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21/11/2007 à 17h00 - Les métiers des mathématiques

L’étude des mathématiques ne mène pas qu'aux seuls métiers de l'enseignement et de la recherche. Pour connaître tous les débouchés de cette discipline et la place faite aux femmes dans ce domaine, retrouvez les échanges qui ont eu lieu entre les internautes et nos deux invitées.

Les invités

Pascale Pombourcq - Professeur de mathématiques

Véronique Chauveau - Présidente de l'association Femmes et mathématiques

Question :

zoé : A quoi sert l'association Femmes et maths ?

Réponse :

Véronique Chauveau : L'association Femmes et maths a pour but d'essayer de montrer aux jeunes filles qu'elles sont tout à fait capables de faire des mathématiques, et d'essayer de les attirer vers ces études. Quand on regarde les statistiques, on s'aperçoit qu'au niveau de la recherche, il y a peu de femmes profs des universités en maths : le pourcentage est faible : 17 %. L'association a été créée en 1987, peu de temps après la mixité des écoles normales supérieures, ce qui a entraîné un pourcentage très faible de filles dans les ENS en maths.

Question :

goud : C'est un milieu macho, les maths ?

Réponse :

Pascale Pombourcq : Un petit peu ! Quand on regarde les résultats de la médaille Fields, en quelque sorte le Nobel des mathématiques, il n'y a eu que des lauréats hommes. C'est un métier qui recrute à bac + 5, on retrouve la même proportion d'hommes et de femmes que dans les autres secteurs, c'est-à-dire qu'il y a plus d'hommes. Par contre, au niveau des premières et terminales scientifiques, les résultats sont plus équilibrés. Mais une proportion importante des filles vont ensuite poursuivre dans le médical, et non vers les mathématiques.

Question :

jules : Vous avez toujours aimé les maths ? Est-ce c'est une vocation, comment s'est venu ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Oui, j'ai toujours aimé les maths, sans doute parce que c'était un refuge, un domaine d'abstraction débarrassé des contingences matérielles et psychologiques qui m'entouraient. Je me suis toujours sentie plus à l'aise en maths qu'en français, car en français il fallait parler de soi. Donc oui, c'est une vocation ! Pascale Pombourcq : J'ai toujours aimé cela, et toujours eu de la facilité pour les maths. D'ailleurs, je ne comprenais pas mes amis qui n'y arrivaient pas. En revanche, je ne voulais pas être prof de maths !

Question :

koko : Prof de maths, il faut avoir de la patience ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Je pense qu'il faut de la patience pour être prof de toutes les disciplines, pas seulement en maths. Mais il faut aimer sa discipline, tout en comprenant que certains ne la comprennent pas ! Et ce n'est pas toujours facile quand on a toujours aimé ça. La difficulté de la classe, c'est le mélange entre ceux qui aiment la matière et les autres. On est assez démuni pour traiter ceux qui sont "bloqués" sur cette matière. Il y a un poids terrible qui pèse sur les maths, qui sont l'instrument de sélection par excellence, ce qui fait beaucoup de tort aux maths dans l'esprit des jeunes ! Notamment les filles pensent qu'elles ne sont pas faites pour ça car c'est le domaine de la compétition. Pascale Pombourcq : Enormément, parce que les élèves ont des vitesses de compréhension très différentes, donc il faut varier le vocabulaire, les méthodes d'explication. Il n'est pas rare de répéter 15 fois une explication dans une classe de 35 élèves, que ce soit au lycée ou au collège. Donc la patience doit certainement être l'une des premières qualités de l'enseignant.

Question :

véro : A part prof, est-ce qu'il y a d'autres métiers possibles après des études de maths ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Oui, bien sûr, mais c'est vrai que l'exemple des 2 profs de maths qui viennent parler de ça, c'est assez drôle car on pense évidemment d'abord à l'enseignement, mais aujourd'hui il y a de plus en plus de domaines qui nécessitent des mathématiques, et donc des métiers sur lesquels on débouche après des études de maths. Exemple : avec un IUT de stats, on peut être technicien en statistiques et ça peut s'appliquer dans des tas de secteurs. On a sorti une brochure "Zoom sur les métiers des mathématiques", qu'on peut se procurer auprès de l'ONISEP, de l'association Femmes et maths, et des Sociétés savantes de mathématiques (SMF et SMAI), justement pour lutter contre les idées reçues. C'est en train de se développer, car de plus en plus de secteurs ont des besoins de techniciens ou d'ingénieurs pointus en mathématiques. Pascale Pombourcq : Les universitaires sont formels là-dessus : les gros débouchés sont dans les banques, l'assurance et la finance, devant l'informatique. Les masters de mathématiques y sont très recherchés, car ils sont assez polyvalents. Sur le site de l'APEC, il y a maintenant une rubrique "mathématiques", c'est un signe. Autres secteurs : la météo, les transports.

Question :

phity : Quel est votre meilleur souvenir en tant que prof ? Est-ce que vous êtes arrivé parfois à faire aimer les maths à quelqu'un qui n'aimait pas du tout ça au départ ?

Réponse :

Pascale Pombourcq : Oui, j'espère bien avoir réussi à faire aimer les maths ! Ensuite, il est difficile de savoir pourquoi ça fonctionne avec certains et pas avec d'autres. Je me souviens d'une de mes élèves de terminale qui voulait devenir professeur de maths. Véronique Chauveau : Oui ! J'ai des souvenirs d'élèves complètement bloqués en maths, notamment un qui est devenu un ami, au début de ma carrière de prof. Avec beaucoup d'échanges humains, ce jeune s'est rendu compte que finalement c'était intéressant, que ça s'inscrivait dans les connaissances de base, et il a fait une maths sup/maths spé et il est devenu pilote ! Il y a aussi des résultats moins spectaculaires, simplement de gens qui sont devenus moins réticents, sans forcément continuer dans les maths.

Question :

matheu : Combien gagne un prof de maths en débutant ?

Réponse :

Pascale Pombourcq : Le salaire de départ est autour de 1 300 € pour un professeur certifié. Ensuite, on peut gravir 4 échelons assez rapidement en début de carrière. Il s'agit d'un salaire net. Véronique Chauveau : Cela dépend si on est certifié ou agrégé. Prof agrégé, on finit sa carrière à 4 000 euros mensuels. A noter : le privé conventionné, c'est la même grille salariale que le public.

Question :

Riri : Pourquoi les jeunes ne vont plus vers les métiers scientifiques, selon vous ?

Réponse :

Véronique Chauveau : La désaffection des jeunes pour les études scientifiques est relative. Nous faisons toutes les deux partie d'un groupe de réflexion "Action Science", qui réflechit sur les raisons et la nature de cette désaffection. Elle est claire pour les études scientifiques universitaires, mais pas pour les études scientifiques sélectives (classes prépas, IUT, écoles d'ingénieurs...). Il n'y a certainement pas assez de visibilité des débouchés pour les études universitaires. On a aussi l'idée qu cela mène uniquement vers la recherche, ce qui est assez mal payé et avec peu de postes. Et l'autre idée reçue, c'est que ce sont des études difficiles, et que c'est pour ça qu'elles rebuteraient les jeunes. Or les études de médecine, très diifficles, attirent de plus en plus de monde ! Dans les meilleurs élèves, beaucoup vont vers médecine, en particulier les filles. Pascale Pombourcq : Je pense qu'en ce moment, les sciences souffrent d'une mauvaise image. Alors qu'elles étaient synonymes de progrès dans les années 70 et 80, le développement scientifique fait aujourd'hui peur, comme les OGM par exemple, et ça pénalise leur image. Second point, c'est la difficulté des études. Surtout en maths et en physique, il faut vraiment beaucoup travailler, et cela rebute assez souvent les élèves. Enfin, au lycée, on n'enseigne pas les maths dans les meilleures conditions possibles : les programmes sont trop denses et on demande aux élèves beaucoup de travail personnel, ce qui peut mettre en danger les plus fragiles.

Question :

fan de : Est-ce que le niveau a baissé depuis 30 ans ? On entend toujours dire ça, mais je sais pas si c'est vrai !

Réponse :

Véronique Chauveau : Au Palais de la Découverte, la semaine dernière, lors d'un colloque "aimez-vous la science ?", un responsable a affirmé qu'un élève de Terminale aujourd'hui fait des choses beaucoup plus difficiles qu'il y a 40 ans ! Chacun a son point de vue. Ce qui est sûr, c'est que les exigences et les programmes sont très lourds par rapport au temps imparti. Pascale Pombourcq : Le niveau baisse, c'est certain. En 1990, un élève de terminale S en spé Physique avait 9 heures de maths par semaine. Aujourd'hui, il en a 5 heures 1/2. Ils ont surtout moins de cours de mathématiques algébriques. Leur niveau s'en ressent après. Aujourd'hui, il y a moins d'exercices de calcul qu'il y a quelques dizaines d'années.

Question :

Charlie774 : Je suis actuellement élève en PSI et je souhaiterais devenir professeur de maths./physique en lycée. Que me conseillez-vous pour la suite de mes études ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Après les deux années de prépa, vous devez continuer à la faculté à faire vos études, en ayant bien pris soin d'être inscrit en parallèle de votre classe prépa en université, pour ne pas perdre de temps.

Question :

Ines : Je n'ai jamais compris les maths, cela me parait dur, pourrai-je un jour être à l'aise dans cette matière ?

Réponse :

Pascale Pombourcq : A quel niveau êtes-vous ? Véronique Chauveau : Je pense que c'est possible, c'est une question de motivation. En vieillissant on voit les choses différemment, les blocages peuvent évoluer. Pascale Pombourcq : C'était le défaut d'Einstein, qui n'était pas très à l'aise en mathématiques. Il disait que ça l'avait handicapé pour mettre au point sa théorie de la relativité. Si vous n'êtes plus dans le système scolaire ou universitaire, on peut très bien s'intéresser aux mathématiques par les jeux.

Question :

Tunisiano : Je ne comprends pas comment résoudre une inéquation et je suis en 2de, c'est un gros problème ?

Réponse :

Véronique Chauveau : C'est très abstrait, c'est vrai. Il faut essayer de prendre des exemples, de se faire une représentation graphique de ce à quoi ça correspond. Il ne faut pas penser que c'est désespéré car ça peut évoluer.

Question :

Jojo : Suivant les métiers, je ne comprends pas trop à quoi servent les maths à part à savoir compter, pour quels métiers les maths sont-ils indispensables ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Par exemple, un ingénieur cryptographe, qui crypte les informations qui circulent sur Internet (sur les sites de vente par correspondance ou des impôts, par exemple), il faut coder les informations, et il y a des mathématiques très anciennes mais très sophistiquées qui sont indispensables. Quand on fait du traitement d'images, pour des appareils photo numériques, de la radiologie... on travaille sur des pixels et on a besoin des mathématiques pour la compression d'images : c'est la théorie des Ondelettes. Pascale Pombourcq : Déjà les maths sont indispensables en physique. Mais les maths sont aussi indispensables dans l'informatique, l'économie, la finance, la haute technologie... Beaucoup d'autres professions utilisent les mathématiques : un maçon utilise les maths, de niveau collège. Mais plus globalement, les maths forment l'esprit de synthèse. Cela permet de cerner plus vite les problèmes, de mieux comprendre les situations. Véronique Chauveau : Les fractales, par exemple, sont utilisées pour faire des murs anti-bruit sur le périphérique parisien. Il y a plein d'autres choses encore, dans les banques, les assurances...

Question :

Jojo : Au lycée, quelles sont les classes les plus difficiles à tenir ? Et les plus difficiles à enseigner ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Cela dépend vraiment des goûts de chaque prof, et des classes. Moi je préfère enseigner en lycée qu'en collège, car les programmes sont plus intéressants. Et les âges me conviennent mieux, mais c'est très personnel. Parfois ils sont en pleine crise d'ado et très turbulents ! Une classe, c'est une alchimie très compliquée. Certaines sont remuantes mais très sympas, et d'autres très calmes mais pas du tout motivées. Pascale Pombourcq : Je n'ai pas de réponse toute faite : on peut avoir une terminale S épouvantable, et une terminale STG (gestion) adorable, alors que cette section a plutôt mauvaise réputation. Donc heureusement, ou malheureusement, on ne peut pas savoir. Et pour moi, ce qui est intéressant, c'est d'abord une classe vivante. Je préfère néanmoins les élèves un peu plus âgés, de terminale ou de BTS.

Question :

Doudou : Après deux ans de classe préparatoire, combien d'années sont nécessaires pour passer l'agrégation en maths ?

Réponse :

Véronique Chauveau : A priori, 3 ans après les 2 ans de classe prépa. Mais on est pas obligé de passer par la prépa, on peut tout à fait faire 5 ans à l'université. Souvent, on passe d'abord le CAPES puis l'agrégation, mais ce n'est pas une obligation.

Question :

Mat : Quelles difficultés rencontrez-vous en tant qu'enseignantes ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Le problème de manque de temps pour faire assimiler les notions. C'est vaiment ce qui nous manque. Quand on débute, il faut essayer de parler de la classe avec ses collègues, surtout si on rencontre des difficultés. Il ne faut pas avoir honte ! Profitez des profs plus âgés pour avoir des conseils et profiter de leur expérience. Pascale Pombourcq : Plus généralement, la difficulté du métier d'enseignant, c'est qu'il n'y a pas de réponses toutes faites par rapport à un problème qui se pose dans une classe ou une autre. Une solution qui fonctionne avec un collègue peut ne pas fonctionner du tout avec un autre professeur. Toute la difficulté est de savoir imposer son autorité, sans être pour autant autoritaire. En tant qu'enseignante de maths, en première et terminale S, c'est plutôt le manque de temps, du manque d'heure. En terminale S, il faut quelquefois être en forme, j'ai eu des élèves qui avaient des questions compliquées. Il faut parfois dire "je ne sais pas", je vais regarder et vous répondre. Montrer aux élèves qu'il peut nous arriver nous aussi de sécher sur un exercice.

Question :

jojo : Au niveau des mathématiciens célèbres, il y a notamment Pythagore avec son célèbre théorème. Quel est selon vous le plus grand mathématicien ? Et votre préféré ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Je suis obligée de donner une mathématicienne ;-) : Je dirais Sophie Germain, qui a fait de l'arithmétique : elle a travaillé notamment sur le théorème de Fermat. Elle a aussi travaillé sur de la physique mathématique. Il y a beaucoup de mathématiciens et mathématiciennes célèbres, mais dont le grand public ignore le nom. Pascale Pombourcq : Ce n'est pas évident ! J'ai des théories préférées, comme celle de Evariste Galois.

Question :

pool : Pensez-vous qu'il soit encore possible d'innover dans la recherche mathématique ?

Réponse :

Véronique Chauveau : Bien sûr ! Il y a des dizaines de milliers de nouveaux théorèmes mathématiques qui sortent chaque année. La recherche en mathématiques n'a jamais été aussi foisonnante. Pascale Pombourcq : Tous les jours, oui. C'est une question que se posent souvent les élèves. Il y a une célèbre conjecture, un "problème", dans les années 1750, qui n'a toujours pas sa solution. Il y a 1 million de dollars à gagner pour celui qui la résoudra. Tout nombre pair est la somme de deux nombres premiers. Pour gagner il faut le démontrer !

Question :

Jojo : Quelle est votre plus grande satisfaction en tant que professeur ? Avec les différentes classes que vous avez.

Réponse :

Véronique Chauveau : J'aime mon métier, donc j'ai tout le temps des satisfactions avec mes classes. Dans les relations humaines, le suivi des élèves, la confiance qu'ils ont... La plus grande satisfaction, c'est un élève en 3e qui avait des notes catastrophiques en début d'année et a fini sa 3e avec l'autorisation de passer en 2de C (maths et physiques). Pascale Pombourcq : Quand la classe est silencieuse et que les élèves gobent nos paroles. Ca arrive ! Quand on raconte l'histoire des mathématiques par exemple. Plus rare, c'est quand on arrive à faire comprendre aux élèves la beauté d'une démonstration. J'aime beaucoup rester en contact par la suite avec des élèves, qui reviennent parfois évoquer leurs années passées dans nos classes. C'est un côté du métier qui est parfois très prenant : les élèves viennent aussi qu'on les aide à gérer leurs problèmes. C'est parfois très difficile.

Question :

Frissounet : Question de rapidité : (3x8+2)/2 = ?

Réponse :

Pascale Pombourcq : 13 Véronique Chauveau : 13
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