Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

29/09/2004 à 17h00 - Devenir enseignant

« Maître » ou « maîtresse », professeur de collège ou de lycée, enseignant chercheur, enseignant spécialisé… Le métier d’enseignant est pluriel. A travers les échanges qui ont eu lieu entre les internautes et nos deux invités, découvrez les différents concours de l’enseignement, les perspectives de carrière et le quotidien des enseignants d’aujourd’hui.

Les invités

Laurent Fourcaut - Directeur adjoint de l'IUFM de Paris

Valérie Boisnard - Professeur d'anglais

Question :

Mistir : Qu'est-ce qui vous motive le plus dans l'exercice de votre métier ? Qu'est-ce qui vous déplait le plus ?

Réponse :

Valérie Boisnard : Ce qui me motive, c'est le contact avec les élèves. Chaque année est différente, selon les classes. J'apprécie aussi la flexibilité dans le travail. On peut organiser son temps entre le scolaire et le parascolaire. Ce qui me déplait, ce sont les effectifs de classes trop lourds. Et le fait que j'ai l'impression de voir de moins en moins mes élèves, car 2 ou 3 heures par semaine, ce n'est pas assez ! Je regrette aussi le manque de modernité et de moyens dans le travail, car selon les établissements, on n'a pas toujours accès à Internet, à un labo de langues, à des lecteurs DVD... C'est dur de motiver les élèves en travaillant uniquement sur des textes.

Question :

Albane : Les cours de l'IUFM ne sont-ils pas trop théoriques en 2e année ? Les enseignants stagiaires sont-ils bien préparés à leur futur métier ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : en seconde année d'IUFM, il y a une formation par alternance : à la fois des cours et des stages dans des écoles, des collèges ou des lycées, selon qu'on est en premier ou second degré. Les cours sont très divers, mais ils sont toujours tournés vers la pratique professionnelle. En particulier, sur les méthodes d'enseignement, la didactique : il y a par exemple, pour les PE2 (professeur des écoles seconde année), des ateliers de pratique professionnelle, qui sont directement branchés vers la pratique de classe. Je pense qu'ils sont plutôt biens. Simplement, la formation des maîtres ne peut pas résoudre tous les problèmes et en particulier ceux qui sont liés à l'état de la société française : tous les comportements de violence, d'incivilité, les comportements induits par la destruction... Cela dit, on s'efforce de préparer les futurs enseignants à gérer une classe, la relation avec les élèves, à être de bons pédagogues.

Valérie Boisnard : A l'IUFM, il y avait des cours disciplinaires (d'anglais pour moi), qui étaient biens et concrets (on préparait des cours); mais la formation générale était trop théorique : j'aurais préféré plus de concret, comme des stages de secourisme par exemple.

Question :

Mistir : De quelles compétences avez-vous le plus besoin pour exercer votre métier, en plus de la connaissance de la matière que vous enseignez ?

Réponse :

Valérie Boisnard : Savoir communiquer, car le côté relationnel est très important. Et aussi savoir exercer une certaine autorité, faire la part des choses entre les deux. Il faut aussi savoir s'adapter au niveau et au public qu'on a, selon les années. Il ne faut pas avoir d'objectifs trop hauts.

Laurent Fourcaut : Pour moi, ce sont les compétences qui ont trait à la pédagogie générale, les compétences relatives à la didactique de sa matière, c'est-à-dire les techniques qui consistent à enseigner la discipline qu'on a apprise. Il ne suffit pas de maîtriser sa discipline, mais de savoir l'enseigner à un public donné. Il ne faut pas oublier les aspects liés à la psychologie de l'enfant ou de l'adolescent.

Question :

Marie-Lo : Comment sont affectés les profs dans tels ou tels lycées ou écoles ? Comment sont attribués les postes d'enseignants une fois le concours réussi ? Est-ce la même chose pour les professeurs des écoles et pour les professeurs en collège ou lycée ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Non, ce n'est pas la même chose : dans le premier degré, le recrutement est académique. Un professeur des écoles est affecté dans une école de la même académie. Cela dépend de ses voeux, et d'un barème tenant compte de certains critères, comme la situation de famille. Pour ce qui est du second degré, le recrutement est national. Donc, il implique une procédure de voeux. Chacun des futurs professeurs est invité à en émettre d'abord sur des académies. Et dans un second temps, un voeu concernant un établissement précis. L'affectation se fait ensuite en fonction des voeux, et en fonction d'un barème calculé sur la réussite au concours et la situation de famille. Chaque professeur peut être défendu par le syndicat auquel il adhère, devant une commission paritaire.

Valérie Boisnard : En ce qui concerne les mutations intra-incadémie, il faudrait qu'on soit mieux gérés car nos voeux et nos barèmes ne sont pas toujours respectés. Il y a de grosses inégalités d'affectation entre des professeurs qui ont le même barème.

Question :

Mickey Rouney : Faut-il forcément passer par des ZEP quand on est jeune professeur ?

Réponse :

Valérie Boisnard : Personnellement, je ne suis pas passée en ZEP. C'est le jeu de la loterie des affectations.
Laurent Fourcaut : L'affectation est liée au barème, dans lequel entre l'ancienneté. Il est évident que lorsqu'on sort de l'IUFM, on entre dans le mouvement national : on se retrouve en concurrence avec des gens expérimentés, qui ont beaucoup de points. Voilà pourquoi un jeune peut se retrouver dans une zone qu'un ''vieux'' titulaire ne veut pas. Voilà pourquoi un jeune titulaire est susceptible de se retrouver dans une Zone d'Education Prioritaire... Mais ce n'est pas une règle. En outre, depuis quelques années, il y a un système de bonification accordé aux jeunes qui demandent à aller en ZEP. En trois ans, vous pouvez avoir assez de points pour pouvoir quitter la ZEP et vous retrouver dans une grande ville.

Question :

Mistir : On dit souvent que le métier d'enseignant est un métier idéal pour concilier vie professionnelle et vie personnelle et familiale. Qu'en est-il exactement ? Avez-vous une charge importante de travail à faire à la maison ? Combien d'heures consacrez-vous au travail à la maison et combien d'heures effectives dans l'établissement scolaire (heures de cours, photocopies éventuelles, autres projets...) par semaine ?

Réponse :

Valérie Boisnard : Oui, il y a beaucoup de travail à la maison, mais tout dépend si on est au collège ou au lycée. Au lycée, les copies sont plus longues à corriger. Mais c'est vrai qu'on a des vacances, qu'on peut récupérer les enfants à l'école à 17 heures... L'inconvénient, c'est qu'on mélange le privé et le travail : on a toujours des copies à corriger le week-end. Le bureau est aussi à la maison... Je pense qu'en tout, avec les cours, la préparation et les corrections, je travaille environ 40 heures par semaine.

Laurent Fourcaut : Tout cela est exact. Le temps de service des professeurs est calculé pour tenir compte du travail qui se fait en dehors de l'établissement. Un professeur certifié doit faire 18 heures de cours par semaine. Mais il va certainement dépasser les 35 heures par semaine, car il a beaucoup de travail de correction et de préparation. Un agrégé doit, lui, réaliser 15 heures d'enseignement au minimum. On peut ajouter qu'un professeur qui se lance dans la recherche voit son temps de travail augmenter considérablement...

Question :

Garspouic : Qu'est-ce qu'une zone d'éducation priopritaire ?<BR>Phil : Ces zones prioritaires c'est quoi ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Une ZEP, c'est un ensemble d'établissements, avec des écoles primaires, des collèges et des lycées, défini par le ministère comme un secteur où le public est défavorisé. Les établissements classés en ZEP bénéficient d'avantages : meilleures dotations financières, plus d'heures d'enseignement... Mais il arrive que certains établissements ''difficiles'' ne soient pas classés en ZEP.

Question :

Lucie : Quelles sont les licences recommandées pour entrer dans un IUFM ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Depuis une douzaine d'années, il faut une licence même pour devenir professeur des écoles. Ce n'était pas nécessaire avant. Le niveau de recrutement des professeurs des écoles a été aligné sur celui des professeurs du secondaire, tout comme les salaires. Quand on prépare un concours du second degré, il est évidemment préférable de préparer la licence correspondante... Une licence de maths pour préparer un CAPES de maths, par exemple. Pour le premier degré, pour entrer en première année d'IUFM, il suffit d'avoir une licence, quelle qu'elle soit, ou un diplome équivalent. Dans la réalité, comme on ne prend pas tous les candidats, on va sélectionner les candidats à l'entrée. Chaque IUFM est maître de ce dispositif. A Paris, on procède à un ''barèmage'' de tous les dossiers de candidature. Certaines licences, comme les licences scientifiques, obtiennent plus de points que d'autres. Le barème est public : vous pouvez le consulter et voir quelles sont les licences les plus avantageuses.

Question :

Arghira : Je voudrais savoir si pour enseigner l'anglais, il est impératif de faire un stage à l'étranger.

Réponse :

Valérie Boisnard : C'est très conseillé, pour découvrir la culture du pays et avoir un bon accent. Passer un an à l'étranger, c'est l'idéal. J'ai passé 9 mois au Pays de Galles comme assistante, après ma licence. J'enseignais le français à des Britanniques. C'est très positif car cela donne aussi une première expérience de l'enseignement. En tant qu'assistant (en collège ou lycée), on enseigne pendant 12 heures et on a un salaire (750 euros environ). C'est l'université qui donne les affectations. On peut aussi être lecteur à l'université.

Question :

Magne : Peut-on entrer à l'IUFM et garder un emploi d'enseignant en parallèle ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Ce n'est pas possible. Quand on entre à l'IUFM, on a un statut d'étudiant et on prépare le concours. On ne peut pas continuer d'être maître auxiliaire. On peut en revanche passer le concours en candidat libre. Et continuer à être maître auxiliaire ou surveillant. On entre alors à l'IUFM en seconde année si on réussit le concours.

Question :

Coco26 : N'est-il pas plus agréable d'enseigner dans les petites classes ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Dans le premier degré, c'est certainement plus difficile d'enseigner en maternelle. Il faut connaitre la psychologie, le rythme de travail des tout-petits. C'est sans doute plus difficile, mais tout aussi exaltant. Pour ce qui est du collège, on peut dire que c'est sans doute plus difficile aujourd'hui d'enseigner en 5e ou 4e qu'au lycée. C'est là que le public est le plus difficile, avec l'adolescence. Mais le travail est aussi moins lourd avec des petits qu'avec des grands. Le plus dur, je pense que c'est être professeur de français en lycée : vous avez les copies les plus longues !

Valérie Boisnard : Moi je préfère les plus grands (les lycéens), car c'est plus facile de communiquer avec eux, de leur faire comprendre l'attitude qu'ils doivent avoir. Les relations sont différentes. Au collège, la période de l'adolescence est très difficile à gérer ! Les 4e-3e sont durs.

Question :

Coleen : J'ai entendu dire qu'il était souhaitable d'avoir une expérience avec les enfants. Peut-on être recalé si on n'a pas d'expérience dans ce domaine ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Non. Il ne s'agit pas d'expérience avec les enfants. On ne peut pas être recalé. La plupart des candidats n'ont pas d'expérience particulière avec les enfants. Cependant, ceux qui préparent le concours font un stage de 3 semaines en école. D'autre part, il y a au concours une épreuve pré-professionnelle, qui porte par exemple sur la psychologie de l'enfant. Dans le second degré, il existe des modules de sensibilisation aux métiers de l'enseignement. Cela veut dire qu'on se projette dans son futur métier de professeur.

Question :

Marie-Lo : Combien gagne un professeur des écoles en début de carrière ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : En seconde année d'IUFM, on est fonctionnaire stagiaire : le salaire est de 1 320 euros par mois. Il passe à 1 425 euros trois mois plus tard. L'année suivante, on est à 1 496 euros. Dans les régions, c'est un peu moins. Tous ces chiffres sont des salaires nets.

Valérie Boisnard : Avec 7 ans d'expérience de prof du second degré, je gagne 1 700 euros nets. J'ai commencé à 7 500 F (1 150 euros) l'année de stage.

Question :

Nico : Quelle est l'évolution possible d'un professeur des écoles au cours de sa carrière ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Il y a ce qu'on appelle des échelons, que l'on gravit à mesure que l'on avance. D'un échelon à l'autre, il y a une période de 2/3 ou 4 ans. Certains la gravissent plus vite que d'autres, en fonction des notes. On a deux notes : la note administrative, donnée par le chef d'établissement, et la note pédagogique, délivrée à la suite d'une inspection. L'addition de ces notes détermine la rapidité de l'avancement.

Question :

Nico : Je suis enseignant depuis 4 ans maintenant dans un collège, mes classes sont vraiment surchargées (40 élèves), comment gérez-vous ce genre de situation ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : En collège, les effectifs tournent normalement autour de 25 ou 30. Ils sont souvent plus lourds en lycée. Les problèmes qui se posent sont nombreux : problèmes de discipline, travail de correction augmenté... Certains professeurs gèrent bien les classes surchargées, mais il est certain que c'est très difficile.

Valérie Boisnard : On les gère comme on peut ! Quand on entend certains inspecteurs dire que l'enseignement est le même quel que soit l'effectif, on sait que ce n'est pas vrai. En anglais, avec une classe de 30, on est obligé de faire beaucoup d'écrit et peu d'oral. Mais 40 élèves, je n'ai jamais eu ça, surtout en collège. Il faut demander à dédoubler la classe. Cette année, j'ai 33 élèves dans une classe, c'est mon maximum. Avec 6 classes, j'ai en tout 164 élèves ! C'est difficile de retenir tous les prénoms en début d'année. J'ai l'impression d'être une usine à cerveaux...

Question :

Marie-Lo : Une fois dans un établissement, est-on sûr de pouvoir y rester ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : En principe, si on est titulaire de son poste, il n'y a pas de raison que l'on parte, sauf s'il y a des suppressions de poste. Dans ce cas, c'est le dernier arrivé qui part. La vraie question que se posent les enseignants est plutôt : a-t-on une chance d'en partir pour aller dans un meilleur endroit ? D'où l'importance du barème évoqué tout à l'heure...

Valérie Boisnard : Parfois, il y a des suppressions de postes. Dan ce cas même si on est titulaire, si on est le dernier arrivé dans l'équipe pédagogique, on doit changer d'établissement.

Question :

Cédric : Comment fonctionnent les demandes de mutation ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Tous les ans, on a la possibilité de demander sa mutation. Aujourd'hui, cela se fait par voie électronique.

Valérie Boisnard : Quand on veut changer d'académie, il faut faire la demande par Internet début février. On peut faire 20 voeux. Ensuite, fin avril, on a la réponse. Et si on peut changer d'académie, on fait 20 voeux intra-académie, toujours par le Net. On peut demander à être sur un poste fixe ou titulaire remplaçant.

Question :

Mplasil : On parle souvent de la condition des professeurs, n'y-a-t-il jamais d'améliorations de leur situation professionnelle ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Du point de vue des salaires, ils peuvent, comme les autres fonctionnaires, obtenir des réévaluations. Mais depuis plusieurs années, il me semble que les professeurs ont perdu en pouvoir d'achat. Cette détérioration est liée pour une bonne part à la dégradation des comportements scolaires. Les élèves sont de plus en plus difficiles. Il y a une dégradation des conditions de travail des professeurs.

Valérie Boisnard : Je considère que mon salaire est convenable. Mais les conditions de travail se détériorent, souvent liées au gouvernement en place. On est le premier budget de l'Etat, mais on ressent sur le terrain une dégradation des conditions alors qu'on a des objectif très ambitieux. Quand j'ai commencé, j'avais au maximum 5 classes. Maintenant, je vois moins les élèves (2h par semaine) donc j'ai plus de classes, plus de copies... Les élèves changent aussi : ils demandent plus d'attention, la relation prof/élève n'est plus la même.

Question :

Cédric : Est-ce que les professeurs ayant le plus d'ancienneté sont prioritaires ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Oui, prioritaires pour obtenir une mutation par exemple. L'ancienneté compte beaucoup dans le barème. Plus on a d'expérience, plus on a de chance d'obtenir les voeux que l'on souhaite. Cela pose un problème, parce qu'une des conséquences directes, c'est que les professeurs les moins expérimentés se retrouvent dans les zones les plus difficiles. On pourrait penser que l'inverse serait plus intéressant pour tout le monde.

Question :

Materneland : Combien y a-t-il eu d'inscrits à Paris au concours de professeur des écoles cette année ? Et combien de reçus au final ?

Réponse :

Laurent Fourcaut : Je n'ai pas de chiffre précis en tête, mais un ordre de grandeur. Nous avons dû avoir 300 postes offerts au concours à Paris. Le pourcentage de réussite étant de 20 % environ, nous devions avoir 1 500 inscrits environ. Le chiffre à retenir, c'est que 20 % des candidats sont reçus. Mais il y a plus de candidats à Paris, qui est très recherchée. Ailleurs, la proportion de reçus est plus importante.
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