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21/06/2006 à 17h00 - Les métiers de l'humanitaire

Les organisations non gouvernementales (ONG) et les associations de solidarité internationale ont besoin de personnes qualifiées dans le domaine de la santé, de la logistique, de la gestion administrative... Pour découvrir les profils recherchés, les statuts proposés et les différents types de missions, retrouvez les échanges qui ont eu lieu entre les internautes et nos deux invités.

Les invités

Frédérique Benzoni - Responsable du recrutement à Médecins du monde

François Grunewald - Co-directeur du master "administration et échanges internationaux" de Paris XII

Question :

Titi : Est-ce que vous prenez des stagiaires à Médecins du monde ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : La politique des stages est assez stricte à MDM : c'est possible sur le niveau national français, soit au siège, soit dans les missions France, avec un cadre classique, une convention de stage, un tuteur... Dans différents domaines, souvent dans des situations de services administratifs, ou de comptabilité. Ce n'est pas directement en lien avec l'international. Pour ce qui est de l'international, on a éventuellement quelques stages possibles au siège de l'association, sur des thématiques très ciblées comme, par exemple, une étude sur des femmes malades du sida dans un pays particulier. Cela demande un niveau de formation et d'expérience déjà assez pointu, par exemple un DESS. Pour partir en mission à l'étranger dans le cadre d'un stage, c'est quelque chose que l'on ne fait pas, pour différentes raisons. Notre rôle est de répondre aux besoins du terrain avec des personnes complètement opérationnelles et en capacité d'assurer un poste. MDM aujourd'hui n'est pas en mesure d'avoir une dimension de formation sur les missions à l'international.

Question :

Kalis : Un métier humanitaire est-il incompatible avec une bonne condition financière ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : La première approche, c'est de choisir de faire une mission humanitaire pour plein de raisons, mais sûrement pas pour obtenir un salaire important. Pour MDM, les volontaires partent avec un statut très réglementé et beaucoup moins précaire qu'il y a encore quelques mois, grâce à une nouvelle loi. Dans ce cadre, aujourd'hui on a une indemnité de 600 euros par mois et sur place un "per diem", qui est une forme d'argent de poche, qui permet d'assurer tous les frais de l'expatrié. L'engagement n'est clairement pas motivé par l'aspect financier. Mais cela permet de vivre sur place sans être précarisé financièrement. Ce statut est valable le temps de l'expatriation. Mais au retour, comme on a été sur un statut de volontaire et non de salarié, on n'a pas accès aux Assedic, par exemple.

Question :

Prof : Quelles sont les qualités que vous recherchez ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Le premier critère est celui de la compétence : notre recherche est d'abord basée sur un métier que la personne peut exercer soit en France soit à l'étranger. Plus de 60 % de nos équipes sont des équipes médicales. On cherche donc des gens formés : infirmiers, médecins, sages-femmes... qui ont au moins 2 ans d'expérience. Pour le personnel non médical, c'est aussi leur métier qui nous intéresse en premier lieu : logisticien, par exemple, spécialistes du BTP, mécanique, radio et télécommunications, assainissement de l'eau... Pour les postes d'administrateurs, on cherche plutôt des gens avec une formation en comptabilité, contrôle de gestion, éventuellement administration du personnel... Des formations commerciales peuvent être aussi valorisées. On cherche essentiellement des gens avec au moins 2 ans d'expérience. Ensuite, on a besoin de la pratique d'une langue étrangère, anglais ou espagnol en particulier. Et on regarde la disponibilité de la personne : on demande au moins 6 à 8 mois pour partir en mission. Dernier élément : le projet personnel de la personne. Pour nous c'est essentiel. L'humanitaire n'est pas un métier normal : la motivation est essentielle !

Question :

Gérard : Je suis commercial, que pourrais-je faire en mission humanitaire ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Tout dépend de votre parcours... Si vous avez été amené à faire de la gestion financière, du montage de budget, votre profil peut nous intéresser pour un poste d'administrateur.

Question :

Didine : Passe-t-on des tests psychologiques avant de partir pour savoir si on va pouvoir faire face à la situation ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : On n'a pas de tests psychologiques dans le processus de recrutement à MDM. D'autres ONG le font, je crois. Pour nous, le processus est assez long, avec des entretiens d'1h30, menés par une équipe de chargés de recrutement dont certains sont psychologues. Cela nous permet de valider certains aspects de la personnalité, qui peuvent être plus sensibles en mission. Ainsi, on ne prend pas de risques. Ensuite, on a d'autres niveaux de recrutement, plus techniques et plus opérationnels, pour s'assurer de ses capacités.

Question :

Cadette04 : Pensez-vous que la médecine militaire est une bonne voie pour effectuer des missions humanitaires ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : C'est une bonne question... En fait, assez étonnamment, on a peu de candidats avec une formation médicale qui ont un parcours militaire et qui viennent vers nous. La question se pose donc assez peu.

Question :

Chloé : A part de médecins, de quels profils les ONG ont besoin sur le terrain ?

Réponse :

François Grunewald : Les ONG ont besoin de profils très variés. Profils techniques : agronomes, logisticiens, architectes... A côté de ça, il y a besoin de métiers d'encadrement et de management de l'action : sciences politiques, administrateurs, comptables, juristes... En fait, presque tous les métiers peuvent se faire dans le secteur de l'humanitaire. Mais les enjeux sont ceux de l'adaptation à des contextes particuliers, au contexte de solidarité.

Question :

Patricia333 : En quoi consiste votre métier ?

Réponse :

François Grunewald : J'ai commencé comme agronome sur le terrain, pour différentes organisations. Je me suis spécialisé dans l'évaluation de l'impact des programmes : je vais sur place, je regarde ce qui marche ou pas, et pourquoi. On peut vraiment évoluer dans ce secteur. Je suis actuellement au Sri Lanka où j'évalue les programmes du Comité international de la Croix Rouge (CICR) d'assistance aux populations touchées par le tsunami et de la protection des populations touchées par la guerre qui recommence actuellement.

Question :

Youpibat : Quels sont le continent et les pays les plus demandeurs d'aide humanitaire ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Très majoritairement, l'Afrique, surtout sur la problématique du sida. La 2e zone, c'est l'Asie.

Question :

Bernard K.: Quel est votre souvenir le plus marquant dans vos missions sur le terrain ?

Réponse :

François Grunewald : En 1993 au Rwanda, on est entré dans une prison, et en ouvrant la trappe on a vu les yeux et les sourires des gens... Grosse émotion.
Et le pire, c'est Sarajevo. Sous les bombes.

Frédérique Benzoni : Il y en a plein... En 1995, dans le sud de la Macédoine, on a découvert une institution mouroir avec des enfants polyhandicapés, murés dans leur silence... On leur a proposé de la musique... Et dans un silence très pesant, à part ces quelques notes, on a vu les larmes couler... C'était très fort. Plus gai, au Pakistan, dans un programme de protection materno-infantile, des femmes qui survivent à leur accouchement avec beaucoup de joie et des enfants qui arrivent en pleine santé grâce aux programmes qu'on avait pu mettre en place.

Question :

Billy Jean's 501 : Quand on travaille dans l'humanitaire, on passe forcément à un moment donné sur le terrain ? Ou bien il y a des gens qui restent dans les bureaux à Paris ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Tout dépend des postes. Certains ne requièrent pas absolument une expérience de terrain : les postes de service ou de support (compta, finances, RH, communication) Dans ces cas, l'expérience de terrain est un plus mais pas indispensable. En revanche, pour les postes directement liés aux opérations internationales, à la logistique, à la sécurité, ils nécessitent obligatoirement une expérience de terrain.

François Grunewald : Tous les postes demandent pour moi d'aller sur le terrain. Je ne crois pas qu'on puisse bien travailler dans ce secteur sans avoir ressenti ce qui se passe sur le terrain. Il faut le sentir dans ses tripes. C'est une des belles choses de ce métier. Il n'est pas désincarné. Il doit prendre en compte cette relation aux autres. Même pour les comptables, je trouve ça bien d'aller voir au moins une fois ce que c'est, pour se confronter au sens de notre travail. Il faut vraiment sentir le sens de tout ça. Mes étudiants, je les engage toujours à passer deux ou trois ans sur le terrain.

Question :

Capleton : Combien recrutez-vous de gens par an ? Ça dépend des catastrophes ou pas ?<br> Delphine : Bonjour, je voudrais savoir qui recrute le plus. La Croix rouge, Médecins du monde.... ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Sur l'international, on recrute environ 350 personnes par an, mais ce chiffre varie en fonction des urgences. Avec le tsunami, par exemple, on a eu une augmentation importante de nos effectifs.

François Grunewald : La Croix Rouge, c'est un mouvement très large. Il existe 2 instances internationales : le CICR et la fédération internationale de la croix rouge. Chaque année, elles envoient des milliers de personnes sur le terrain, avec des profils variables et des nombres de personnes variables en fonction des crises, catastrophes naturelles etc.

Question :

Bernard K. : L'humanitaire, pour vous, c'est un métier ?

Réponse :

François Grunewald : Pour moi, ce n'est pas un métier, c'est un engagement. Mon métier, c'est agronome au départ. Mais c'est un engagement autour de principes d'indépendance, le fait d'agir contre la souffrance des autres.

Frédérique Benzoni : Pour moi, c'est clairement un choix de vie, donc un engagement aussi. J'avais le souhait de travailler dans ce secteur, dès la sortie de mes études.

Question :

Anon : Bonsoir tout le monde, est-ce qu'aujourd'hui exercer dans l'humanitaire est synonyme de sacrifice de sa propre vie personnelle ?

Réponse :

François Grunewald : Oui et non. Oui, parce qu'on travaille dans des contextes difficiles, on ne peut pas toujours emmener son conjoint ou ses enfants. Mais c'est aussi tellement enrichissant qu'on en ressort plu fort. Mais il faut arriver à trouver un équilibre. J'ai deux enfants, chaque fois que je pars pour plusieurs semaines c'est toujours difficile pour eux et pour moi, mais j'en reviens enrichi et ils en bénéficient aussi.

Frédérique Benzoni : Le mot sacrifice est très fort. C'est un choix et une démarche volontaire. Mais c'est vrai qu'on met certaines choses de côté pendant un moment pour se mettre au service des autres. Cette expérience est tellement riche qu'elle nourrit plutôt qu'elle appauvrit. Partir avec l'idée d'un sacrifice ne donnerait pas grand chose de bon sur le terrain...

François Grunewald : Je souscris totalement à ce qui vient d'être dit !

Question :

Didine : Quelle est la différence entre un bénévole et un volontaire ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Un volontaire, c'est quelqu'un qui part en mission humanitaire à l'étranger, avec un statut bien défini. On ne peut pas être volontaire dans son pays. Le bénévole, c'est quelqu'un qui donne de son temps de façon gracieuse, en France, sur un rythme variable.

Question :

Sophie : J'ai un BTS logistique et 3 ans d'expérience, mon profil peut-il être intéressant pour une organisation humanitaire ?

Réponse :

François Grunewald : Bien sûr. Avec un BTS et 3 ans d'expérience, elle peut aller voir les ONG. Vous pouvez aussi contacter Bioforce pour une année de formation complémentaire.

Frédérique Benzoni : Pour nous, son profil nous intéresse car directement opérationnel Un bac +2 n'est pas du tout un handicap ! Il faut vraiment avoir ce mélange d'une formation technique et d'une expérience concrète. Sur le site de MDM, il y a toute la marche à suivre pour déposer CV et lettre de motivation.

François Grunewald : Il faut aller regarder régulièrement sur les sites des ONG, regarder les profils demandés.

Question :

Kiki : Quels sont les profils concrètement qui vous intéressent le plus ?

Réponse :

François Grunewald : Des profils très techniques : médicaux, ingénieurs, architectes, agronomes... Et des profils managériaux... D'autres profils vont être de plus en plus recherchés : ethnologues, anthropologues...

Question :

Kiki : Y a-t-il plus de femmes ou d'hommes dans l'humanitaire. Quelle est la proportion homme femme ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : On est quasiment à la parité.

François Grunewald : Dans le master, on a beaucoup plus de jeunes femmes que d'hommes. Les étudiantes sont généralement très motivées. Sur le terrain, on s'aperçoit que l'humanitaire est encore assez macho et les postes à hautes responsabilités sont encore assez rarement féminins, mais ça bouge.

Frédérique Benzoni : Oui, c'est vrai, les postes de direction sont surtout occupés par des hommes... Mais à MDM on a une femme à la présidence.

Question :

Janus : Les éducateurs sportifs vous intéressent-ils ? J'entraîne des enfants au foot, et je me dis pourquoi ne pas faire ça dans l'humanitaire ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Les éducateurs sont les bienvenus dans les ONG spécialisées dans ce domaine. Nous, à MDM, on est pas du tout dans ce genre de programme. Mais certaines ONG sont très demandeuses. Elles peuvent travailler sur la réinsertion par le sport, par exemple. Mais ça ne représente pas un grand nombre de postes.

François Grunewald : Allez voir les gens de Sports sans frontières, Enfants du monde... Ils font un travail formidable. Contactez aussi les gens du comité français pour l'UNICEF.

Question :

Anon : Est-ce que les "grands responsables" de l'humanitaire s'accordent des salaires aussi exorbitants que les grands cadres de nos entreprises françaises ? Ces salaires étant financés - au moins en partie - par les dons, non ?

Réponse :

Frédérique Benzoni : Pas du tout ! En tout cas à MDM on reste dans des fourchettes très raisonnables, pour des raisons éthiques. On est généralement 30 à 40 % inférieur à ce qui se pratique dans le privé.

François Grunewald : Il y a une grande diversité de situations selon les structures. Les Nations Unies sont beaucoup mieux payées que les ONG, par exemple. Il y a eu des progrès de transparence sur les salaires. Moi, je ne suis pas salarié, en tant que président de mon association. Mais les salaires ne sont pas beaucoup au-dessus du SMIC, même avec 10 ans d'expérience et un bac + 5.

Frédérique Benzoni : En conclusion, il ne faut pas se décourager devant un parcours et un engagement éventuel dans l'humanitaire. Cela peut prendre du temps. Si vous avez ça au fond de vous, ne baissez pas les bras !

François Grunewald : L'engagement humanitaire reste l'un des plus beaux du monde, que ce soit pour des périodes courtes ou pour un projet de vie. Il y a 2 conditions : la première, c'est d'y aller avec tout ce qu'on a à apporter; le bon coeur ne suffit pas. La 2e chose, c'est de ne pas faire de l'humanitaire par dépit, comme certains s'y lancent après un échec sentimental par exemple. Ce n'est pas la bonne motivation !

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