien. Mais dés qu'il y a un niveau de traduction plus élevé, plus littéraire, les limites sont vite atteintes. Les progrès sont continus et de toutes les façons ces robots ont besoin d'ingénieurs mais également de très bons linguistes !

Question :

Bachelière24 : Bonjour, je voudrais connaître la différence entre interprète et traducteur ? C'est une question de travail, de diplôme ou quoi ? Doudou : Traducteur ou interprète, quelle différence ?

Réponse :

Sandrine Détienne : Il y a souvent une confusion entre traducteur et interprète. Le traducteur travaille à l'écrit, il propose une traduction d'un texte en langue étrangère dans sa langue maternelle. Il dispose pour cela de temps pour faire les recherches terminologiques nécessaires. L'interprète travaille à l'oral, donc dans l'immédiateté. Ce sont 2 exercices différents, même si dans les 2 cas, il faut avoir un très bon niveau de langue, à la fois dans les langues étrangères et dans sa langue maternelle.

Question :

Sissou : Vous êtes prof dans le privé c'est ça ? C'est mieux payé que dans le public ?

Réponse :

Pierre Morel : Oui, c'est semi-public et c'est plutôt mieux payé. Mais il y a des exigences de services supérieures : nombre d'heures et responsabilités administratives.

Question :

Francky : Quelle est la plus grande qualité pour être interprète ?

Réponse :

Sandrine Détienne : La réactivité. Cela demande vraiment une gymnastique d'esprit particulière.

Question :

Alain : Combien d'heures par semaine travaille un prof de langues ?

Réponse :

Pierre Morel : Dans les lycées, c'est de 18 à 24 heures de cours par semaine. A cela il faut ajouter les préparations de cours et les corrections. A l'ESCP, et dans le supérieur en général, c'est plutôt de l'ordre de 6 h, voire plus. Et il peut y avoir beaucoup de suivi (mémoires, thèses). Enfin, il y a une obligation de faire de la recherche. D'ailleurs, le titre est professeur-chercheur

Question :

Angora : Combien est payé un traducteur ou un interprète débutant ? Et un prof ? Nini : Est-ce qu'on gagne bien sa vie en tant que traductrice ?

Réponse :

Sandrine Détienne : Les conditions d'exercice sont très différentes. Il est donc difficile de donner des indications précises. L'enquête réalisée par l'association des anciens élèves de l'ESIT en 2006 faisait apparaître des revenus entre 1 500 et 5 000 euros par mois.

Question :

Nini : C'est quoi, la recherche en langues ? Merci.

Réponse :

Pierre Morel : La recherche en langues a été, pendant longtemps, de la recherche lexicale. A l'ESCP, on a ainsi fait des dictionnaires. Le vocabulaire change vite. La recherche permet d'assurer une veille de langue, une sorte de veille technologique. Par exemple, le terme "bail out" est devenu populaire tout d'un coup avec les évènements de la crise financière. Nous l'avions repéré avant qu'il ne devienne à la mode. Autre exemple, avec l'épisode Madoff, le terme "Ponzi schime" (système pyramidal) se retrouve dans tous les journaux. Notre rôle est de repérer ce genre de mots.

Question :

Carine : Sandrine, quelle est votre journée type, votre quotidien ?

Réponse :

Sandrine Détienne : Quand je travaille sur site chez un client, ma journée type est celle d'un traducteur-salarié : arriver le matin au bureau et récupérer un texte à traduire, en prendre connaissance, effectuer les recherches nécessaires, et en assurer la traduction, généralement par écrasement du fichier original sur l'ordinateur. Quand je travaille chez moi, j'aménage mon emploi du temps en fonction des délais à respecter pour répondre aux besoins des clients. Le travail freelance donne une plus grande liberté en termes de temps.

Question :

Stéphanie : Faut-il forcément être prof pour faire de la recherche en langues ?

Réponse :

Pierre Morel : Non pas forcément. Mais il faut de toute façon avoir un niveau dans la langue très poussé. Sanctionné par un diplôme ou non. Par exemple en traduction automatique, il faut être très calé en linguistique.

Question :

Débo : Sandrine, quelles sont les raisons qui vous ont fait choisir le statut d'indépendant ? En êtes-vous contente ?

Réponse :

Sandrine Détienne : La recherche d'une plus grande liberté. Oui j'en suis contente, ça peut paraître moins sûr que le statut de salarié, mais plus épanouissant.

Question :

ial : Dans combien de langues peut-on travailler au maximum avant de s'y perdre ?

Réponse :

Pierre Morel : Avec une, on peut déjà se perdre ! Si on approfondit la connaissance d'une seule, on peut déjà se perdre. Une langue comme la langue française utilise plusieurs centaines de milliers de mots. Et une personne normale n'en utilise que quelques milliers et en reconnait environ dix mille. Sandrine Détienne : Tout dépend de ses capacités. J'ai des collègues qui travaillent à partir de 6 langues étrangères sans problème. A l'inverse, certains étudiants sont déjà mal à l'aise avec une seule langue.

Question :

Kiko : Bonjour, je suis bilingue français/coréen et j'ai un bon niveau d'anglais, et je me demande si pour devenir interprète international, il faut parler plus de 3 langues ? Ou 2 suffisent ?

Réponse :

Sandrine Détienne : Pour les institutions internationales, il faut généralement 2 langues étrangères, mais tout dépend des clients visés et du secteur d'activité. Plus que la quantité de langues parlées, ce qui compte surtout c'est la qualité de la maîtrise.

Question :

clairelise : Je voudrais me renseigner sur un métier où on pratique l'anglais et(ou) l'espagnol autre que professeur, et interprète Merci.

Réponse :

Pierre Morel : Tous les métiers à condition à d'envisager la langue comme un outil : pour vendre, pour communiquer, etc. Dans la plupart des métiers, on a besoin de gens bilingues. Dans les écoles de commerce, il y a 2 langues obligatoires, dont l'anglais.

Question :

Alban : La commission européenne c'est un bon filon non, il doit y avoir un nombre incroyable de traducteurs, mais est-ce qu'on trouve des interprètes dans tous les couples de langue ? thibaut : est-ce que les organismes internationaux, type ONU, Union européenne, Parlement européen embauchent beaucoup ?

Réponse :

Sandrine Détienne : La commission européenne est effectivement le plus grand service de traducteurs au monde (environ 1500 personnes). Le SCIC (service d'interprètes) fonctionne avec des interprètes en interne et fait appel à des interprètes free-lance pour répondre aux besoins particuliers non satisfaits en interne.

Question :

jtass : Le niveau des étudiants en langues est-il aussi faible qu'on le dit après le bac ?

Réponse :

Pierre Morel : Il est à la fois fort et faible, c'est-à-dire qu'il y a de plus en plus d'élèves qui se débrouillent pas mal à l'oral, mais peu qui maîtrisent l'écrit. En gros, il ya de plus en plus de gens qui ont un niveau acceptable. Le problème c'est que les étudiants français sont en concurrence avec des étudiants, notamment les Scandinaves, qui eux maîtrisent mieux les langues. Il faut dire que les Scandinaves regardent des films en version originale, et les manuels d'études sont en anglais.

Question :

cvoyage : Je suis intéressée par l'interprétariat à Bruxelles : savez-vous si l'exercice du métier est différent dans chacune des instances européennes (Commission, Parlement, Cour Européenne de justice...)? Merci

Réponse :

Sandrine Détienne : Il me semble que c'est le SCIC qui se charge des services d'interprétation pour toutes les institutions. Les conditions d'exercice sont différentes si on est recruté en interne (suite à un concours) ou si on travaille en tant que prestataire extérieur.

Question :

Ben : Le plus important aujourd'hui pour vos étudiants de l'ESCP, c'est de maitriser loral ou l'écrit ?

Réponse :

Pierre Morel : Les 2 sont importants. Dans notre école, notre but est de faire progresser les élèves à l'écrit et à l'oral. C'est un peu artificiel de faire la distinction entre les 2. Internet demande de communiquer par écrit, mais pour un rendez-vous, il faut maîtriser l'oral. Ne sachant quel métier vont faire nos élèves, nous les poussons dans les 2 domaines. Nous savons que les lacunes sont beaucoup plus évidentes à l'écrit. Pour entrer à l'ESCP, il y a des épreuves de langues, écrites et orales. Et même s'il n'y a pas de note éliminatoire, mieux vaut avoir un bon niveau.

Question :

Débo : Comment mettre un pied dans la commission quand on est free-lance ? C'est assez 'fermé' comme milieu.

Réponse :

Sandrine Détienne : Effectivement. Il faut répondre à un appel d'offres. Les traductions sont attribuées au moins-disant, c'est-à-dire aux candidats répondant aux critères de qualité et dont les prix sont les moins élevés. Donc ce n'est pas forcément un débouché rentable pour les traducteurs free-lance. Mais si vous souhaitez travailler en interne, il faut passer un concours. Vous pouvez trouver toutes les réponses aux questions concernant le recrutement des traducteurs (stagiaires, internes, freelance...) sur le site de la DGT (direction générale de la traduction).
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